Je suis en pyjama …

Henri Matisse – La conversation – 1908

Agenda Ironique d’Avril 2021 – (hors délai)


— Alors ?
— Quoi, alors ?
— Les mains dans les poches !
— Je suis en pyjama…
— Qu’importe, tu es chez moi …
— Mon défunt père me disait, très justement, à propos d’une voisine acariâtre : « cause toujours, tu m’intéresses ».
— Je ne suis pas une voisine mais ta femme !
— On ne gagne pas à tous les coups…
— Tu me provoques ?
— C’est le destin qui un jour m’a convoqué pour te rencontrer…
— Tu es ignoble !
— Non, fatigué tout simplement …
— Ton lit t’attend.
— Oui, mon lit, mes rêves, ma nuit, et puis mon journal du matin … et toi, ma femme, qui n’attend plus rien…
— J’attends que tu quittes mon champ de vision.
— Pour une fois que je voulais te dire : bonsoir …
— Je ne te demande rien …
— C’est vrai … et pourtant …
— Et pourtant ?
— Pourquoi me gardes-tu ?
— Peut-être parce que tu fais partie… des meubles…
— Te voilà sentimentale ? Belle confidence …
— Et toi … pourquoi restes-tu avec moi ?
— J’ai le gîte, le couvert, l’argent de poche, quelques menus plaisirs …
— Nous sommes lâches …
— Non, nous sommes … indécents …

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Ma nuit dénuitée

Oeuvre de Henri de Toulouse-Lautrec

Oeuvre de Henri de Toulouse-Lautrec

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Tu es ma nuit ; cette nuit blanche qui pose ses réverbères de questions aux réponses bancales, aux courts métrages de l’insoutenable lenteur du propos imagé dans son impalpable eau obscure dépossédée du réel et qui permet de revivre chaque instant jamais à l’identique et frustré trop souvent de n’être qu’une bouchée sans saveur, odeur, une pensée démoniaque qui hante les nuits plus que d’autres jusqu’au passage du matin adorateur d’un sablier de rêves…

Tu es ma nuit ; nuit découpée en heure du réveil moiteur des yeux et blancheur du gladiateur cauchemar…

Tu es ma nuit ; ma seule nuit blême de toi à moi les yeux dans les yeux, on s’absorbe mutuellement, tu me domines et libères ta solitude, dépouille des heures qui se traînent sur les lignes des murs fantômes des rêves inachevés et des cauchemars en devenir de trahir la vie aux peurs bleues de ce sang qui se caille entre deux artères de paradis au carrefour de l’enfer d’un sas lumière rouge action…

Tu es ma nuit ; nuit virginale de froid au débit d’une chaleur givrée, je te congédie… et puis tu reviens…

Tu es ma nuit ; cette nuit sans filet éclaire le vide de mon existence d’une comédie draps blancs de ton œil retourné tu roidis mes membres du zénith au nadir tu psalmodies entre tes dents de carnassière tu ronges mes ombres et éventres le tragique des heures qui agonisent entre mes sueurs tu grandis en moi tu enracines ton incendie de nuit et mes yeux pleurent… il est déjà matin avant l’heure et le coq s’impose prédit une belle journée…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Rumeur… et ma mort.

Oeuvre de René Miessen dit Bellor

Oeuvre de René Miessen dit Bellor

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Les rumeurs sont légion et s’infiltrent dans tous les corps porteurs de sensations, de doutes ou pire sur les territoires de l’obscurantisme à tous les étages. La rumeur détruit ou porte aux nues.

Un avant-propos pour enclencher ce qui suit. Mon entourage personnel et travail pense que depuis maintenant une semaine, (lundi matin) j’ai gagné au loto. J’ai ressenti aux premières heures à des kilomètres à la ronde cette odeur de suspicion.

Je reste silencieuse, la rumeur enfle. Il est vrai depuis cette semaine je m’habille un peu différemment, j’ai aussi changé de coiffure, mon sourire est plus fréquent. Mais cela ne tient pas du tout à un gain du loto. Il est vrai, j’y joue toutes les semaines et toutes les semaines je rabâche que je n’ai rien gagné. Présentement cette semaine je n’ai pas exprimé ma contestation sur un jeu très injuste dans la répartition des gains par numéros gagnants.

Et puis j’ai eu un retard de cinq minutes, cette semaine-là, une fois, ce qui en dix ans, dans cette même entreprise ne m’était jamais… arrivé. J’avais cru entendre quels qu’éclats de rumeurs en passant devant des bureaux, portes ouvertes et à mon entrée un silence de circonstance embarrassé, une gêne bureaucratique…

En fait, l’esprit d’analyse est restreint à sa plus simple expression, le plus court chemin est la rumeur et quand bien même la vérité s’exprime cette rumeur est indélébile telle une cicatrice.

Ces bonnes gens sont à des milliers d’années lumières du véritable changement qui s’opère en moi en ce moment. Ma tête est mise à prix par un ancien amant. Je l’ai su par une lettre anonyme, il y a une semaine. Cela peut paraître complètement fou, dingue, ahurissant, étonnant, énorme, effarant… c’est ainsi et puis la police n’a que faire d’une seule lettre d’avertissement. Et à quoi bon me calfeutrer… Non, j’ai alors décidé de vivre pleinement et dépenser mes petites économies jusqu’à la dernière nuit où l’on me retrouvera morte par un arrêt cardiaque… Et la rumeur dira…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Je pose la Fleur

Oeuvre de Ligier Richier

Oeuvre de Ligier Richier

Blog de girlkissedbyfire : défi 52 Semaines 2018


Je pose la Fleur sur l’ombre de ta tombe,
Mes mains de marbre rêves catacombes
J’ouvre mon cœur triste à la théière d’hier
Trempe mon chagrin en ébullition ossuaire.

Le partir et puis rester assis là cimetière
Maison à feux follets d’esprits célibataires,
Je côtoie les souvenirs des âmes jaunies
Aux regards creux de ma présence éblouie.

Le romantique tient dans cette Fleur là
Et je vais partir l’ombre dans ma main
Te recueillir quelque instant de l’au-delà
T’embrasser par le vide jusqu’au matin.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

L’enfant dépossédé de ses rêves. Chapitre 1/5

Barbara, du blog lireditelle, a proposé à ses élèves (6ᵉ) d’écrire un conte avec la … Bnf (Voir ICI et ICI). J’ai donc, moi aussi, relevé le défi … dans une certaine mesure, et avec un retard certain.

 


Le soleil a tiré le rideau depuis longtemps. Je fais de même, bien après lui. La bougie à bout de souffle, s’éteint. Demain, je pars. Demain, j’ouvre un nouvel horizon. Demain sera différent. C’est dit. Demain, est au bout de mes doigts. Je respire déjà demain, le Grand Loup Garou ne viendra pas cette nuit me pincer le ventre. Non. Et à la première heure, je prends mon baluchon qui m’attend impatient, lui aussi de quitter cet endroit dont je suis l’esclave enfant. Le portefaix.

J’ai quelques larmes, là, sous ma couverture. Je suis l’enfant dépossédé de ses rêves. Je suis l’enfant trop grand, trop lucide, trop du trop de cette réalité qui me mord entre chair et cœur.

J’ai quelques larmes, là, sur mes joues. Je suis l’enfant entre désir de vivre encore et celui d’arrêter de respirer. Je suis l’enfant entre papa et maman, qui n’existe plus.

Mon sommeil n’est pas mon sommeil. Je me perds dans les méandres du clair-obscur.

Et déjà le temps du matin bonheur arrive. Le coq chante quand la nuit, enfin, déchante. Je me lève en des craquements furtifs, griffures sèches dans ce tableau gris de mon nouveau départ.

Je ne veux pas avoir ce dernier regard sur ce déjà passé envahissant. Je prends mon baluchon. Je me dirige vers la lucarne. Je voudrais m’envoler. Mais qui suis-je pour demander un tel vœu ? Je n’ai que mes petits bras, mes petites jambes et mon petit cœur qui devient de minutes en minute de plus en plus gros. J’ouvre cet hublot et enjambe la liberté. Je ne pense pas me noyer. Non, je suis dans ce moment d’inconscience consciente automatique. L’instinct de survie.

Le ciel impose ses premières couleurs orangées taffetas prismatique. Je descends lentement par le cordage improvisé d’une liane et pose pour la première fois le pied sur la chaussée de terre, empreinte de mes anciennes douleurs. Je souris. Le village est encore sous la couverture des rêves.

Je cours comme un ralenti qui ne dit pas son nom. Seul le silence de mon souffle s’oppose au silence presque offusqué de le déranger à cette heure matinale. Et je cours, cours, cours, cours de plus en plus … lentement. De la route de terre noire empierrée par endroit aux nids-de-poule égarés, le premier jour dépose ses lumières, sa fraîcheur, sa naissance, son avenir.

Je m’arrête au bord du ruisseau que je crois être des Trois Galets. J’ai chaud, trop chaud. Je ne suis pas habitué au grand air, à courir dans les champs et les bois. Non, je suis asservi aux tâches domestiques tous les jours, sans répit, sans récompense dans une royale demeure.

Agenouillé, je bois de son eau, de sa vie, de son sang entre mes mains recroquevillées possédées de gratter sol et ciel, enfin, la liberté, je la ressens. Et là, je tourne la tête d’un quart et mes yeux en coin : un papillon vient se poser sur mon épaule. Aussi étrange que cela puisse paraître, il pèse fortement. Ma chair se froisse, frissonne. Il a l’envergure d’un moineau.

Je me redresse, lentement, aussi lentement que la liberté me l’autorise : ce papillon. Et il me parle ! Le papillon me parle, dans le creux de mon oreille gauche, je l’entends. Sa voix est suave. Cette réalité m’enchante ou suis-je enchanté par l’eau de ce ruisseau ?

Prends le premier galet à tes pieds et lis à la première ondée son appel. Et ne prononce jamais le mot : blanc, jusqu’à ton arrivée à destination.

Me voilà à présent debout, et le voilà qui s’envole, l’air d’avoir tout dit, de s’être approprié une part de moi. Et je rage, intérieurement. La liberté ne m’est pas acquise. Non ! Je quitte une geôle pour une autre chaîne. Je rage et les larmes sombres noircissent mes mains, mon premier jour éveillé. Et puis, je respire l’amertume de mon premier Soleil, une simple ombre plus brillante que les autres.

(à suivre …)

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

Top chrono ! Chapitre 3

Oeuvre de Louis Anquetin - Femme au bord de l_eau - 1889

Oeuvre de Louis Anquetin – Femme au bord de l_eau – 1889

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma plante. Celle que j’ai reçue il y a maintenant une dizaine d’années pour mon anniversaire. Pas celui que l’on pense mais celui qui est dans les veines de chacune et chacun d’entre nous.

C’était un anniversaire qui était à l’époque assez courant dans le petit village qui se trouvait sur les parois de la colline des Sept Passoires.

Tout le monde devait se déguiser en feuillage et le chapeau était de paille bien entendu. Cependant, cet anniversaire un peu particulier se passait la nuit sur la grande Place du Marché qui avait lieu le dimanche dans la nuit. D’ailleurs, personne n’aurait songé à faire un marché en plein jour, sous un soleil de plomb, ou lors d’une averse. Car ce qu’il avait de particulier dans ce petit village est qu’il ne faisait jamais mauvais temps … la nuit. Il y avait comme une bulle de beau temps permanent entre vingt et une heures et cinq heures du matin.

Bref, celles et ceux qui avaient ce jour pour eux, étaient très heureux, car, il leur permettait de vivre presque un bon mois sans autres ressources que sur les choses qui leur avaient été offertes en ce jour particulier.

Donc, je me rappelle très bien ces moments de joies et de béatitude qui me sont restés quand je suis venue à la ville à l’âge de mes trente ans.

Aujourd’hui donc, je vais offrir à ma plante du terreau de Bruyère (pas l’auteur La Bruyère, il va sans dire). Avec de la musique et de la lumière, toute bonne ambiance qui lui fera passer un moment complètement agréable. Car, je le sais, elle aime ce genre d’ambiance qui lui procure un mouvement de chlorophylle intense. Presque comme une jouissance dont nous les humains nous n’avons pas conscience.

Je la veux dans sa plus belle terre pour parfaire ce moment tout à fait bon et audacieux comme un nouvel an pour une bonne santé et une bonne joie dans la lumière de la vie que la Nature lui a donnée.

©Max-Louis MARCETTEAU

Il y a des matins comme ça

Vivien Leigh photographiée dans le rôle de Lady Macbeth par Angus McBean -1955

Vivien Leigh photographiée dans le rôle de Lady Macbeth par Angus McBean -1955

J’étais à moitié dénudée (maillot de bain une pièce, pour éviter les fantasmes), positionnée de tout mon
long, sur un côté, à lire une œuvre à l’eau de rose, quand, sur cette plage de coquillages ensoleillés, une
chose me piquait la fesse droite. Était-­ce un coquillage mal luné ? En fait, c’était un scorpion de belle taille.

Je crie, surprise. Il me parle :
– J’en pique pour vous, ma belle sirène.
– Je ne suis pas une sirène mais une touriste en vacances.
– Qu’importe, je suis le pourvoyeur de l’Amour !
– Ce n’est pas Cul-­Pidon ?
– Il l’était, le bougre, mais j’en ai fait mon affaire, diantre. Et le dernier instant de son trépas, fut un Chant du Cygne, très remarqué, diffusé en Dolby dans une salle de cinéma, pas très loin d’ici.
– Belle mentalité !
– Vous voudriez me piquer au vif ? Je ressens une aversion à mon encontre et j’en suis tout contrarié, me tromp …
A ce moment­-là, une épée genre Excalibur, jaillit de mon livre et tranche en deux, l’irrévérencieux.

Je pousse un cri. Elle me parle :
– Je suis de vous à moi, votre conscience rapprochée. Et je prends la responsabilité de cet acte.
– Que venez­-vous vous mêler de mes affaires ?
– Vos affaires sont aussi les miennes !
– Pouah ! Quelle odeur putride qu’il dégage l’animal.
– Normal, sa saison venimeuse est à son paroxysme.
– Bon, ce qui est fait est fait, mais je vous prie de retourner de là où vous venez !
– Oserais-­je vous tendre mon pommeau en signe de réconciliation ?
– Ne seriez-­vous pas plutôt ma mauvaise conscience ?
– Votre mauvaise conscience ne brille pas avec autant d’éclat que moi !
– Qui sait ?
Et d’un salto arrière, l’épée me pique fortement la fesse gauche.

Je crie. Je me réveille.
Dénudée à hauteur de la taille, les draps en vrac, et la lumière du jour possédée de vivre, je frotte ma fesse gauche et mon amant de la soirée, me dit.
– Deux petites claques sur les fesses, ça réveille, hein, mon amour ?
Et d’un bel élan, je lui balance une gifle.
– Tu n’es qu’un goujat ! Pars sur le champ !

La journée commence sous un présage assez étrange.

©Max-Louis MARCETTEAU

7ème mois avec Toi

Oeuvre de Frederic Soulacroix

Oeuvre de Frederic Soulacroix

J‘arpente tes lignes d’horizons sous ton regard félin,
Unis, Nous le somme du levain de l’Amour ma catin
Intransigeante et florentine je suis ton beau païen
Labourant tes courbes tu orgasmes perds tes moyens
Libères tes tensions et en relâchement soudain
Et soubresauts incontrôlés ton corps devient pantin
Ton inconscient s’échappe tumultueux, aérien !

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

Pardonner ?

Image du film la nouvelle Babylone Kozintsev et Trauberg 1929

Image du film la nouvelle Babylone Kozintsev et Trauberg 1929

Je tremble de tous mes os !

Je suis ce squelette oublié,

En cette terre de faits atroces,

Le jour de saint Timothée !

Rappelles-toi mercenaire,

De mon visage d’enfant,

De mon appel perçant,

A ne pas tuer ma mère !

J’ai erré plusieurs nuits,

Parmi des corps mutilés !

J’étais couvert de moisi

De sang comme écorché !

J’ai pleuré, ma seule étoile,

Maman, dans le silence vif

Comme ton épée, ce récif

Qui a percé ce ventre familial !

Je suis mort le cœur crucifié,

Un matin, au levé d’un soleil

Triste, voilé de nuages vermeils.

J’avais huit ans, ignoble guerrier !

Un vagabond ivre m’a inhumé,

Au pied d’un jeune marronnier !

Pour toute croix, il m’a planté

Des jonquilles tel un emblème !

Je suis face à toi, à ton requiem,

Barbare, tu viens pour la millième

Fois me visiter, exposer le diadème

De ton pardon, te sortir de ton enfer, terrifié !

©Max-Louis MARCETTEAU