Le homard vertigineux qui n’avait rien demandé

Photographie de Yohann-Legrand

Blog Émilie : récolte 21.02


Se souvenir … et plonger dans le regard d’un passé moqueur qui se croit indestructible et plus encore qui s’impose dans l’état des lieux de notre vie telle une maladie chronique qui nous rappelle … à son bon souvenir… et puis …

Il y a les souvenirs sans applaudissements comme par exemple dans la famille des objets égarés comme cette bague de fiançailles possédée du mot regret gravé par des larmes incomprises ….

Il y a les souvenirs que le mot heureux prend à pleins bras comme par exemple la Madeleine de quarante-quatre ans qui me brisa le cœur dans l’assiette d’un midi avec le homard vertigineux qui n’avait rien demandé, lui non plus …

Il y a les souvenirs ainsi qui sonnent l’Aléa comme par exemple le regard d’une femme dans le couloir d’un métro au trop-plein qui vous agrippe tel l’appât et que vous relâchez tous les deux pour cause d’un mauvais courant descendant …

Il y a les souvenirs qui vont apparaître du tréfonds de l’adolescence comme par exemple cette première tentative sur un slow d’un «Hotel California» et d’un banana-split renversé sur des genoux … à se mettre à genoux …

Il y a les souvenirs … en fait, on ne se résigne pas aux souvenirs … et parfois, ils nous font rêver … encore … et nous restaurent … quelque part …..

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Suis heureux…

Oeuvre de Servando Cabrera Moreno

Oeuvre de Servando Cabrera Moreno

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Mon surnom est le « mouton de Panurge ». Les gens disent : « Tiens, voilà le mouton de Panurge ». Je n’en prends pas cas. J’aime les moutons, normal, je viens de la bergerie des Trois Moutons au Col des Frisés. Et depuis que je suis dans ce village, ils m’appellent ainsi et je réponds bien volontiers.

N’empêche que mon vrai nom est : Poliquet. Et j’aime bien. Mes parents d’adoption sont dans les bovidés, c’est mon grand-père qui est dans le mouton et j’y suis resté bien longtemps, mais il est mort. Alors, comme personne ne voulait reprendre la bergerie et que moi je voulais, on m’a dit non. Il fallait que je sois é-man-ci-pé, émancipé (c’est dur à dire). Et j’ai posé question sur ce mot. On m’a répondu que j’étais à présent un affranchi et comme je comprenais pas le mot on m’a expliqué que j’étais libre. Libre ? Mais je l’ai toujours été. Ils sont un peu tarabiscotés dans le village.

On m’a trouvé une place de commis dans l’auberge du Poil Mordant. Suis bien heureux, surtout qu’il paraît que suis pas vilain gars et que la Becoteuse blonde lavandière a bien voulu de moi. C’est là que le curé m’a dit une drôle de phrase : « Alors, tu as connu le coït, garnement. Attention de n’y prendre trop goût ». Je pense que le curé n’a pas bien compris que la Bécoteuse et moi nous étions bien ensemble et qu’à la prochaine ouverture de foire nous allons faire fiançailles.

Suis bien heureux. Et le monde ici, aussi. Quoi de plus avoir quand tout est joliment mis même si parfois la Bécoteuse veut son “face-sitting” du dimanche après la messe. Je vous jure que c’est bien pour lui faire plaisir, surtout sous ses jupes j’étouffe à moitié à lui brouter le foin.

Quoi qu’il en soit, nos futurs voisins et les alentours, va nous offrir un petit lopin de terre et avec pierres, mortier, bois et ardoises pour notre nid d’amour. Suis heureux comme diable… pourvue que la prochaine peste ne vienne pas m’emporter à mon bonheur.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Paul le Bienheureux … Chapitre II

Film Hibernatus - Claude Gensac

Film Hibernatus – Claude Gensac

Agenda Ironique mars 2018  pour ce mois hébergé par Jobougon.


Jour + 15

Je m’amuse comme un jeune gamin depuis dix jours. Franchement je ne pensais pas être heureux dans mes quinze mètres carrés de cet établissement public. Un confort spartiate certes mais après je n’aurai pas mieux qu’un six planches et même avec de la soie les asticots seront plus à même d’apprécier…

Bref, je suis en pleine lune de miel avec Josette la fausse blonde de soixante-dix-sept ans. Nous sommes soutenus par le corps médical et nous pouvons à loisir nous rendre visite pour la bagatelle avec la seule obligation de placer sur la porte un écriteau “dot not distrub”… impossible d’avoir une transcription en français. Je vais écrire à la direction…

Je suis devenu animateur avec mon nouvel ami au surnom de « Pip » d’une culture qui m’épate et pas qu’aux mollets. Nous avons une quinzaine de participants chaque jour de quinze heures à seize heures juste après la sieste (voire crapuleuse).

Les aides-soignantes et AMP sont nombreuses (un seul aide-soignant, donc en cette nouvelle société, le plus grand nombre l’emporte, c’est la loi de l’équilibre), les infirmières disponibles, et les paramédicaux aussi… Et puis il y a une salle de sport pour nous entretenir un minium avec un coach. Une mini-piscine avec balnéo, petit train pour faire le tour du parc… et toutes les autres prestations pour le même prix, et surtout cerise sur le gâteau, quel que soit le GIR.

Bref, cette maison de retraite c’est le club Med… et on le mérite bien. Je suis heureux…

Jour +30

Il est huit heures. Je viens de trouver dans le tiroir de la table de chevet, ce journal. Je rajoute ces quelques mots. M. Paul a fait une fausse route avec une biscotte ce matin… il est décédé.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018