Les inconsommables contrefaits pourtant souriants

Photographie de Irina Dzhul

Agenda Ironique Décembre 2021


Il est minuit. Le charbonnier rentre chez lui tandis que le ramoneur à tintinnabuler en branlant du chef descend lentement d’un toit à la pente bien pentue au reflet d’une pleine Lune qui baille entre les nuages racoleurs et poursuiveurs tels des poissons rouges dans un bocal sans coins.

Il est minuit une. Une orange roule depuis quelques minutes sur les pavés centenaires de la rue des Trois Patates, échappée d’un filet à provisions usé de recruter les défigurés légumes, les rejetés fruits, les inconsommables contrefaits pourtant souriants de vitamines et de vies mais délaissés par leurs aspects rebutants.

Il est minuit deux. Un millier d’étincelles font la fête dans la rue des Quatre Fraises perpendiculaire à la rue des Trois Patates en compagnie d’une meuleuse toute guillerette de tourner plein régime au pied levé quand la main du rémouleur tient d’une main ferme et confiante une lame traversière de chair qui n’en mène pas large sur ses deux tranchants.

Il est minuit trois. Le charbonnier écrase l’orange et bouscule le ramoneur par croisement de chemin et de destin que la lame du remmouleur crie sans crier gare et ainsi relevant le bras de l’homme et par effet à écarquiller ses yeux d’un bleu acier qu’un introït impromptu s’annonce au point d’orgue de cette situation inattendue.

Il est minuit quatre. Le ramoneur tombe à jeûne depuis la veille qui elle-même ne sait pas dans quel temps elle évolue mais qui laisse percevoir le moyeu intra-véhiculaire de l’horloge du temps qu’elle n’est pas loin d’avoir raison sur son état aux rayons près d’une formule à la Pi qui semble être le centre de ce drame.

Il est minuit cinq. Les jeux sont faits, rien ne va plus. Le rémouleur ressent un danger qui n’est pas le sien et une peur que le Saint du Jour à cette heure de la nuit ne sait à quel Saint se vouer, s’enhardit et conçoit une modeste prière sur sa Bonne Étoile, qu’il poignarde proprement le charbonnier qui semblait déjà une ombre sous le réverbère de service.

Il est minuit six. Le Père Noël, en retard et malchanceux ce jour-là, s’empale sur un conifère décoré comme un sapin de Noël, se transforme en étoile sur la cime et laisse à loisir les habits au pied de l’arbre quand le rémouleur essuie sa lame sur le revers de sa manche sans regret, revêt le déguisement qu’à ce moment-là, la police nuiteuse (et pas en nuisette) embarque le ramoneur pour meurtre du charbonnier.

Il est minuit sept. Le faux Père Noël rentre chez lui, embrasse ses enfants et sa femme, le cœur léger. Ainsi est né l’esprit de Noël.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Je m’appelle Sylvestre

Photographie de Megan Rayner

Blog oulimots contrainte écriture


— Tu as de drôles de yeux… on a l’impression que tu viens de naître…
— Arrête de consommer des phrases qui ne veulent rien dire…
— J’ai cette envie de ronronner auprès et tout en toi…
— Laisse-moi, nom d’un chien…
— Fait pas la greluche du camping sans étoiles…
— Tu me saoules… je suis à saturation
— Ne t’enroules pas dans les draps du déni de notre amour naissant quand ta nudité transparente le gadin de la vieillesse déjà paraît …
— Arrête !
— Ta voix est une bouillotte qui pique l’épiderme de ma sensibilité… tu le sais ?
— Enfin ! regarde-toi… ta bedaine comblée, tes poils indécents, tes bras branchés sur un tronc trop long, tes jambes déplaisantes sans mollets…
— Tu deviens grossière …
— Non, j’imite un pot de colle, toi !
— Tu es ma pouliche préférée avec ce chanfrein tout particulier de ton visage chevalin…
— Mais quelle idée de t’avoir dit oui… quelle idiote je suis…
— Parce que je m’appelle Sylvestre… tout simplement…
— Eh bien, on peut dire que tu n’es pas le meilleur plat de réveillon qui ait transité dans mon lit…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

L’herbe n’est pas folle

Photographie de Ilia Ratiani

Blog oulimots contrainte écriture


Le dégorgement du Temps sur le plateau de l’indifférence… La poule rêveuse pond son œuf au plat sur la paille… L’herbe n’est pas folle devant la lame kamikaze de la tondeuse…

Et la parataxe s’enroule dans son hamac quand la synecdoque se réveille sur l’arête de la ligne au voyeur point compétiteur d’être un jour point final…

Le stylo à bille malaxant de bas en haut et de haut vers le bas trop bas son cylindre qu’intervient la pensée d’un luthérien ancrée dans sa profondeur stylistique :  » Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. » *

La page encaisse toutes les billevesées, incertitudes, rêveries,fautes et autres mots des dictionnaires et ceux qui n’existent pas comme une damnation…

Page offerte a la ritournelle d’un musicien a la dictature d’une note à l’administration à la baguette à la politique d’un instrument à la voix d’aimer à claire-voie…

Page qui n’a aucun répit à la fois possédée et dépossédée figurée et défigurée elle n’échappe pas à sa condition enclavée entre le déchirement et le froissement…

Page mille morceaux la plus belle est déposée dans un carafon céladon et distillée par l’amertume d’une oraison un soir de pleine Lune sur le rebord d’une marge à la verticale de sa carotide prête au sacrifice…

Page… tu acceptes tout… même le déchirement… comme nous…

*: Martin Luther

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Les fleurs s’évadent


Photographie © Iotop2021

Agenda Ironique Novembre 2021


« Y a de la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles et novembre… » qui reste planté, là, comme un autocar qui attend les derniers ramassages de feuilles moribondes qui se traînent encore sur les trottoirs trop étroits, les rues goudronneuses d’ignorance à s’user d’immobilité, aux gouttières suffoquées des présences dévergondées de couleurs…

Novembre au 1er les fleurs s’évadent sérieusement en tête de cortège le Chrysanthème qui paye un lourd tribut ne sombre pas à la clé de voûte d’un Notre Père dont les cieux sont propices ce jour-là à jouer les descendants pluvieux sur une terre absorbée par le passage des souvenirs qui ne rongent plus les os…

Novembre au 11 les fleurs font gerbes à la commémoration et se taire est tranché par avance s’il ne manque pas le drap sur la peau des anciens qui rassemblés en une seule urne pour le souvenir que seules les femmes ont payé un lourd tribut de leurs enfants mari amant père engagés à mourir…

Novembre au 25 à Sainte Catherine rien ne prouve son existence que le folklore et l’exégète un puits sans fond à tenir son profit d’étudier les légendes déguisées en vérités sur des écritures apocryphes qui fleurissent comme les reliques pour le martyr qui paye un lourd tribut à se vendre à border une croyance de plus…

Novembre jamais en fête, jamais ne se mettra sur son… 31…  

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Sa maîtresse vengeance se roule à ses pieds

Oeuvre de Inna Vjuzhanina

Éveil & vous – Éditions : #recreature  – 30/31


…se retranche l’idée funeste de l’homme possédé de sa maîtresse vengeance se roule à ses pieds de tenir sa promesse quand une cartomancienne de Marseille présente la carte du pèlerin comme un changement de cap sur le devant de sa scène un nouvel acte de foi…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Aux interstices de l’indifférence

Oeuvre de Ahmet Günestekin

Éveil & vous – Éditions : #recreature  – 23/31


…plainte qui rampe aux interstices de l’indifférence Lotus et l’Hamour font nombre commun et s’arment pourtant de rudes paroles à l’encontre de l’hère l’homme lié à sa douleur comme une vrille et est devenu l’être indocile à la Froideur d’une vengeance amoureuse en devenir …

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Le seuil de la première lettre

Œuvre de Kryseis Art

Éveil & vous – Éditions : #recreature  – 21/31


…extatique à la Lumière du soupçonneux qui frotte les deux pierres l’une de la jalousie l’autre de l’envie pour rassembler leurs éclats et les flécher vers les belles âmes de l’Amour le Cupidon qui de mailles n’a aucune est blessé sur le seuil de la première lettre…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Rien n’arrête même une croix extatique

Photographie de Dirk Wüstenhagen

Éveil & vous – Éditions : #recreature  – 20/31


…cachot les mots noyés dans l’insalubre l’homme les écrits sur le parchemin de la jalousie qui s’enflamme comme un bûcher par une prière hérétique d’un Hiérophante aux yeux de corbeau aux lèvres d’un bleu méthylène que rien n’arrête même une croix extatique…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Les griffes de l’Amour s’enracinent

Photographie de Al Vart

Éveil & vous – Éditions : #recreature  – 19/31


… souffle de vie qui sème le printemps des amants retrouvés tel le rugissement du Lion fait constellation par écho aux brillants d’étoiles à la nuit quand les griffes de l’Amour s’enracinent dans les chairs l’abandon jouit et les blessures de l’attente se referment en leur cachot…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Sur la joue de la réconciliation

Photographie de Joachim Bergauer

Éveil & vous – Éditions : #recreature  – 18/31


… signature d’un baiser sur la joue de la réconciliation le feu intérieur telle une machinerie complexe reprenait vie dans les âmes et les corps qui se redressaient pour une nouvelle marche purgée de calvaires et ouverte pour Embrasser le monde d’un seul souffle…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Le corps combat à mains nues

Photographie de Mick-Bourke –
Valentina L’ Abbate

Éveil & vous – Éditions : #recreature  – 16/31


…froid sans vergogne gagne son terrain et le corps combat à mains nues quand l’âme prie à l’indulgence que l’ermite Hamour entend l’onde de cet appel du secours sur sa route de pèlerin déchu aux Traces qui font dessins de son épreuve la nuit enfin s’estompe…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Son égoïsme d’Amour

Oeuvre de Kryseis-Art – Grace

Éveil & vous – Éditions : #recreature  – 13/31


… mensonges qui frappent jusqu’à la terre aux mille pas de la trahison se déforment à l’intérieur du corps et l’assomment tel le forgeron à sa Force fait dessein de produire une arme fatale à l’ennemi désigné par excès de l’avoir aimé à sa cause avec son égoïsme d’Amour …

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Septantaine au quart du dernier

Image porte à seuil – Iotop 2021

Blog oulimots contrainte écriture


La Mort habille le mort sur l’horizon marbré à l’heure du sept du matin au chant du septain :

La septantaine au quart du dernier
Les yeux exorbitent aux souvenirs
D’une blonde romance toute chenillée
Sourit au clair de lune à fleur d’élixir
S’impose au défunt à la bougie de vie
Dépouillée de son socle au seul cri
Retentissant de vouloir renaître … au pire…

La Mort le prend sur ses épaules et récite ses litanies des septembrisades qu’elles filaient sur une traîne de comète blanche feu son tissu des heures noires.

A la septénaire de marche elle dépose son fardeau la tête au septentrion croise les pieds les mains et une prière au seuil d’un septembre résigné à devoir laisser une place et encore une sur sa parcelle de terre.

Elle lève le drapeau septicolore et pince une dernière fois la joue du mort… comme signe de bonne route.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Mon sang qui n’a rien de vraiment rouge

Blog oulimots contrainte écriture


Aujourd’hui je m’embarque dans l’un des trente-trois wagons d’un train en partance pour l’inconnu.

J’installe ma modeste personne dans un siège au confort pilote de ligne le café en moins et la perfusion en plus.

J’avoue avoir été condamné pour non respect du code ZE-RT-1.02.4587M

J’assume cette punition.

Je respire à la façon d’une chrysalide et m’endors tel un chat en fin de vie à l’intérieure d’une solitude bien ancrée dans les profondeurs connues de moi seul pour une chair trop froide pour réchauffer un cœur à demi éteint en compagnie du malaise à fleur de bouche que dessinent des lèvres salées au service de larmes en cristal faisant l’écho aux jointures des articulations craquantes et aux grincements de mes frissons intermittents…

Un sautoir de surveillance gère la transition du réel vers l’improbable voyage qui m’attend.

L’injection du produit rugueux perle se mélange à mon sang qui n’a rien de vraiment rouge.

Mon insomnie coutumière s’est diluée au contact de mon ex-angoisse et toutes deux mains dans la main m’ont souri comme un dernier adieu.

La vitesse de mes synapses synthétiques augmente graduellement et s’échauffe à la rencontre des origines qui luttent jusqu’à la perdition de leur substance nutritive de ma conscience.

Les heures diaboliques se débarrassent de mon existence authentique de l’envie qui se fane sur les lobes de mes entrailles et je vomis ma sainte lucidité comme le dernier rempart de mon libre arbitre.

Je reviens à moi lessivé avec un nouveau code d’identification.

Je suis à présent un citoyen… sain.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Etretat au romantisme calcaire les pieds dans l’eau

Photographie de Marc Petzold

Agenda Ironique de Mai 2021


« Un bruit étrange et beau » est le titre du livre d’un auteur inconnu de la commune qui a perdu son nom lors du dernier recensement et dont personne ne se souvient.

Le vraisemblable fait grise mine et l’invraisemblable le chahute sur le haut de la falaise d’une Etretat au romantisme calcaire les pieds dans l’eau et le parfum de la tragédie autour du cou.

Une enquête est menée par l’inspecteur Lô-Tho dont les particularités sont de se déplacer en cyclo-pousse et de dévorer tous les midis des crevettes vivantes dans un vivier livré chaque jour à son bureau du troisième étage d’un immeuble de la rue des Han… et à part ça il ressemble au commun des mortels qui prend son p’tit déjeuner sur la tranche de pain grillé qui n’attend pas fébrilement les crocs des dentiers procureurs alimentaires de première nécessité.

L’inspecteur Lô-Tho est un homme pragmatique. Là, est l’un de ses moindres défauts. En effet, il sait prendre de la hauteur et va consulter la prêtresse de l’île de Sein inconnue dans les bottins même le mondain. C’est dire sa renommée dans un milieu restreint qui permet de tenir les promesses des secrets.

Aussi, cette druidesse reçoit avec le sourire son fidèle client dans son antre qui n’a pas vu le jour depuis le dernier déluge de la révolution au sang chaud de trancher à froid dans le vif des sujets. Après les sourires faussés et la politesse dont l’usage s’est égaré dans les méandres de l’infini des Livres Hermétiques dont les clés ont été perdues par distraction, l’inspecteur s’assied en tailleur avec un crayon de bois d’une belle épaisseur d’un pouce d’ogre tandis qu’elle prend position du poirier.

— Quelle est ta question ? Ô Lô-Tho Rhi (Rhi prénom du susdit)
— Le livre sans auteur, quel est l’auteur ?
— Pertinence n’est pas potence et livre n’est pas poids. Telle est ma réponse, Ô Lô-Tho Rhi.
— C’est un peu mince.
— Dites que je suis grosse !!! Ô Lô-Tho Rhi
— Je dis que votre réponse est énigmatique.
— C’est qui l’inspecteur de nous deux ?

La druidesse se repositionne en tailleur (et pas le vêtement) et prend place face à Rhi un tantinet triste et songeur, les deux à la fois sur le même visage ce qui est un exploit que l’inspecteur modeste sait taire.

— En fait, je soupçonne la commune d’avoir fait disparaître l’auteur inconnu pour ne pas être condamnée et ensuite effacer son nom.
— Astucieux, dit la prêtresse en se versant une tisane à Ciboulette des Îles.
— Oui, mais pourquoi la commune ?
— Rends-moi mon crayon au partir quand seuil franchi tu auras.

L’inspecteur prend congé (et pas des vacances) et s’en retourne à son bureau rue des Han.

— Quel est le mobile ? dit-il en lui-même à voix basse, car il sait ne pas être tout seul… avec lui-même.

Après avoir ingurgité le bon millier de crevettes du midi présent, il se lève de son siège, les mains à la mayonnaise encore fraîche, il arpente son humble logis de quelques mètres carrés, quand une lumière naît au fond du couloir de son esprit tortueux.

— « Mais c’est bien sûr » (à la Raymond Souplex pour les puristes) dit-il tout haut devant sa fenêtre fermée par ce beau soleil style beau maître nageur (pléonasme) rieur de bonne santé.

Le dernier recensement des habitants de la commune était tout simplement fictif et l’auteur habitant de cette commune était par effet inconnu et de fait pas de mobile !

L’inspecteur jubile et ouvre séance tenante une bouteille de champagne 33 cl. Mais au premier glouglou dans le gosier, il s’interroge : mais alors, pourquoi le livre est-il paru ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

(il n’y aura pas de suite … c’est une histoire à s’embourber jusqu’au cou du stylo)