D’un éther a la rondeur de mon aimée – 12/12

Nicolas-François Gromort 12 1837

Nicolas-François Gromort 12 1837

 

Agenda Ironique Avril   (en 12 épisodes) – Pour la lecture des 12 épisodes déjà écrits le lien ICI

Les illustrations de Nicolas François Gromort (Fondeur en caractères, actif à Paris vers 1830)


12/12

Lucie, bien avant Jacquard

— Ma solitude, pourquoi souris-tu… édentée ? As-tu un autre nom ? Toi mon isolement mon désert d’amour dis-moi je t’aime dis-moi ma survivance ma douce faux à l’Ankou filigranée je te défie au bord de ma lignée détissée sur une trahison où j’ai posé mon désir fané sur une dalle de marbre veiné de ma tristesse et je brode mes malheurs à la vielle de mes larmes à mon océan d’amertume je rame sans fin comme pour résister encore et encore jusqu’au dernier moment sans rédemption abandonnée à mon sort sur le parvis des langues quolibets…

« Les hommes sont bizarres ; ils ne savent rien refuser à une femme
qui leur est étrangère, et celle qui mérite le plus leurs égards semble
toujours celle qui en obtient le moins. Mon saisissement, mes regards
suppliants, rien n’a put’arrêter, rien. Tu es parti ; je suis restée là,
debout, immobile ; je t’ai suivi des yeux donnant la main à cette femme.

Je l’ai vue monter en voiture. Puis toi, toi près d’elle ! Le bruit de la portière,
lorsqu’on l’a fermée, m’a presque renversée ; celui des roues, lorsque
l’on est parti, m’a fait pousser un long gémissement ; il me semblait
qu’elles emportaient ma vie, qu’elles broyaient mon cœur. Mes forces
diminuaient à mesure que le bruit s’affaiblissait ; et quand le dernier
murmure s’est perdu dans l’air, j’ai cru ne plus exister,
et je suis tombée mourante sur un siège. » (Constance de Salmlettre II)

— Ma solitude, pourquoi souris-tu… édentée ? As-tu un autre nom ? Et toi mon fils qui répudié mendiant sur le trottoir et vous mon époux défilé du logis désengagé à mon encontre je paie le prix de votre mésalliance et pourtant j’avais ce pouvoir de pardonner Dieu m’en est témoin et j’acte de mon nouveau chemin à la croix des calvaires vous me tiraillez le cœur et l’âme s’émeut de tenir prières sur les genoux des froids pavés de l’incertitude d’avoir une place au ciel moi honnête dévouée pieuse je m’endormirais l’enfer dans mes bras… moi l’innocente…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 8/12

Nicolas-François Gromort 08 1837

Nicolas-François Gromort 08 1837

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8/12

François et Lucie bien avant la Genèse

— Quel avenir ? Quels horizons mon François pour notre progéniture ? L’arbre du péché fruit du pêché à la langue prêchi-prêcha à prêcher les mots sont à la portée comme l’accouchement à la multiplication de l’espèce humain, je suis ta servante et ton épouse, je suis ta patience et ton foyer, je suis tout à toi sous ton toit jusqu’au confessionnal d’âme à corps tu es mon maître à la douce attitude au juste propos à l’amour fidèle à l’assistance indéfectible et tout en toi me fait reflets d’un honnête homme… pour une femme sincère…

« Plus je ne crains de nulle estre deffaite,
Car du tout est Justice satisfaite.
Mon doux Espoux en a fait le paîment
Sy suffisant et tant abondamment,
Que rien ne peult ma justice vouloir
Que de luy seul elle ne puisse avoir:
Car il a prins tous mes pechés sur
Et m’a donné ses biens, comme je croy. » (Marguerite De Navarre)

— Quel avenir ? Quels horizons ma Lucie pour notre progéniture ? Je suis l’arbre tu es le fruit, tout est dit, tout est là, rien de plus rien de moins entre nous pas de soustractions seuls les additions de nos efforts font l’avenir possible mais tout dépend du monde aux volontés insoupçonnées à la milice des destins croisés aux fleuves des désirs et des pouvoirs je ne suis que le simple servant et domestique de notre tracé à tenir à la boussole bien ancrée d’un cap commun et judicieux pour notre famille… je te le dis, femme.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 6/12

Nicolas-François Gromort 06 1837

Nicolas-François Gromort 06 1837

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6/12

François, bien avant Robin des Bois

— Que me voulez-vous chauffeurs ? Bandits de grands chemins ? Ma bourse ? Ma vie est déjà promise à ma tendre et chère Lucie. Comment ? Vous êtes de braves paysans ? Aux armes tendues, au pouvoir de vous servir hors la loi ? Vous êtes dans l’erreur et la guillotine vous tranchera, il est sûr que vous avez encore la tête sur les épaules quoi que votre raison ne soit pas à la bonne place je vous assure que vous devriez renoncer à votre forfait même si l’impôt vous sert le collet ne vous méprenez pas sur ma propre condition…

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ? » (Joachim du Bellay)

— Que me voulez-vous chauffeurs ? Bandits de grands chemins ? Ma bourse ? Vous tenez une bien mauvaise réputation à débourser un homme à la modeste condition qui doit céder à la menace de vos armes qui sentent la mort depuis trop longtemps et si je pouvais vous donner la clé des champs plus propice à vous faire retourner à votre œuvre d’humanité à nourrir vos tiers… comment vais-je nourrir et protéger mon prochain avenir qui est dans le ventre de ma bien aimée ?… mais séance tenante voici en fin ma bourse…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020