La sonnette tinte un air de glacier

Ellen Greene – Film La Petite boutique des horreurs de Frank Oz - 1986

Ellen Greene – Film La Petite boutique des horreurs de Frank Oz – 1986

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 18.20


Le temps d’ouvrir une boîte d’haricots verts, de rincer, de verser dans un bain-marie, que la sonnette tinte un air de glacier qui se détache d’un pôle arctique qui de nue terre va bientôt se retrouver.

Est-ce que l’on vient m’annoncer une nouvelle à enflammer mon cœur ou à le détruire … moi qui n’attends rien ?

Je n’ose m’aventurer dans le vestibule, ouvrir la porte et regarder en face les propos grandeur nature … que je grossisse l’importance comme une montagne … possiblement.

Trêve de radotage ! je m’élance ! le courage en main et les jambes toutes à mon ordre de marche, je déclenche la poignée de la porte, le grand jour m’éclaire … il n’y a personne … c’est un lapin, une farce de garnements … sans doute …

Je reviens à ma chère cuisine quand une nouvelle fois la sonnette reprend sa formule glaciaire. Est-ce l’effet de mon troisième whisky de la matinée, consommation quotidienne, qui me joue ce tour de cochon ? Est-ce la chaleur ambiante de mon fourneau et les émanations de mes plats en préparation ? Est-ce le moite de mon rhume qui m’embrume et fait bourdonnement à l’oreille droite ?

D’un questionnement à un autre, ma main tourne la poignée … elle me reste dans la main. Quel est ce mauvais tour que l’on me joue ? Et une voix forte se fait entendre … derrière ma porte :

— Ouvrez-moi ! Ouvrez-moi !
— Mais … mais c’est moi qui suis enfermé chez moi !
— Prenez un marteau, une masse … n’importe quoi mais ouvrez cette porte !
— Vous êtes un dingue, un dérangé du ciboulot… j’appelle la police !
— Il n’y aura personne à arrêter !
— …
— Ouvrez-moi !
— Comment personne ? Je vous entends, moi, donc vous êtes bien présent !
— Oui et … non.
— Comment : oui et non ?
— Cela va être difficile à croire.
— Je craque maintenant, ou j’attends ?
— Attendez.
— J’écoute.
— Je suis vous…
— …
— Je sais c’est difficile à croire.
— J’ai un don d’ubiquité ?
— Non.
— Alors !
— Vous devez m’ouvrir absolument la porte !
— Et pourquoi ?
— Eh bien, pour effectuer …
— Effectuer ?
— Effectuer le transfert ! Dépêchez-vous !
— Le transfert de qui ?
— De vous … de toi …
— De moi ? Mais … vous me tutoyez, là !
— Oui, et si tu tardes, nous allons errer pendant un certain temps !
— Je peux me réveiller, là ? Ou je rêve ?
— Non, hélas !
— Et pourquoi ?
— Tu es … mort !

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Elle voit l’horizon s’empiffrer d’un soleil matinal

Oeuvre de John Everett Millais - Clarissa - 1887

Oeuvre de John Everett Millais – Clarissa – 1887

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 17.20


Toute haute debout, pieds nus, elle voit l’horizon s’empiffrer d’un soleil matinal où ses yeux s’accrochent en ce lointain quand la mort si proche, peut-être incertaine, est une interrogation, une provocation et ses mains crispées sur les barreaux de sa geôle à la paille humide possédée de la respiration d’une terre battue, de sueurs, de secrets, d’humeurs de condamnés à jamais disparus dans une autre entrailles terrestre …

La circonlocution de la narration n’arrêtera pas le sort de la jeune femme dont les cheveux longs ont été taillés réduit jusqu’au cou gracile défiant encore sa position …

Les larmes sur le bord du volcan de l’émotion, elle se rappelle ce baratineur débordant de ce charme mâle comme un appât désirable de belles phrases, d’aphorismes … et puis sa sentence avait été tracée sur la ligne invisible du hasard, de sa part de fin …

Elle s’étonnait d’avoir été prise dans ce tourbillon de mots dont le celui de téléphone mot saugrenu … ce beau parleur l’avait embobiné dans un complot à mille lieues de ses préoccupations quotidiennes celles de discuter d’un bon bagou sur le prix des œufs, de la viande fumée, d’un légumeux de saison … mais lors de sa comparution devant ses juges aucun plaidoyer pour la défendre …

Sa parole contre celles de bedonnants bourgeois aigres et vicieux comme … des hommes …

Elle n’avait pas joué une pirouette pour s’en sortir, elle avait débordé de sincérité … avait été la girouette d’une affaire …

Là voilà par un soleil radieux… pendue …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Parloir sourd au format miroir à soi

Max Ernst - Santa conversazione - 1921 - Dédicacé à Benjamin Péret

Max Ernst – Santa conversazione – 1921 – Dédicacé à Benjamin Péret

Agenda Ironique Juillet.

(Choix ici du lipogramme (sans e))


 

Il part. L’horizon noir pour salut, sa main sur son front brûlant … pas à pas, il sort … d’ici pour la …

… prison… sa prison… son rasoir… murs du parloir, sourds au format miroir à soi, par la voix sans nuit, sans goût, fait son habit… la claustration sur lui, position du fautif au chagrin garrot, banni parmi tous bannis, un cachot lui sourit …

… aux visions poisons, d’abandon a sa raison … lui pantin corrompu a son ragoût d’alcool du mal construction amplification aux poumons d’un vaudou d’un air au bruit à subir l’attraction du …

La nuit, l’imagination au carcan à vif à vouloir fuir fait noircir son sang … aux matins toujours trop durs … poings au mur … croupir à l’infini dans son hôpital …

Tous, rugissants dans son ciboulot … tous fous …

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Il est mort, seul

Oeuvre de Ramon Masats - Barcelone 1953 - Blanca Berlin Galeria

Oeuvre de Ramon Masats – Barcelone 1953 – Blanca Berlin Galeria

Des mots, une histoire : récolte 50


 

« Pour vivre heureux, vivons cachés » disait-il.

 

Il est mort, seul,

Sa liste de bonheurs entre les dents,

Et les palabres de la messe à promettre un Paradis … un lac desséché.

 

La misère est en nous … et le mur du désir hurle dessalé de son envergure sur le grain de sa peau …

Et l’oniromancie rit, la dupe.

 

Avec la danse d’un seul temps, il s’était égaré dans le monde d’une Incertitude aux dents acérées d’une Inhumanité, devant l’ogresse de la réalité, à cette envie de la goûter … cette souffrance n’était pas chimérique

 

Il est mort … seul.

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La Boîte à Temps

Nuageux_Iotop_2020

Nuageux_Iotop_2020

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 16.20


La Précipitation du Temps dans le gouffre de l’insondable Tic-Tac de l’engrenage qui prend son pied … s’arrête d’un éclair

La Boîte à Temps informe le Courrier du Temps, tout à courir, de la glaciation inattendue de la Précipitation. Toute l’armée de Seconde, aux Têtes des troupes les unes à Vélo les autres à la pointe de l’innovation de leur aiguille quand d’autres à la Diligence, s’apprêtent à envahir le Territoire à la Minute jusqu’à Risquer la Disparition par un effet Sablier …

Si le Tout s’arrête, le Silence l’ennemi du Temps serait vainqueur sur la Totalité de l’Univers Visible et le Ralentir est la première victoire mais pas le Remède.

Le Néant sur le bord de la Route, lui, attend son Heure…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Rho-Man Tout en Gala-Tik – Chapitre 5

Créature_Tout_en_Gala-Tik_Iotop_2020

Créature_Tout_en_Gala-Tik Iotop_2020

Enfin le fameux Chapitre 5 du roman Rho-Man Tout en Gala-Tik sort aujourd’hui – Sur une idée commune avec Carnetsparesseux. Chaque semaine, tous les mercredis, un nouveau chapitre sera présenté, chacun sur son blog.


Tout en s’accrochant à rester lucide

Il ne comprend pas Qi Peuh Leu P+ à la hauteur de sa logique positionnée telle la chauve-souris (et pas à celle que l’on pense) qui s’interroge sur la consistance de son état sur le tableau ancien de Karnaugh et d’une algèbre dissociée sur un code duodécimal à deux voies réfléchies appris lors de son stage de réadaptation dans la circonscription des Allumés Des Pipants Mots (ADPM) suite à une mission improbable qui s’est avérée tout à fait impossible dans une configuration inconcevable avec une hiérarchie déficiente par excès de confiance comme le lait de brebis dans l’éprouvette de la science qui s’est égaré…

Il ne comprend pas l’échelle de la valeur qui s’impose à ses beaux yeux opales de feu à ce retournement de situation dont il est l’objet et comme tout objet sa valeur est proportionnelle à l’envie de le garder en vie inversement à la distance des questions qui lui seront imposées comme tentations à le piéger dans une toile d’araignée sans nom qui aura tôt fait de lui aspirer toute envie de vie jusqu’à la sécheresse de ses os dans le bouillon d’une réincarnation improbable car non inscrite dans l’un des chapitres de l’éducation intemporelle qui structure toute ethnie.

La pièce qui l’accueille est aussi minimaliste que la tête chauve du premier tétratonaute venu aux yeux partiellement artificiels défiant les spectres les plus osés des ondes qui parcourent les Quatre Univers Parallèles et Adjacents ce qui donne un aperçu non pas définitif et ou exhaustif de l’endroit… fermé à toute interprétation farfelue et ou exagérée qui n’aurait pour objectif que de perdre le fil de la pensée de Qi Peuh si ce n’est à se convaincre de l’absurdité de sa positon inconfortable voire désagréable suspendu par les pieds à une hauteur tenue par une architecture de barres ferrailleuses et audacieuses de formes qui l’interroge.

La question est à la question ce qu’est la réponse est à la réponse, se dit-il la tête en bas, les bras ballants, le bout des doigts à quelques timètrecents du sol boiteux tout à présent totalement réveillé telle la plante créant sa photosynthèse à la lumière d’une obscurité éteinte… qu’aussitôt il s’aperçoit que ses pensées se diffusent dans le non-sens comme le colimaçon rejoint l’apothéose du palier à la relation d’une jonction qui s’étend vers les seuils inconnus de la connaissance… qu’il retombe dans le fracas d’une déraison tout en s’accrochant à rester lucide quand il est interpellé :

— D’où vnies-tu cohse ainmée ?
— Qu’est-ce que c’est ? dit-il en essayant d’onduler comme une anguille.
— Ce n’est pas le pielbmor, je vuos ruasrse ! dit la créature.
— Je ne comprends rien à votre charabia ! Et détachez-moi !
— Deocemunt lellluibe.
— Margoulin ! Escorporte ! Exterminateur ! Oppresseur ! Distipulateur ! Envahiss…

Et comme une extinction inattendue d’un élément moteur vivant, il s’éteint subitement le Qi Peuh par une action indéterminée de la créature filiforme qui appelle sa doublure presque sans ombre qui d’un trait à un autre considère l’élément Qi Peuh Leu P+ dans un état moins conforme qu’il n’y paraissait quelques Eurhes avant et constate amèrement qu’il ne sera pas l’interlocuteur privilégié des négociations futures sur la métamorphose de leur société vers une autre structure à l’architecture aux contreforts harmonieux à l’équilibre des gravités et l’élasticité des formules de conceptions.

Les créatures s’interrogent de la disjonction de l’élément bipédique suspendu et inerte quand un soubresaut à peine perceptible traverse la pièce fédérant un questionnement d’inquiétude qui leur plie les revers structurels.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Et le silence tourne en rond

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Agenda Ironique Juin
(Cette semaine -encore – pas de 5ème chapitre du roman Rho-Man Tout en Gala-Tik, qui est en chantier mais Carnetsparesseux est bien présent ICI)


« L’été, la nuit les bruits sont en fête … » lit-il à l’instant devant une assistance médusée à l’éclairage diffus entre l’expression d’un spot et les neurones printaniers qui avalent quelques synapses spectateurs d’astreinte ..

Cet instant précis et déterminé par le mot : fête … un déclenchement s’arme de son effet par une action d’éclat … le prosateur debout, tête en arrière, bras tendus en équerres, paumes des mains dépliées vers le ciel de la machinerie de la toile de fond … il attend … bouche ouverte … comme un crucifié attend une réponse à sa mise à mort par l’injuste qui tient le glaive par pouvoir de commander à la Mort au tranchant de son humeur …

Quand, une oie blanche, en robe légère, d’un pas de deux, l’ingénue au premier degré, traverse de part en part la scène. Le comédien comprend qu’il se passe quelque chose hors de son champ scénique préparé de longue date et mûrit à l’alcool de la patience et de l’effort …

Et le silence tourne en rond, se présente devant les yeux de tous au carré du territoire de l’histoire et l’impossible vient de naître et entre en scène comme un anti-héros inattendu …

Les souffles se retiennent … l’oie blanche déploie son art telle une robe en tulle prise par les hanches entre un vent du midi et un Zéphyr … tout est là devant des yeux qui s’écarquillent comme le tournesol illuminé par un soleil …

L’impossible se signe et s’évapore… le comédien soupçonne quelque chose d’important mais emprisonné par son rôle … sa douzaine de larmes le défi …

Et l’oie blanche disparaît …

Le comédien ferme sa bouche, redresse sa tête, ses bras le long du corps, les yeux fixés vers l’infini, il dit :

« Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. »

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Il cherche à m’hameçonner avec un harpon

Ibiza_1960_photographe_inconnu

Ibiza_1960_photographe_inconnu

Des mots, une histoire : récolte 48   (Hors délai)


 

… j’enregistre ce message… au cas où … je suis coiffeur … espion. … c’est une couverture. L’espionnage, c’est du sérieux. Ce que je raconte là, est la vérité.

Je suis la meilleure taupe qu’est connu le service. Je circule dans les endroits les moins confortables, comme les galeries … marchandes … les galeries des musées … les galeries minières … mais j’évite à tout prix la galerie … des Glaces… et je ne dis pas tout ça pour amuser … la galerie …

Bon, tout ça étant dit, je suis présentement à raser les murs … j’ai été découvert … un homme en blanc avec un masque et un tuba … c’est un filou, j’en suis persuadé … il cherche à m’hameçonner avec un harpon …

Il s’approche … il est là … devant moi …

— Alors, on veut s’échapper ?
— Non, non …
— Votre empreinte ! Là, sur la feuille !
— Non, non …
— Ne faites pas l’enfant !
— Non, non …
— Je sais qui vous êtes !
— Non, non …
— Mais si !
— Je ne suis pas un pigeon
— Je sais …
— Vous êtes un espion, c’est ça ?
— Je n’avoue pas … jamais …
— Oui, je sais !
— Ne me touchez pas … jamais …
— Allons, allons …
— J’ai dit : JAMAIS !

Et je me réveille, respire ma sueur de fièvre, ma déchéance, mon impuissance, ma haine, ma tranquille défaite au sourire édenté …je me lève de mon lit ferraillé, brusquement, comme un ressort délogé sans prudence, ouvre un pan de la baie vitrée et me jette … du balcon …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Atteindre le sommet

Portrait de Leonor Fini – 1934 – Photographe anonyme

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 12.20  (Hors délai)
(Cette semaine pas de 5ème chapitre du roman Rho-Man Tout en Gala-Tik, qui est en chantier mais Carnetsparesseux est bien présent ICI)


Atteindre le sommet et se voir … aveugle

Toutes les partitions de la vie ne se valent pas et se concentrer sur un objectif est aussi pertinent que se diluer dans le court-bouillon du destin qui dessine bien ce qu’il veut et arme son ironie à bien des égards sur des quais dont les rencontres ne sont pas toujours celles de l’âme sœur et qu’il faut tirer à soi, ce qui n’est pas coton, le bleu du ciel et les soleils de la volonté au risque du bleu douleur, voire celui qui glace les envies, même pachydermique

Si l’amour est une valeur qui n’est pas cotée en bourse (quoique), il est essentiel d’avoir le doigt pointé vers la direction qui porte la bonne tenue et pas celle du camouflage celle de l’hypocrisie, cette flèche qui souvent tue lentement aussi faut-il savoir sortir de son fourreau l’épée de son courage tout en évitant de flirter avec la facilité qui est souvent le piège qui se referme avec le sourire du faux …

Atteindre le sommet et se voir … enfin !

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Rho-Man Tout en Gala-Tik – Chapitre 3

Oeuvre_de_Jeremy_Mann

Oeuvre_de_Jeremy_Mann

Sur une idée commune avec Carnetsparesseux. chaque semaine, tous les mercredis, un nouveau chapitre est présenté, chacun sur son blog.
(Les autres chapitres : ICI et définitions ICI)


Au degré zéro du silence

Qi Peuh Leu P+ toutes à ses pensées rondouillardes et azurées d’un océan paillard comme un long monologue de l’homme a la conscience bien faite, quoi qu’en pensent les conformistes de la restriction de pleinement jouir de ses moyens jusqu’à la Congrégation de l’Unité Lucide, qui s’éclaire de la philosophie de sa vie telle une onde de couleurs à plusieurs niveaux qui s’assemblent et font une seule et unique cohésion tel l’arbre de sept mille ans qui de pousse en pousse gagne en belle hauteur, tendre et robuste, au clair d’un ciel poudré de nuages douillets et d’un soleil poussin qui en détails tous les tracés en prisme tout en restant à sa place d’observateur, ne voit pas venir l’étrange créature qui l’observait de loin et qui s’approche au degré zéro du silence à la vitesse d’une étoile filante qu’elle est déjà à quelques centimètres de son cou qu’il ne soupçonne pas même l’expiration expulsée dans un filet bleu méthylène ni la naissance de l’intrigue, car il dédié exclusivement à ses pensées…

Une piqûre à peine ressentie et voilà qu’il perd connaissance, comme un régiment d’escargots mis à la diète pendant un bon mois suspendu dans un filet à trois mètres du sol d’une cave de l’ogre de service et qu’il est enserré chaudement dans les bras de la créature tout aussi délicatement qu’au moment de s’habiller d’un jean trop étroit. Réduit à l’inconscience, il est transporté comme un fétu en une direction nord-ouest vers un lieu encore non déterminé.

Quoi qu’il en soit la vitesse propagation du déplacement de la créature avec son mode d’énergie, de navigation, de mécanisme, ne laissent pas indifférent la deuxième créature qui l’a rejoint en cours de route sur un ancien tracé d’un fleuve de pentafluorure d’antimoine. Toutes deux passent par monts et par vaux en un temps record nommé Eurhe (mot abusivement abusif) alors qu’il s’agit de l’ancêtre chronographe et qui vaut autant que le temps met pour parcourir la distance d’un point à un autre sans se retourner avec un angle tout pareil. Ce qui fait quand deux Eurhe, les voilà arrivées à destination.

Et quel endroit ! une immense et démesurée plaine où s’accrochent des cubes de couleurs imposants suspendus à des fils. Et les deux créatures d’enclencher un genre de télébenne cubique à mono-câble et d’être transportées illico devant une devanture d’envergure aux inscriptions incompréhensibles. Cet instant est habillé en complet du mystère et Qi Peuh pénètre la consistance de l’improbable, plongé dans le néant qui lui-même ne connaît pas son nom, car est-il souhaitable de connaître de ce qui possiblement intangible pour soi comme une impossible consistance qui ne peut naître sans défaillir à la première lettre : N, qui s’emploie par défaut à la consonance d’une répulsion d’une aversion où toute la peur s’inscrit à la suite de ses lettres avec ce dédale de questionnements qui a cette seconde présente réveille Qi Peuh.

Il est réveillé, certes, mais les yeux clos, devanture de paupières tatouées de quatre lettres chacune comme une clé de coffre qui n’ouvrirait toutefois pas son coffre d’âme ou de cœur. Les deux créatures qui l’ont déposé allongé sur une espèce de branchage ajouré constatent ces signes inscrits. Ils se regardent, s’interrogent l’un d’un mouvement d’épaule l’autre d’un geste de la main mais tous deux n’en pensent pas moins ni plus en attente d’une réponse d’une hiérarchie qui se fait attendre. Attendre parce qu’elle cogite ferme sur la bonne action à tenir et ne pas éteindre un espoir qui semble s’impatienter depuis trop longtemps, depuis ce temps qui renferme aussi les rancœurs, les rages, les schismes, les passions. Aussi ne faut-il pas s’égarer sur cette venue inattendue sur ce possible moment de découverte comme l’anthropologue qui souhaite enfin mettre la main sur le premier ossement sans tomber sur un os genre contrefaçon genre on prend une claque devant les membres de l’académie qui ont les dents longues dures et acérées aux mouvements d’ironie de la moquerie de l’humiliation.

Qi Peuh Leu P+ ouvre enfin ses beaux yeux…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Werois aspirateur d’âmes

Rénovation_Sainte-Croix_Minneapolis_ Photo_George_Heinrich

Rénovation_Sainte-Croix_Minneapolis_ Photo_George_Heinrich

Des mots, une histoire : récolte 47 (Hors délai)


Il se nommait Tipi. Il avait un frère jumeau, Piti. Tous deux un jour d’adolescence, s’étaient perdus dans une forêt. Tous deux avaient reçu le prix de la peur, cette écorce qui vous pince à vie le fond des entrailles.

Pourtant, ils étaient revenus avec la sensation inavouable d’une révélation, d’une initiation.

Adultes, devenus musiciens, ils installèrent leur jeune école de musique à l’orée de cette forêt… visitée par des promeneurs du dimanche, des cueilleurs de champignons, des chasseurs de cerfs et sangliers, des amoureux de la nature … des amants délurés, des braconniers de belettes, des collectionneurs de papillons, des pique-niqueurs naturistes, des buveurs de liberté, des truffeurs de senteurs, des lépidoptéristes de couleurs, des peintres de l’effeuillage, des sylvothérapeurs égarés, des gymnases du Zhan zhuang,… jusqu’à turlupiner la forêt elle-même…

Le mot tranquille avait déserté son hamac et s’était enterré entre le blob et les mycorhizes…

Les frères avaient cette conscience du mal-être de la forêt… et considéraient qu’il était de leur devoir de la déposséder des mauvais fruits qui s’enracinaient au fil du temps par raison, ou pas, et qui s’appropriaient par excès sa Nature…

Il fallait limiter les assauts. Ils consultèrent aux quarts de Lune montante et descendante les nervures des feuillages…

Ainsi, des étranges phénomènes se déclarèrent comme une amabié genre de créature qui refoulait d’une haleine putride de bois morts, aux visages, les visiteurs indélicats, ou d’un werois aspirateur d’âmes pour les pourvoyeurs du souffle dominical… et pour tous les autres une bienveillance à l’heure de leur mort auprès d’un sycomore dédié…

Les mois s’embranchaient, la forêt reprenait son inspiration, et les frères musiciens animistes, déposèrent instruments et partitions pour s’installer à cœur du sylvestre et vivre pleines saisons des décennies avant de s’endormir à jamais … tous deux depuis le début… aveugles.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Brigitte

Margaux Hemingway by Helmut Newton 1975

Margaux Hemingway by Helmut Newton 1975

Des mots, une histoire : récolte 46    (Hors délai)


Il attendait là, dans une antichambre, au cabinet du ministère.

Ce jour-là, il n’y avait pas à tergiverser, cette rencontre devait aboutir. Il avait cette souffrance à la Tantale où tout est là à portée de main mais qui résiste comme un malin plaisir à ce qu’il devienne par abêtissement un simple pion, un exécutant, d’un désir d’une pinailleuse

La garce, elle le tenait dans un emballage de promesses comme d’une possible concorde à jeu égal. Pourtant il soupçonnait une dissonance, une entourloupe de première grandeur comme s’il était la victime consentante par défaut.

Elle ne désirait pas partager, il l’avait lu dans ses yeux de biche, dont l’eau de ses iris à des profondeurs de poison, cette première fois dans les Jardins de Bagatelle.

Il rageait intérieurement avec ce sourire de façade quand il fut introduit par un huissier de belle prestance … Elle se tenait là, à dix pas devant lui, le dos tourné, une main sur le marbre d’une cheminée Empire, et le reflet du miroir offrait son buste comme une porte a son judas …

— Alors, là ! quelle mise en scène !
— Tais-toi ! Que viens-tu faire ici, sur mon lieu de travail ? Tu n’es qu’un rustre !
— Moi ? Moi qui suis convivial, d’agréable compagnie et …
— Et ?
— Je suis amoureux, c’est simple. J’ai une complète envie de toi, là, maintenant !
— Tu es animal !
— Mais tu aimes ça ? non ?
— Tu es indécent. On nous écoute, possiblement … un sniper sur le toit d’en face …
— Qu’importe !
— N’approche pas d’un pas de plus …
— Brigitte …
— Emmanuel …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Godiche, reste dans ton terrier

Gina Lollobrigida as Venus in The Most Beautiful Woman in the World - 1955

Gina Lollobrigida as Venus in The Most Beautiful Woman in the World – 1955

Des mots, une histoire : récolte 45   (Hors délai)


Moteur !
— Non, non !!!
— Comment non ?
— Je n’ai pas les bons mots en bouche.
— En tout cas, tu n’as pas avalé ta langue !
— La tienne est bien salée.
— Je ne fais pas la morue, moi !
— Grue, être immonde et falot !
— Godiche, reste dans ton terrier.
Ornithorynque !!!
— Je ne vois pas le rapport ?
— Ah ! Non ?
— Non ?
— Tu ressembles à rien, la pouffe !!!
— Eh bien, tu vas voir la tordue, je vais te crêper le chapeau
— C’est ça, remballe ton rôle… et va punaiser sur le trottoir…
—…

— Excellent les filles… voilà une scène qui s’approprie à fond le texte… de l’auteure…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La courroie de transmission de ses envies

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 9.20 (Hors délai)


Il était une fois un tracteur qui s’ennuyait ferme, même si une vieille poule lui concoctait tous les jours un résumé de la veille des caquetages de la basse-cour. Il avait été marqué d’obsolescence avec d’autres matériels dont les états étaient divers et variés entre les pannes et la vieillerie. Ils étaient devenus le produit de l’inutilité même si parfois des inconnus osaient ponctionner quelques pièces de leurs mécanismes, et cela au déchirement silencieux d’une déchéance mal vécue…

Tandis que dans la buanderie une lessiveuse chantait à tue-tête un bel canto en compagnie d’un feu ardent amoureux à la première forme de ses lignes de fond, le tracteur ruminait à travailler de nouveau dans les chants… euh les champs… avec tout son saint-frusquin : charrue, broyeuse d’accotement, chargeur frontal, faucheuse, déchaumeurs, remorque… et ouvrir enfin une nouvelle vie à une utilité digne d’être reconnu…

Cependant le paysan bourru et dodu à souhait n’avait aucune intention de reprendre comme compagnon son tracteur. En effet, bêche, fourche, râteau étaient ses alliés de chaque jour, humblement et efficacement. D’ailleurs, il était devenu dans sa ferme une réduction de lui-même aucun repreneur n’ayant voulu… reprendre ses quelques centaines d’hectares vendus la mort dans l’âme et le pire à une société écran chinoise dont il n’avait pas eu connaissance si ce n’est trop tard…

Ainsi, il lui restait quelques arpents avec un poulailler, une belle terre en jachère, un unique prunier qui donnait une année sur deux. Bref, sa vie n’avait plus rien à construire et la courroie de transmission de ses envies avait cassé irrémédiablement.

Et ce jour-là il fit un rêve étrange, celui de son tracteur qui le tourmentait pour reprendre du service à cultiver quelque que beaux légumineux sur son lopin riche et sain. Et chaque nuit, à heure fixe, ce rêve le poursuivait. Quand, un jour de pleine Lune ne pouvant dormir, il se leva. Chaussons aux pieds, il s’avança vers la porte pour sortir. Il eut une peur bleue au fond des yeux. Le tracteur était là… à son seuil, silencieux et imposant.

— Alors camarade, on reprend du service ensemble ? lui dit le tracteur de sa voix douce de ténor.

Le paysan n’ayant pas le cœur assez solide capota en avant la tête sur la calandre du tracteur.

Depuis ce jour la légende dit qu’un tracteur a enterré son propriétaire à la nouvelle Lune et que l’on entend ronronner ses chevaux a vingt lieues à la ronde.

Morale : ne vous levez pas si vous entendez un tracteur devant votre porte.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Le drame aux mains propres

Chaise sur champ (Si vous connaissez le la photographe )

Chaise sur champ (Si vous connaissez le la photographe )

Les petits cahiers d’Émilie. Emilie 8.20 (Hors délai)


La montagne se tient à l’horizon. L’aigle se pose sur la cime du premier arbre. Le mouton est en mode attente et le ruisseau… ruisselle et les ragots ragotent au café du village.

Ainsi, le décor décoré est installé, le drame aux mains propres s’habille de ses chaussettes réversibles, de son pantalon tissé à l’ortie du Nord, d’un long manteau feuillu de la plaine et d’un large chapeau plat fait de lames genre rasoir au possible et d’un radar dernier cri à appréhension amplifiée.

Quand le corbeau de service, s’approche en vol plané en delta et se pose aux cotés de l’aigle genre royal troisième branche à partir du bas, et dit :

— Alors, vieux frère, tu cogites ?
—…
— Si tu l’enserres trop lentement, il va iodler dans toute la vallée.
—…
— Au contraire, si je le rabats vers le ruisseau chantant, tu pourras à loisir le cueillir.
—…
— T’es pas causant mon frère, aujourd’hui ? Un problème ?

L’aigle d’un coup de bec comme un retour de boomerang sectionne la tête de linotte… du corbeau. Le bel aigle a un frisson de sa belle chair emplumée, éprouve un seul hoquet, déplie ses ailes, brasse l’air par une belle résonance qui traverse les belles lignes de la vallée jusqu’au journal déplié à la lecture d’un villageois d’une belle vieillesse assis sur un banc de granit, bien au frais, sous le platane de la place.

— Le rapace n’est pas de bonne humeur… y en a un qu’a dû morfler…
— Pour sûr, répond son vieux camarade de classe qui fume la pipe, le chapeau de paille entre les oreilles.
— Alors, tu vas le gronder ?
— Non, non.

Les deux hommes se regardent d’un œil profond et… rapace, glacial.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 12/12

Nicolas-François Gromort 12 1837

Nicolas-François Gromort 12 1837

 

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Les illustrations de Nicolas François Gromort (Fondeur en caractères, actif à Paris vers 1830)


12/12

Lucie, bien avant Jacquard

— Ma solitude, pourquoi souris-tu… édentée ? As-tu un autre nom ? Toi mon isolement mon désert d’amour dis-moi je t’aime dis-moi ma survivance ma douce faux à l’Ankou filigranée je te défie au bord de ma lignée détissée sur une trahison où j’ai posé mon désir fané sur une dalle de marbre veiné de ma tristesse et je brode mes malheurs à la vielle de mes larmes à mon océan d’amertume je rame sans fin comme pour résister encore et encore jusqu’au dernier moment sans rédemption abandonnée à mon sort sur le parvis des langues quolibets…

« Les hommes sont bizarres ; ils ne savent rien refuser à une femme
qui leur est étrangère, et celle qui mérite le plus leurs égards semble
toujours celle qui en obtient le moins. Mon saisissement, mes regards
suppliants, rien n’a put’arrêter, rien. Tu es parti ; je suis restée là,
debout, immobile ; je t’ai suivi des yeux donnant la main à cette femme.

Je l’ai vue monter en voiture. Puis toi, toi près d’elle ! Le bruit de la portière,
lorsqu’on l’a fermée, m’a presque renversée ; celui des roues, lorsque
l’on est parti, m’a fait pousser un long gémissement ; il me semblait
qu’elles emportaient ma vie, qu’elles broyaient mon cœur. Mes forces
diminuaient à mesure que le bruit s’affaiblissait ; et quand le dernier
murmure s’est perdu dans l’air, j’ai cru ne plus exister,
et je suis tombée mourante sur un siège. » (Constance de Salmlettre II)

— Ma solitude, pourquoi souris-tu… édentée ? As-tu un autre nom ? Et toi mon fils qui répudié mendiant sur le trottoir et vous mon époux défilé du logis désengagé à mon encontre je paie le prix de votre mésalliance et pourtant j’avais ce pouvoir de pardonner Dieu m’en est témoin et j’acte de mon nouveau chemin à la croix des calvaires vous me tiraillez le cœur et l’âme s’émeut de tenir prières sur les genoux des froids pavés de l’incertitude d’avoir une place au ciel moi honnête dévouée pieuse je m’endormirais l’enfer dans mes bras… moi l’innocente…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 11/12

Nicolas-François Gromort 11 1837

Nicolas-François Gromort 11 1837

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11/12

François et son fils

— … fils ingrat … relève-toi morpion…
—… Père ancêtre de la bonne parole et morale…
—… vas-tu te taire…
—… tu as trompé…
—… enchaîne tes mots à l’instant…
—… ta turpitude sera ta croix, indigne géniteur…
—… mauvaise herbe je vais te brosser l’échine…
—… tu n’es qu’une vermine qui ronge les sangs de ma mère…
—… insolent persifleur…
—… je t’ai vu à trousser la servante de l’auberge à la cave je t’ai vu sortir et elle derrière toi…
—… vil cafardeur, je vais te rosser jusqu’à l’os …
— … je préfère te renier père au sceau de ton nom je quitte ta souveraine possession … adieu !
—…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 10/12

 

Nicolas-François Gromort 10 1837

Nicolas-François Gromort 10 1837

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10/12

François et Nicolas aux unités du temps

— Quelle direction matelot ? Quelle étoile suivre ? Quel destin dans les flots incongrus ? Que ce bois trempé et courbé comme l’échine d’un esclave nous mène hors de nos chaînes de nos habitudes graisseuses de temps imparfait qui nous tiennent en chair le regard sur l’ailleurs et le ciel qui se grise sur fond de cale j’ai l’impression de m’ouvrir les veines sur le rebord d’un puits de colère enlisé dans ma gorge comme un premier vol de l’oiseau printanier empaillé pour faire décoration d’un souvenir qui n’a pas eu lieu tel un livre non imprimé… la mémoire se dessale…

« Qui de nous a changé ? Pourquoi dans la carrière
L’un court-il en avant, laissant l’autre en arrière ?
Lequel des deux soldats a déserté les rangs ?
Pourquoi ces deux vaisseaux qui naviguaient ensemble,
Désespérant déjà d’un port qui les rassemble,
Vont-ils chercher si loin des bords si différents ? » (Félix Arvers)

— Quelle direction matelot ? Quelle étoile suivre ? Quel destin dans les flots incongrus ? Nous sommes des évadés frère de nos terres nourricières et l’orage nous accompagne en tête les voiles sifflent et le vent danse la quadrille dans un solo infernal à la flamme de son désir des embruns comme de vagues larmes qui s’écrivent sur l’océan défait comme un lit de souffrance l’écume fait suaire et les grincements de notre goélette nous rappellent notre condition de terrien à la mesure de volonté de rester dans le chemin tracé… faut-il se l’avouer ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 9/12

Nicolas-François Gromort 09 1837

Nicolas-François Gromort 09 1837

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9/12

Nicolas bien avant lui-même

—… car toute la saveur de ma terre est au crottin et…
— Arrête de penser et concentre-toi !
— Je cause en tête-à-tête.
— Eh bien, fait le en silence ou dégoise avec tes bourrins.
— Pas des bourrins tête de mule, des bretons…
— Pareil.
— Non, non, de belles bêtes, puissantes, massives, robustes…
— On ne va pas s’éterniser…
— Si toi tu reprenais ton harnais et te taire .
— Alors, arrête de m’asticoter.
— Petite voix intérieure de moi à toi tais-toi.
— Fais de même et suis ton sillon.
—…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 8/12

Nicolas-François Gromort 08 1837

Nicolas-François Gromort 08 1837

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8/12

François et Lucie bien avant la Genèse

— Quel avenir ? Quels horizons mon François pour notre progéniture ? L’arbre du péché fruit du pêché à la langue prêchi-prêcha à prêcher les mots sont à la portée comme l’accouchement à la multiplication de l’espèce humain, je suis ta servante et ton épouse, je suis ta patience et ton foyer, je suis tout à toi sous ton toit jusqu’au confessionnal d’âme à corps tu es mon maître à la douce attitude au juste propos à l’amour fidèle à l’assistance indéfectible et tout en toi me fait reflets d’un honnête homme… pour une femme sincère…

« Plus je ne crains de nulle estre deffaite,
Car du tout est Justice satisfaite.
Mon doux Espoux en a fait le paîment
Sy suffisant et tant abondamment,
Que rien ne peult ma justice vouloir
Que de luy seul elle ne puisse avoir:
Car il a prins tous mes pechés sur
Et m’a donné ses biens, comme je croy. » (Marguerite De Navarre)

— Quel avenir ? Quels horizons ma Lucie pour notre progéniture ? Je suis l’arbre tu es le fruit, tout est dit, tout est là, rien de plus rien de moins entre nous pas de soustractions seuls les additions de nos efforts font l’avenir possible mais tout dépend du monde aux volontés insoupçonnées à la milice des destins croisés aux fleuves des désirs et des pouvoirs je ne suis que le simple servant et domestique de notre tracé à tenir à la boussole bien ancrée d’un cap commun et judicieux pour notre famille… je te le dis, femme.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020