L’aube au creux de mon ventre

Photographie de Jordan Matter

Photographie de Jordan Matter

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Je suis dans une montgolfière à quelques centaines de mètres de haut, le vertige dans mon sac à dos, je respire cet air comme le lama sur son territoire des Andes.

Impossible de s’évader de cette nacelle et pas de parachute. Rien. Oui, j’ai peur. Cette peur qui s’est calée depuis l’aube au creux de mon ventre. Ce ventre en tablette de chocolat, ne me sert, ici, à rien. Et je voudrais être, ce rien en ce moment. Je crois que je vais virer au jaune dans pas longtemps.

J’essaye pourtant de me concentrer. Le jour se lève en de bouillantes couleurs de jaune et d’orange sur des nuages laiteux aux dessins improbables. Je capte un silence sur cette Terre des airs en vadrouille, une toupie qui s’oppose à l’univers et épouse toutes ces forces. A ce moment-là, je suis humble devant Sa Grandeur, cette Terre, qui m’a donné naissance, qui nous a fait Homme. J’ai en moi une embellie à cette pensée qui ne frôle pas le conducteur de l’engin atmosphérique, technicien qui vapote dans un nuage de locomotive à pleine … vapeur.

Et au frôlement de la seconde suivante où jouir du spectacle de cet environnement d’exception l’était à la seconde d’avant, un déchirement qui me semble de toile me claque dans les tympans. Nous sommes de la surprise, et d’une peur qui n’a pas de nom, si ce n’est le terrifiant de notre situation, tous avec ce désir irrépréhensible de sauver sa peau et de sauter dans un vide qui n’a de distance qui se rapproche à une allure dont la formule ne m’est pas venue de suite en tête que nous percutons le sol dans un fracas d’osier, de flamme, de ferraille, de terre … les cris se sont envolés en fumée …

Et puis, maintenant je danse avec les morts, histoire de m’intégrer dans ma nouvelle communauté… l’air de rien.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Transfert incomplet

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J’ai aimé Violette avec un macaron sur chacun de ses érectiles tétons.

J’ai eu de l’emprise sur son destin que j’ai modelé à mon image et j’ai galvaudé notre amour sur les trottoirs en poèmes niais…

A cet instant précis je suis seul sur la terrasse d’un bar-brasserie à l’intérieur d’une haute ville dont l’histoire est chevillée dans ses pierres apparentes presque obscènes en ce milieu du XXIe siècle. Je tapote le nom de mon cocktail sur la table tactile et en moins d’une minute, il apparaît de nulle part par l’effet quantique sur le bord d’un coin de ma table ronde, beau, étincelant avec une paille, fraîcheur bienvenue… et Violette qui me hante encore et encore… et je l’entends dans sa dernière prière en position de levrette, je la montais bellement et diablement à jouir pour cet adieu voulu comme un commun accord…

Depuis, je suis un être de déambulations et le libre de ma vie est un poids insupportable. Mon réseau de connaissance est insipide et les vrais humains restants sont dépressifs et en bonne santé. Toute cela me paraît dérisoire. J’aurais voulu être un enfant des années 2000, au moins le monde était monde et les humains avec des émotions et du vrai sang.

Au contact de mes lèvres, ma paille s’adapte et j’aspire par à-coups, avale lentement après un court séjour dans l’antre de ma buccale cavité puis à l’appel d’un gosier soiffard contrarié je m’impose ce moment d’âme ouverte au délice du plaisir de m’assouvir…

— Violette 245RTN587 Version 2.23.01 vous attend professeur…
— Attendez deux minutes… je suis en train de prendre mon pied…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Mante religieuse

Oeuvre de Hubert Malfait - Le curé du village

Oeuvre de Hubert Malfait – Le curé du village

Tes regards ne viendront pas attenter

À ma pudeur de jeune novice patenté,

De platoniques amours idolâtriques cotées,

De courbes avantageuses de beauté !

Ma belle, je reste sur le front douteux

De ton amour, à la fatuité de ton je jeu.

Je ne serai pas la botte de paille de ton feu,

Et impose, à tes assauts, mon couvre-feu !

A l’avis ainsi tenu, tu forceras les éléments

De mes convictions et tes armes en avant,

Tu frapperas les portes de mes désirs d’amant

En devenir, au seul but de jouir à mes dépens !

N’est-il pas vrai, que mes remparts glorieux,

A cet instant, ne seront plus que ruines à tes yeux,

Au moment de ce corps à corps attendu voluptueux,

Et violent, tout à la fois, je deviendrai amoureux ?

Je n’ose penser à ta possession, à la haute grille

De passion qui me tiendra prisonnier en ta bastille,

Et tu suceras mon cœur ouvert, offert et la cédille

De ton sexe se frottera sur mes pensées faucilles !

Non, non ! Passe ton chemin ! Au plus-que-parfait

J’avais dormi et le rêve de tes échecs, aux essais

Audacieux m’avaient réveillé à l’érection d’intérêt

Et je redoutais l’empoisonnement… à ton reflet !

Tu me tenais par le harnais ! Fallait-il se draper

De prières jusqu’à la nef de ta poudrière trempée

Du désir de me chevaucher pour d’un coup te stopper ?

Je luttais, le chapelet usé, les incantations étripées !

Tu devenais de jour en jour plus ardente à souffler

Tous les cierges protecteurs de mon auréole aveuglée,

J’embrassais la croix descellée de mon supplice moulé

De Foi qui s’ébranlait aux rafales de ton aura gonflée !

Je me trahissais moi-même, de mes vœux à la valeur

Devenue obsolète, fléchissais tel le saule pleureur,

Et m’abreuvais de toi comme un esclave jouisseur.

J’allais abdiquer par tes desseins séducteurs !

Ainsi, je cédais à la mante religieuse jusqu’à vendre

Mes frusques au marché des regrets puis prendre

Le nouvel habit de la déraison sans attendre,

Même si j’avais en tête, d’ici peu, de me pendre !

 

©Max-Louis MARCETTEAU

Corps accords

Oeuvre de Jam Sutton _digital

Oeuvre de Jam Sutton _digital

Les corps se dilatent bruissement de l’air

Qui s’échappe des valves du désir pressé

De gonfler l’espace qui les sépare et les chairs

Porcelaine de Limoges s’épousent à respirer

La cuisson du plaisir à jouir des instants éphémères.

©Max-Louis MARCETTEAU