Le drame aux mains propres

Chaise sur champ (Si vous connaissez le la photographe )

Chaise sur champ (Si vous connaissez le la photographe )

Les petits cahiers d’Émilie. Emilie 8.20 (Hors délai)


La montagne se tient à l’horizon. L’aigle se pose sur la cime du premier arbre. Le mouton est en mode attente et le ruisseau… ruisselle et les ragots ragotent au café du village.

Ainsi, le décor décoré est installé, le drame aux mains propres s’habille de ses chaussettes réversibles, de son pantalon tissé à l’ortie du Nord, d’un long manteau feuillu de la plaine et d’un large chapeau plat fait de lames genre rasoir au possible et d’un radar dernier cri à appréhension amplifiée.

Quand le corbeau de service, s’approche en vol plané en delta et se pose aux cotés de l’aigle genre royal troisième branche à partir du bas, et dit :

— Alors, vieux frère, tu cogites ?
—…
— Si tu l’enserres trop lentement, il va iodler dans toute la vallée.
—…
— Au contraire, si je le rabats vers le ruisseau chantant, tu pourras à loisir le cueillir.
—…
— T’es pas causant mon frère, aujourd’hui ? Un problème ?

L’aigle d’un coup de bec comme un retour de boomerang sectionne la tête de linotte… du corbeau. Le bel aigle a un frisson de sa belle chair emplumée, éprouve un seul hoquet, déplie ses ailes, brasse l’air par une belle résonance qui traverse les belles lignes de la vallée jusqu’au journal déplié à la lecture d’un villageois d’une belle vieillesse assis sur un banc de granit, bien au frais, sous le platane de la place.

— Le rapace n’est pas de bonne humeur… y en a un qu’a dû morfler…
— Pour sûr, répond son vieux camarade de classe qui fume la pipe, le chapeau de paille entre les oreilles.
— Alors, tu vas le gronder ?
— Non, non.

Les deux hommes se regardent d’un œil profond et… rapace, glacial.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Ai perdu

Modele Raschelle Osbourne- photo de William Lords - 2010

Modele Raschelle Osbourne- photo de William Lords – 2010

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Je viens une fois de plus me faire cuire un œuf. C’est la barbe ! Ma tendre future fiancée a refusée une Perle des Mers du Sud et me suis endetté à tel point que je vis dans mon étable avec trente-trois vaches et loué mon corps de logis.

Si j’avais eu de l’audace je m’aurais mis en fermage de corps et à défaut signé un pacte avec le diable qui m’aurait remis au moins un wagon d’or. Mais l’or ne fait pas l’amour et moi je suis animé par l’amour, non par le mercantile des choses.

Voilà que j’ai le hoquet… Je range mon beau costume dans l’armoire aux poules que j’aie virées depuis un bon mois. Je les ai déménagées dans l’autre aile du bâtiment de l’étable… avec tout le confort, je crois.

Je reste prostré, assis sur un tabouret trois pieds et c’est moi qui perds pied. Je me lève comme un ressort délogé de son… logement. Je suis un passionné refoulé. Et je crie comme une bête (parmi mes vaches qui meuglent avec ce regard interrogateur d’une seule pièce) nu qu’il me faudrait m’empailler sur le champ…

Je m’agite, déraisonne… je vais me mettre un ruban à cet endroit… de nœud à nœud ça tient… Je me cause, mets en cause, m’étire, et rage, déglutis des mots, sors dents de carnassier à qui me retiendrais et cours en virevoltant, je veux que le monde voit ma détresse si ce n’est le village moqueur et de son cafetier greffé de la belle blonde de la ferme Les Bleuets.

— V’là t’y pas que le Paul est devenu fou à c’trimbaler le nœud tout en mât au vent, la chair sans fringue… et à danser comme un coq qui a perdu sa cote…
— Sers-moi un canon… et laissons le divaguer. Y a une mare pas loin, il va reprendre ses esprits.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018