Une étrange virgule déambule dans les étagères

Photographie Martin Cauchon

Les Plumes chez Émilie 22.20


La bibliothèque est aujourd’hui fermée.

Une page anonyme a été envoyée par un dictionnaire masqué (selon les experts en tout genre amenés à émettre des avis à la fois discordants et concordants selon la position et l’humeur du moment du public toujours avide et curieux par sa nature des mystères et à la fois perdu par le tohu-bohu de ces mêmes experts) au service de la milice police municipale des objets à venir chercher.

A la lecture de cette fameuse page imprimée à l’encre de Chine (cela ne s’invente pas) sur papier recyclé sur des machines industrielles et lavé à l’eau pure et dénaturée par effet, indique qu’une étrange virgule déambule dans les étagères, les allées et même le sous-sol des archives, émanant un parfum de rose qu’enivre jusqu’à ce que mort s’en suive des livres de poche après une agonie digne des films à la Dario Argento.

La bibliothèque est aujourd’hui fermée.

Le maire de la commune a pris des dispositions. Un peu tard profèrent les langues de vipère et a juste mesure disent les plus honnêtes, quand d’autres ne font état que d’un conte pour attirer l’attention pour s’offrir du tourisme à gogo sans sous déliés de pub.

Dans cette page anonyme, il est question d’un autodafé si les livres des éditions Rhododendron ne sont pas libérés d’ici la fin du mois. Nous sommes le vingt. Les jours se comptent ou se décomptent, selon la position des experts qui divergent…

La bibliothèque est aujourd’hui fermée.

Les plus audacieux des experts travaillent d’arrache-pied tout en conservant leur tête froide pour comprendre la fermeture inexpliquée de toutes les issues de la bibliothèque. La conclusion, non unanime, qui en ressort après moult tentatives à comprendre ce phénomène inexplicable : un livre de magie dépressif et persécuté serait le coupable.

Après cette nouvelle retentissante le monde s’use à lire pour découvrir la clé d’un désenchantement dans le marc de café, les cartes de toute nature, dans les feuillages d’arbres millénaires et même à se livrer à des incantations avec des cerfs-volants au clair de Lune. Certaines langues trop pendues disent que ce n’est pas un loisir ni même une occasion de s’élever voire s’occuper avec intelligence… pour ceux qui en ont une, bien sûr.

La bibliothèque est aujourd’hui fermée.

L’occulte fait peur. Il va sans dire tout en disant qu’une évasion de la totalité des ouvrages est exclue. Alors, si les idées s’enflamment, le nombre de livres de poche meure d’une manière exponentiellement alarmante.

Il n’y a pas de revendication et c’est la question qui jamais soulevé (même avec un palan) vient percuter sans ménagement les experts ahuris, qu’un enfant de huit ans pose.

La bibliothèque est aujourd’hui fermée.

De suite un plénipotentiaire est désigné par les forces de l’ordre public dans la ménagerie des experts. Celui-ci n’en mène pas plus large qu’une marge quand il se présente avec un livre ouvert sur le code pénal de l’occultisme et des dragons… en livre de poche.

Il va sans dire que l’encre du livre de magie ne fait qu’un tour. Il se tourne les pages, se fait un sang d’encre en taches d’encre, se froissent toutes les lignes de la page vingt-deux… et quand l’inattendu se réveille, voilà qu’avec un jet d’encre de capitulation il signe sa reddition. Il souhaitait seulement une réédition mais avait omis de l’écrire comme… revendication.

La bibliothèque est aujourd’hui ouverte.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Agenda Ironique Février 2018 – Résultats

Agenda_ironique_fevrier_ 2018 - Photo iotop

Agenda_ironique_fevrier_ 2018 – Musée histoire naturelle Nantes -Photo iotop

 

Nous voici au troisième volet de cet Agenda Ironique Février 2018 avec pour thème : le conte.

Les différents liens : ICI et ICI

1) Gagnant :

 – Il apparaît des ex-æquo et je peux dire (?) (écrire est plus adapté) que cette mouture est d’une belle qualité avec des univers palpables et ô combien intéressants … merci de vos participations volontaires et palpitantes …

2) Organisateur

 – A une forte majorité, le nouvel organisateur de l’Agenda Ironique de Mars 2018 est une … Organisatrice … (si elle accepte cette mission)  JOBOUGON que je demande d’applaudir bien fort.

Mise à jour le 03/03/2018 :  Agenda Ironique de Mars 2018 => JOBOUGON

Merci à tous : lectrices, lecteurs, auteures, auteurs, et pendant que j’y suis le … monde entier (bon, je retourne sur Terre)

Max-Louis (Alias iotop)

Notre littérature ?

Image Biblioteca Angelica - Roma - Italia

Image Biblioteca Angelica – Roma – Italia

Notre littérature d’aujourd’hui ne sert à rien.

Tout a été écrit.

Nous sommes la quantité négligeable qui ose poser des mots pour se donner l’impression d’exister parmi d’autres nombrils trop vastes et qui coagulent les liens de la communication de ce présent.

Écrire, maintenant, n’a aucune valeur. Nous ne sommes que la partie caudale qui n’a pas lieu de se targuer d’être littéraire, ou pseudo-littéraire, ou tout autre synonyme, voire néologisme de ce genre, mais simplement de naviguer dans les eaux au-dessous de l’iceberg d’une littérature de géants. Tels les grands noms du passé comme Socrate – analphabète, heureusement que Platon était là, sans la ponctuation – à Camus qui a dit : « Créer ou ne pas créer, cela ne change rien. Le créateur absurde ne tient pas à son œuvre. »

Et nous tenons à nos vies d’individus à briller comme si l’éternité n’avait que nous à s’occuper et de nos écrits qui sont des marques débiles de notre soi. Rien ne sert de décrire, notre petite vie à son simple périmètre marécageux qui nous plombe.

Prenons le temps de lire, de comprendre, d’étudier les écrits de nos pairs. Tenons notre esprit à la hauteur de leurs univers. Composons l’avenir sur le passé qui avait eu l’audace de nous faire naître, mais qui hélas nous avons ignoré pour défier d’autres horizons comme pour nous démarquer, nous rebeller.

Nous sommes une portée dont le titre de notre Livre se nomme : TARE. Pourquoi tenir le crayon par nos doigts si ce n’est courir vers la fabrication du néant ? Pourquoi inventer l’ordinateur si ce n’est pour créer des vies artificielles ?

Je tente de partir de ce champ d’actions de pensée pour ne plus écrire et vivre dans la lecture de ma nouvelle bibliothèque offerte par une fan inconditionnelle de ma personne. Je vais, enfin, pouvoir, dévorer des vies d’écrivains et digérer une part de l’humanité.

Je ressens en moi une excitation exceptionnelle.

Je crois, qu’un de mes composants est en train de griller.

 

© Max-Louis MARCETTEAU