Ce vaisselier centenaire me scrute

Ce vaisselier centenaire me scrute

Oeuvre de David-Germain Nillet – La soupe.jpg

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A l’heure de mon repas journalier ce vaisselier centenaire me scrute de ses yeux vitreux … et ce canapé… je l’entends crier à chaque fois que les griffes du chat lui triture la caouane couleur bleue de son teint …

Ma soupe est chaude et je réfléchis la tête … de la cuillère dans le bouillonnement … elle ne souffre pas … elle …

La lampe du plafond, allumée, la vague d’un tungstène dans l’âme :

— T’as un souci, Paul ? me dit-elle.
— Je souhaite l’oubli.
— Tu souhaites de l’aide ?
— Non.

Et ma cuillère fait dos rond… c’est louche …

— Tu fais ta forte tête ?
— …
— Ne me réponds pas !
— J’en ai ras la soupière …
— Et moi ras l’assiette creuse de tes bouderies …
Cesse ! .. de me mordre les rebords !

Cela dit, elle n’a pas tort. J’ai le dentier du haut qui racle et qui râle en fond de gorge comme un écho.

— Je te côtoie tous les jours et …
— Précise, dit la cuillère en se retournant et me fixant le plein de son questionnement à ras le bord.
— Tu vas retourner au tiroir.
— Tu es abject !
— Laisse-moi exister au lieu de te plaindre chaque jour.
— Tu vas fricoter avec une autre…
— C’est sûr !
— Goujat !

Et … je l’ai noyée dans sa jalousie pour l’éternité.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La jalousie s’intronise

Photographie de Fernando Guerra - Architecte Fran Silvestre – Valence - Espagne

Photographie de Fernando Guerra – Architecte Fran Silvestre – Valence – Espagne

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La jalousie s’intronise, les gueules s’édentent d’envies malsaines et s’endettent de rêves impossibles. Je préfère vomir dans mon coin que dégorger à ciel ouvert mes reproches sur mes contemporains … vénéneux … aujourd’hui, je prends ma valise. Le temps de dire adieu à mon quartier, d’un seul regard …

J’emporte avec moi, ce moi-même resté identique et les souvenirs trop lourds à porter resteront au seuil de ma porte et ceux qui veulent les entretenir pourriront avec eux.

Je vais mener mon train de vie sur la ligne directrice de mon restant à vivre et comme je n’aurai pas de sursis je pourrai plonger la tête la première dans mes excès qui seront me recevoir sans préjugé.

Il est onze heures et trente-neuf minutes. La porte de ma vie claque les gonds et le seuil s’angoisse de mon départ … définitif … encore quelques marches et le taxi transport de l’inconnu vers une direction l’avion via l’inconnue …

Il est vingt-deux heures et dix-huit minutes, l’hôtel de la vie vient de me prendre en charge pour une durée illimitée…

Menthe à l’eau et glaçons, les pieds en éventail et le moral dans les tongs, le monde roule pour moi en intérêts. Je suis au bord de ma piscine privé … de tout. Je ne suis pas heureux, non, je suis dévasté. J’ai gagné au loto…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018