Ce vaisselier centenaire me scrute

Ce vaisselier centenaire me scrute

Oeuvre de David-Germain Nillet – La soupe.jpg

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A l’heure de mon repas journalier ce vaisselier centenaire me scrute de ses yeux vitreux … et ce canapé… je l’entends crier à chaque fois que les griffes du chat lui triture la caouane couleur bleue de son teint …

Ma soupe est chaude et je réfléchis la tête … de la cuillère dans le bouillonnement … elle ne souffre pas … elle …

La lampe du plafond, allumée, la vague d’un tungstène dans l’âme :

— T’as un souci, Paul ? me dit-elle.
— Je souhaite l’oubli.
— Tu souhaites de l’aide ?
— Non.

Et ma cuillère fait dos rond… c’est louche …

— Tu fais ta forte tête ?
— …
— Ne me réponds pas !
— J’en ai ras la soupière …
— Et moi ras l’assiette creuse de tes bouderies …
Cesse ! .. de me mordre les rebords !

Cela dit, elle n’a pas tort. J’ai le dentier du haut qui racle et qui râle en fond de gorge comme un écho.

— Je te côtoie tous les jours et …
— Précise, dit la cuillère en se retournant et me fixant le plein de son questionnement à ras le bord.
— Tu vas retourner au tiroir.
— Tu es abject !
— Laisse-moi exister au lieu de te plaindre chaque jour.
— Tu vas fricoter avec une autre…
— C’est sûr !
— Goujat !

Et … je l’ai noyée dans sa jalousie pour l’éternité.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La plaine défiant les ombres par sa nudité

Lune_photographie_Iotop_2018

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Au clair de Lune, le cyclope dévisage Sélène à l’heure du thé de minuit à pleine vue sur son belvédère qui penche sur l’angle aigu de la plaine défiant les ombres par sa nudité …

— Tu es trop belle, Lune.
— Ton regard est douloureux, ta voix trop grave.
— Je souhaite te rejoindre pour l’heure.
— Un coup de blues ?
— Un retour vers l’essentiel.
— Il te faut une couleur bleue sur l’azur d’un regard … moi, je suis d’un clair cendre …
— Je souhaite l’oubli, le souci..
— Le réconfort …
— Oui, le réconfort.
— Ne soupir pas.
— Tu es l’œil du mystère et moi l’œil de la monstruosité.
— Arrête !
— Je suis né d’un accouplement d’une désillusion et d’un espoir …
— Pourquoi cherches-tu à te bouleverser l’âme ?
— A la racine de mon origine, des hommes ont torturé mes lointains ancêtres pour essayer sortir une imposture de la Vie …
— Vas-tu cesser ton récit insoutenable !
— … car il est aussi le tien !
— Arrête !
— … et d’un homme plus pervers que les autres, tourmenteur, magicien des ténèbres a énucléé l’un des miens pour se rendre à l’évidence que son œil ne percevait pas l’avenir …
— Je ne veux plus t’entendre …
— … de rage il plongea l’œil dans un chaudron à la mixture à l’odeur écœurante et à son étonnement, l’œil se mit à gonfler, gonfler…
— Pourquoi me faire souffrir !
— … tel que, qu’il s’extirpa du chaudron, qu’il roula vers l’extérieur sans que rien ne l’arrêta sur tous les paysages inconnus et connus du monde, en quelques jours, et se griffa jusqu’à une souffrance insupportable …
— Tu es ignoble …
— … qu’un Vent charitable pour le soulager l’emporta dans ses bras, mais il s’échappa très très loin dans les airs pour se perdre dans l’Univers …
— …
— … et pourtant, ne voulant pas quitter tout à fait sa Terre natale, il se fixa à jamais dans le ciel …
— J’ai trop mal, encore …
— Tu es cette part de moi-même et cette souffrance à cœur d’exister …
— Ne pleure pas… tu es mon éternité …
— Je suis le dernier de mon espèce …
— Je suis là …
— Tu me manques …
— Toi aussi …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La Boîte à Temps

Nuageux_Iotop_2020

Nuageux_Iotop_2020

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 16.20


La Précipitation du Temps dans le gouffre de l’insondable Tic-Tac de l’engrenage qui prend son pied … s’arrête d’un éclair

La Boîte à Temps informe le Courrier du Temps, tout à courir, de la glaciation inattendue de la Précipitation. Toute l’armée de Seconde, aux Têtes des troupes les unes à Vélo les autres à la pointe de l’innovation de leur aiguille quand d’autres à la Diligence, s’apprêtent à envahir le Territoire à la Minute jusqu’à Risquer la Disparition par un effet Sablier …

Si le Tout s’arrête, le Silence l’ennemi du Temps serait vainqueur sur la Totalité de l’Univers Visible et le Ralentir est la première victoire mais pas le Remède.

Le Néant sur le bord de la Route, lui, attend son Heure…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Il est cette marionnette de son temps

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… dans le temps fort de sa pièce qu’il joue, un verre d’eau est le bienvenu. Il est viscéralement dans le rôle de son personnage et comme tous les soirs il s’abreuve et se dessèche comme une terre à qui le bon terreau naturel est absorbé pour de belles plantes.

Ce soir-là, à la sortie des artistes le ciel pose son œil superbement lunatique d’un orangé comme né d’un sortilège …

Il s’allume une cigarette. La ruelle est vide. Le boulevard n’est pas loin. Il s’enferme dans son trois-quart. Il est l’heure de rentrer. Il marche lentement. Il refuse comme tous les soirs ce repas avec les autres comédiens.

Il va rejoindre son bar habituel sur l’un des quais de Nantes.

Chaque soir, la Loire, massive, déliée, indomptable, l’appelle pour un bain de minuit sans retour … il suffirait d’un pas … d’une idée malencontreuse à ce moment-là …

Et puis, il va boire … une bière … et puis une autre … les jours de l’hier, de l’aujourdh’ui, du demain, identiques comme une page d’un livre récitée tous les jours, il est cette marionnette de son temps écrit pour lui et par lui, un demi-homme pour un demi-naufrage…toujours à la limite de la noyade et bon à tenir par défaut au manque de courage d’aller voir plus loin dans un ailleurs peut-être avec une autre voix d’appel que celle de la Loire …

Il est deux heures du matin. La Lune est absente ou cachée par de forts épais rideaux de nuages. Il fait frais comme un frisson après une douche trop chaude dans une salle de bains réfrigérée …

Les rues sont des parcs à voitures où l’éclairage souffreteux dépose des reflets inquiétants … et pour lui pas d’éclaircie non plus … il fait parti de ses ombres que personne ne remarque … même sur la scène de la vie …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018/2019

Une horloge tombe à l’eau

Dessin de Bubo – Inktober 2018 – #14  (je vous invite à découvrir cet artiste de BD)

Et c’est aujourd’hui le quatre centième texte 🙂 Champagne … 🙂


Une horloge tombe à l’eau. Elle bulle des « aux secours » par peur. Sur la berge un pêcheur qui ne voit que son flotteur traînant son ennui par le jeu du clapotis d’une pluie éphémère, indifférent à cette noyade, baisse son chapeau jusqu’à son nez.

Les secondes de l’horloge égouttent les flaques de l’agonie en des ondes qui se cassent sur le fond de la rivière caillouteuse, aux délits cachés en son sein. Les poissons font les gros yeux sur ses aiguilles qui cadencent au tic-tac affolés comme si elles couraient un sprint pour sauver ses minutes qui se comptent les unes les autres avant de passer de vie à trépas en soixante secondes et que le passé archive sur le rayon des suicides… possibles …

L’horloge rage.

Pourquoi les cambrioleurs l’avaient bâillonné ? Elle n’était pas une alarme, tout juste un carillonnement pour dénoncer les heures ? Pourquoi l’avaient-ils recouvert d’un tissu rouge lors de son enlèvement ? Elle n’avait pas l’intention de trahir ses ravisseurs. Pourquoi se retrouvait-elle en compagnie d’autres horloges dans un hangar aux lucarnes agressives ? Elle avait toujours vécu seule et ses congénères bruyantes dérangeaient son comptage journalier, elle ne savait plus, si elle était en retard ou en avance. Quelle angoisse ! Pourquoi, personne ne resserrait son ressort ? Elle avait envie de vivre encore ses secondes en éternité, ses minutes en espoirs, ses heures en cadeaux, ses jours en jouissances, ses semaines en bonheur, ses mois en étoiles, ses années en Noëls, bref de vivre un siècle bien remplit. Mais, comment sortir de cet asile d’horloges en délire, chacune son tic, avec pour certaines une tendance à se prendre pour des baromètres, et comment tenir plus longtemps sans compromettre irréversiblement sa raison ? Elle désirait retrouver une main attentive, prête chaque fin de semaine à remonter son mécanisme d’orfèvrerie imaginé par un maître horloger de la Vallée des Siffleurs. Et ses engrenages qui peinaient, et . . . pourquoi n’avait-elle pas pensé plutôt à invoquer la déesse des Horloges : TikTak ?

Elle rassemblait son énergie à invoquer la formule mathématique qu’aucuns scientifiques n’auraient pu déchiffrer. Tout le monde était mis à l’épreuve : cliquet, rochet, spirales, pignons, ancre, fourchette, roue d’échappement, roue motrice, poids, lames de suspension… Ses aiguilles dansaient un quadrille à une vitesse que la lumière en aurait pu perdre la vue. La déesse se présentait en montre gousset, brillante.

— Tu n’as qu’un seul vœu, ma belle, tu as une couronne de temps pour le prononcer.

L’horloge émue par ce phénoménal événement, balbutiait son vœu.

— Au bord d’une rivière, une jolie maison, annoncer mes heures à l’un des gentils habitants . . .

Quand elle se retrouva au bord d’une rivière, son cadran se mira les chiffres ! Le temps d’une couronne n’avait pas pris la totalité de sa déclaration ! Malheur ! Cet équilibre précaire lui valu la noyade.

Elle rage ! Tant et si bien que le dieu des horloges : TacTique, s’agace ! Il prend la mesure de ce tragique destin et lui glisse entre ses rouages délicats une incantation chiffrée qu’elle traduit par :

— L’horloge seconde sans heurt la vie des humains, tu seras l’horloge des poissons aux heures sans faim.

Morale : soyez clair et concis dans vos choix.

©Max-Louis MARCETTEAU

Parlons procrastination

Image Bibliothèque du Château de Groussa

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Si « Le travail c’est la santé, rien faire c’est la conserver » nous chante Henri, je dis qu’il n’est pas moins édifiant que ne rien faire n’est pas la liberté, même si l’on est libre de ne… rien faire et rien faire est un oxymore qui me fait penser à « Vient ici, fous-le-camp » de la même teneur mais dans un autre registre… En effet entre le rien et le faire, y a un gouffre que dis-je un océan si ce n’est un écart d’un univers à un autre… pour faire… simple on ne peut pas être dans le rien et le faire.

Alors certains puristes soulèvent le faire et lance d’un rien que le rien et faire sont tout à fait compatibles. Vrai, c’est même tout une affaire et ce n’est pas… rien. Donc, en effet nous sommes bien devant le fait accompli que le rien faire est une occupation, voire un travail comme un autre… Ainsi, l’on prend à contre pied si ce n’est à cloche pied, le fait que faire n’est pas défaire mais bien la négation du rien faire dans toute sa dimension…

Mais, je vois dans l’assistance médusée par de telles assertions, lancées par un bon à rien, moi en l’occurrence, et qui a sans doute, rien d’autre à faire… de n’avoir rien dans la tête… pourtant, il y a incontestablement un savoir faire du… rien faire si on prend l’expression commune de tous les jours. En effet, le rien faire n’est pas du genre à se laissez… faire et n’est pas, à qui pourrait penser par un hasard bien sapé en lunette noire, un faire-valoir, non, non, et non plus un laissez-faire du genre frère aîné nommé laxiste qui à tendance à faire la tête et tenir tête… il faut le faire…

Bref, à notre rien faire, il faut repasser d’un savoir faire au savoir être… tout un art que nous allons aborder dans cette conférence d’une petite heure après un petit jour de retard… dont le thème est la « Procrastination en milieu urbain non Euclidien »…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Alors, j’y vais ou pas ?

Oeuvre de George Bellows

Oeuvre de George Bellows

Défi de lateliersouslesfeuilles : A vos claviers #4


Je regarde l’heure. Il est minuit pile. Pile ou face… la fenêtre est ouverte.

Alors, j’y vais ou pas ? Je m’appelle Max ou Louis ou peut-être autrement… je me prénomme le Néant… Invitation au rien sur les lignes d’une vie aux routes sinueuses et traçages à la bêche, pioche, pelle, routes à pied depuis cinq fois cinq de cinq en cinq jusqu’à maintenant…

Alors, j’y vais ou pas ? Je pleure ? Non, je retiens tout là cet endroit qui se fébrilise à ton nom, ce nom de Tout qui fait de moi Néant un rien de quelque chose d’aimer moi qui n’ai pas su t’aimer, moi qui suis ce plongeon vers le mot rongé des traumatismes, j’ai goûté ta peau comme une offrande…

Alors, j’y vais ou pas ? J’ai l’air de quoi dans cette grande ville portuaire ? Un Néant au regard porté sur la Loire qui s’impose comme une femme aux débordements qui ressemblent à tes mouvements de houle entre orgasmes et cris de colère, tu es nue de cette nudité dont le sable est le coquin qui caresse la chaleur de tes berges…

Alors, j’y vais ou pas ? Je souffre oui, c’est vrai mais qu’importe la souffrance elle me porte depuis trop longtemps et me nourrit de son sein toujours trop lourd, toujours inassouvi, cette présence comme une seconde vie qui me taraude là et ici et puis ici…

Alors, j’y vais ou pas ? Je ressens les larmes de mon futur linceul mais suis-je vraiment au bon endroit ? Je suis là et puis ailleurs, toujours dans l’absence d’ici pour un ailleurs dont ma présence apporte ces sourires, ce bien être, ce réconfort… et moi je suis où dans ce mouvement humain qu’une simple accolade de rires, une partition de clown qui ressemble à l’intérieur… Buffet…

Alors, j’y vais ou pas ? Je ne sais pas aimer et me voilà crucifier, alors à quoi bon continuer ? Tu es une absence possédée de la présence de ton aura, position de la rose des vents, et souffle de notre amour de cendres pas d’enterrements en vu de prendre le relais d’une autre souffrance, je reste planté à mon calvaire, le sourire comme un soleil cajoleur, et puis ces nuages ne sont pas pour Toi, Mon Amour, rien ne viendra te remplacer qu’une seule larme de toi pour me sentir vivant…

Alors, j’y vais ou pas ?

(Note : j’ai oublié de fermer le gaz. Je reviens aujourd’hui (car il était hier) même heure, même endroit, rebelote et peut-être dix de der…)

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Manifeste en point‐virgule

Par ce manifeste il est temps de faire le point … et de prendre position ; il n’est pas dit que nous les points-­virgules épouserons l’errance de la marge plus longtemps ; ignorés de la masse des lignes, dédaignés des têtes d’encre, balayés, écartés, méconnus, rejetés, négligés, en un mot : délaissés … dans l’indifférence générale et dépointés par les virgules, les nu­-tête.

Il est le devoir de chacune et chacun d’entre nous de poser le socle de notre survie de point­virgule ; nous en appelons à tous les points-­virgules d’ici et d’ailleurs ; mais aussi et surtout à la virgule toute fière de nous porter trop souvent l’estocade en snobant ce grain de beauté tout en nuance en leur profil ; au point qui de final est une brute épaisse et s’impose en dictateur.

En tout état de cause, nous n’oublions pas la genèse de notre histoire, celle d’une virgule et d’un point dont l’amour nous a formés en cette alliance. Le divorce de ces deux entités a eu pour effet de nous abandonner à notre triste sort.

Nos sept résolutions
1) Opposable à tous le point­-virgule est à la demi­ pause comme la demi-­heure est à l’heure et le demi à la bière ;
2) Tout point­-virgule a droit de cité même dans la campagne des lettrés ;
3) Le point­-virgule est le fer de lance de toute construction (voyez une maison sans faîtage,
l’arrogance de l’indécence à son plus haut faîte);
4) Il n’y aura pas de point­-virgule en faire­ valoir ;
5) Le point-­virgule doit grossir les rangs de toutes phrases dignes de le transcrire et pas en cache­
misère ; (ni en cache-­sexe non plus)
7) Toute phrase se doit d’apporter soutien, réconfort mais surtout le boire, le manger et le toit à tout point­-virgule errant.

Voici les signatures
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A ce sursaut de conscience collective pour la défense du point­-virgule ; à son devenir pérenne, nous vous invitons et souhaitons ardemment une réconciliation entre virgule et point ; à vos stylos, crayons, plumes, ordinateurs et autres moyens pour ainsi retrouver de nos couleurs et de notre place (qui valent bien celles des autres).

Note : et quand la fiction rejoint la réalité : ICI

©Max-Louis MARCETTEAU