Le drame aux mains propres

Chaise sur champ (Si vous connaissez le la photographe )

Chaise sur champ (Si vous connaissez le la photographe )

Les petits cahiers d’Émilie. Emilie 8.20 (Hors délai)


La montagne se tient à l’horizon. L’aigle se pose sur la cime du premier arbre. Le mouton est en mode attente et le ruisseau… ruisselle et les ragots ragotent au café du village.

Ainsi, le décor décoré est installé, le drame aux mains propres s’habille de ses chaussettes réversibles, de son pantalon tissé à l’ortie du Nord, d’un long manteau feuillu de la plaine et d’un large chapeau plat fait de lames genre rasoir au possible et d’un radar dernier cri à appréhension amplifiée.

Quand le corbeau de service, s’approche en vol plané en delta et se pose aux cotés de l’aigle genre royal troisième branche à partir du bas, et dit :

— Alors, vieux frère, tu cogites ?
—…
— Si tu l’enserres trop lentement, il va iodler dans toute la vallée.
—…
— Au contraire, si je le rabats vers le ruisseau chantant, tu pourras à loisir le cueillir.
—…
— T’es pas causant mon frère, aujourd’hui ? Un problème ?

L’aigle d’un coup de bec comme un retour de boomerang sectionne la tête de linotte… du corbeau. Le bel aigle a un frisson de sa belle chair emplumée, éprouve un seul hoquet, déplie ses ailes, brasse l’air par une belle résonance qui traverse les belles lignes de la vallée jusqu’au journal déplié à la lecture d’un villageois d’une belle vieillesse assis sur un banc de granit, bien au frais, sous le platane de la place.

— Le rapace n’est pas de bonne humeur… y en a un qu’a dû morfler…
— Pour sûr, répond son vieux camarade de classe qui fume la pipe, le chapeau de paille entre les oreilles.
— Alors, tu vas le gronder ?
— Non, non.

Les deux hommes se regardent d’un œil profond et… rapace, glacial.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Zone grise de l’idée en devenir…

Dessin de André Franquin - Idées Noires

Dessin de André Franquin – Idées Noires

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Tout est là, devant moi. Des mots en vrac, des mots qui demandent la transhumance : direction l’alpage. La marge fossé n’est pas d’humeur du genre : « lâche-moi la basque ». Le stylo s’impatiente, son océan d’encre houle sa vague, son agacement, du genre : « je vais en faire une montagne ».

Et pourtant rien ne sort. C’est le vide plein de tout au désordre d’attendre un ordre qui hésite à s’exprimer à se décider d’obéir à sa substance d’être.

Je me souligne au fluo et me plonge la tête dans la salle d’attente du four à mots où mijote un filet de merlan en papillote. Je suis immobile devant la ligne directrice au fouet de m’indiquer la marche à suivre au pas de la cadence folle, folle…

Je refuse de m’embarquer même au mot eau (faux jumeau de moto) sans âme qui ira baver sur les lignes marie chastes aux mouchoirs flottants de la larme facile et dont les enfants auraient aussi l’indélicatesse de dessiner avec leurs doigts peintures, affront de l’alpage qui n’est pas Canson.

Je tourne en rond du rond de rond gribouillage de bienveillance, je commence à entrapercevoir le ciboulot qui se creuse à la création car l’idée ne fait pas dans l’altruisme.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Un dernier espoir… peut-être

Blog popinsetcris contrainte écriture.


“Rien ne sert de courir, il faut partir à point”. Je ne crains rien, je suis dans un cahot de la Bastille. Seul. Enfin, non. J’ai des compagnons un rat et quelques os. Je suis bien installé. Ce n’est pas le Pérou, ni l’Eldorado (pour celles et ceux qui connaissent).

Mon geôlier ne fait pas grève. Et oui, s’il veut me garder en vie. Mais pourquoi d’ailleurs ? J’ai longuement réfléchi et puis j’ai stoppé le “branchage” des questionnements qui transformait mon quotidien en un aspect touffu et brouillon à toutes mes réflexions. J’y ai mis le feu intérieurement. Je veux être libre… de l’intérieur, si je ne peux de cette vie profiter de la liberté extérieure avec des contraintes encore plus nuisibles que saines… sûrement.

Ainsi je me suis fabriqué un monde à moi avec une très haute montagne de… livres, des crayons suspendus comme des étoiles dans un ciel turquoise, un bon fauteuil, une literie de bonne qualité, un logis tiède et agréable…

Voilà qu’il m’arrive que ma pâmoison se déclare une nouvelle fois. Quelle idée ! Quelle idée de me transmettre tel confort dans ma tête, alors que je végète en ascète contre mon gré, moi le bon vivant. Je rage mais l’âge ne fait que grincer mes rhumatismes et quelques larmes.

Je n’ai plus de capharnaüm comme autrefois. Mon mobilier présent : une chaise de paille moisie, une petite table mitée, un lit de fer et paille humide, un sceau à besoins en bois, et quelques vieux journaux pour me torcher le nez, les fesses…

Tiens ! Je lis à la lumière blafarde continuellement présente, que le solstice d’été est dans une semaine.

Mais suis-je encore candide pour croire encore à revoir la vraie lumière.

Aujourd’hui, pourtant, je fais missionner mon rat d’un message, enroulé autour de son petit cou et je précise que ce cachot, où je suis actuellement, est de l’ancienne Bastille, là en dessous de Paris, à l’emplacement de la Tour de la… Liberté.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018