Il est cette marionnette de son temps

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… dans le temps fort de sa pièce qu’il joue, un verre d’eau est le bienvenu. Il est viscéralement dans le rôle de son personnage et comme tous les soirs il s’abreuve et se dessèche comme une terre à qui le bon terreau naturel est absorbé pour de belles plantes.

Ce soir-là, à la sortie des artistes le ciel pose son œil superbement lunatique d’un orangé comme né d’un sortilège …

Il s’allume une cigarette. La ruelle est vide. Le boulevard n’est pas loin. Il s’enferme dans son trois-quart. Il est l’heure de rentrer. Il marche lentement. Il refuse comme tous les soirs ce repas avec les autres comédiens.

Il va rejoindre son bar habituel sur l’un des quais de Nantes.

Chaque soir, la Loire, massive, déliée, indomptable, l’appelle pour un bain de minuit sans retour … il suffirait d’un pas … d’une idée malencontreuse à ce moment-là …

Et puis, il va boire … une bière … et puis une autre … les jours de l’hier, de l’aujourdh’ui, du demain, identiques comme une page d’un livre récitée tous les jours, il est cette marionnette de son temps écrit pour lui et par lui, un demi-homme pour un demi-naufrage…toujours à la limite de la noyade et bon à tenir par défaut au manque de courage d’aller voir plus loin dans un ailleurs peut-être avec une autre voix d’appel que celle de la Loire …

Il est deux heures du matin. La Lune est absente ou cachée par de forts épais rideaux de nuages. Il fait frais comme un frisson après une douche trop chaude dans une salle de bains réfrigérée …

Les rues sont des parcs à voitures où l’éclairage souffreteux dépose des reflets inquiétants … et pour lui pas d’éclaircie non plus … il fait parti de ses ombres que personne ne remarque … même sur la scène de la vie …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018/2019

Cela peut coûter … un bras

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J’ai une cabane en bois installée dans un grand arbre planté à l’intérieur profond d’un parc public.

A chaque visite, nocturne, le feuillage chuchote des mots qui s’étiolent dans la nuit et dont je ne retiens que les fragments si ce n’est l’écorce toute chaude qui s’évapore en peu de temps …

Hier … non, il y a quinze jours, pourtant, j’ai attrapé un mot complet : kinhuimpuis. J’ai retenu de justesse contenant et contenu comme un vase précieux. Combien de mot nomades j’ai laissé échappés toutes ces nuits aux voilures des murmures secrets échafaudés par la sève de cet arbre au moins deux fois centenaires ?

Je suis redescendu au petit matin comme un voleur de grand chemin cagoulé d’un mutisme et bâillonné par un chèche par sécurité, je me suis dirigé directement dans mon refuge au fin fond de ma cave à double entrée et de nos mystères connus de nous deux que nous gardons jalousement comme deux amants dont l’adultère ne peut être reconnu par les communs des mortels …

A cette date de découverte, je l’avais tatoué sur ma peau comme une relique. J’étais fier et inquiet car c’était la première fois que je sortais de notre traité, la cave et moi, qui stipule que rien ne doit sortir de son antre sans notre accord mutuel et sans réserve.

Une entorse qui m’a peiné un peu, mais qui n’a pas duré si ce n’est le temps de la cuisson d’un œuf coque … je l’avoue.

Et puis il y a quelques jours sur un chantier, j’ai loupé une marche, dévalé en roulé-boulé des escaliers béton et me suis affalé dehors au moment où un bloc de marbre s’est détaché de la grue et m’a broyé le bras … et le mot … le tout en charpie.

Aujourd’hui, je suis à me reposer, si l’on peut dire, à l’hôpital, amputé de beaucoup comme un rappel à l’ordre qu’il ne faut jamais dévier d’un contrat … cela peut coûter … un bras … parfois

© Max-Louis MARCETTEAU 2018/2019

Comme un refus

Contes et lumière, une voix d’ombre se pose.

Ouvrage de la parole qui cimente et s’impose,

Mémoires des personnages surgissent figurés,

Métal de mots s’imprime aux visages cirés.

Enfant d’autrefois, tu portes en toi ce grandiose.

Une à une les années passent au fil du rasoir,

Nos vies séisment les légendes et grimoires.

Régenté par le monde consommable avide,

Entraîne dans son sillage l’éphémère au vide,

Facile et insatiable, le cortège de tristes héros,

Usés à la seconde qu’ils existent par l’info.

Souriez enfants d’hier, vous êtes les seuls lucides.

 

© Max-Louis MARCETTEAU

8ème mois avec Toi

Wild West by Igor Sapozhnikov

Wild West by Igor Sapozhnikov

Aucune vie ne viendra nous faire revivre ce qu’hier
Otage des souvenirs Nous donna à ciel ouvert
Une part précieuse, infime mais intense lumière,
Tenue un instant de ce A de l’Amour tout solaire !