Werois aspirateur d’âmes

Rénovation_Sainte-Croix_Minneapolis_ Photo_George_Heinrich

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Des mots, une histoire : récolte 47 (Hors délai)


Il se nommait Tipi. Il avait un frère jumeau, Piti. Tous deux un jour d’adolescence, s’étaient perdus dans une forêt. Tous deux avaient reçu le prix de la peur, cette écorce qui vous pince à vie le fond des entrailles.

Pourtant, ils étaient revenus avec la sensation inavouable d’une révélation, d’une initiation.

Adultes, devenus musiciens, ils installèrent leur jeune école de musique à l’orée de cette forêt… visitée par des promeneurs du dimanche, des cueilleurs de champignons, des chasseurs de cerfs et sangliers, des amoureux de la nature … des amants délurés, des braconniers de belettes, des collectionneurs de papillons, des pique-niqueurs naturistes, des buveurs de liberté, des truffeurs de senteurs, des lépidoptéristes de couleurs, des peintres de l’effeuillage, des sylvothérapeurs égarés, des gymnases du Zhan zhuang,… jusqu’à turlupiner la forêt elle-même…

Le mot tranquille avait déserté son hamac et s’était enterré entre le blob et les mycorhizes…

Les frères avaient cette conscience du mal-être de la forêt… et considéraient qu’il était de leur devoir de la déposséder des mauvais fruits qui s’enracinaient au fil du temps par raison, ou pas, et qui s’appropriaient par excès sa Nature…

Il fallait limiter les assauts. Ils consultèrent aux quarts de Lune montante et descendante les nervures des feuillages…

Ainsi, des étranges phénomènes se déclarèrent comme une amabié genre de créature qui refoulait d’une haleine putride de bois morts, aux visages, les visiteurs indélicats, ou d’un werois aspirateur d’âmes pour les pourvoyeurs du souffle dominical… et pour tous les autres une bienveillance à l’heure de leur mort auprès d’un sycomore dédié…

Les mois s’embranchaient, la forêt reprenait son inspiration, et les frères musiciens animistes, déposèrent instruments et partitions pour s’installer à cœur du sylvestre et vivre pleines saisons des décennies avant de s’endormir à jamais … tous deux depuis le début… aveugles.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Brigitte

Margaux Hemingway by Helmut Newton 1975

Margaux Hemingway by Helmut Newton 1975

Des mots, une histoire : récolte 46    (Hors délai)


Il attendait là, dans une antichambre, au cabinet du ministère.

Ce jour-là, il n’y avait pas à tergiverser, cette rencontre devait aboutir. Il avait cette souffrance à la Tantale où tout est là à portée de main mais qui résiste comme un malin plaisir à ce qu’il devienne par abêtissement un simple pion, un exécutant, d’un désir d’une pinailleuse

La garce, elle le tenait dans un emballage de promesses comme d’une possible concorde à jeu égal. Pourtant il soupçonnait une dissonance, une entourloupe de première grandeur comme s’il était la victime consentante par défaut.

Elle ne désirait pas partager, il l’avait lu dans ses yeux de biche, dont l’eau de ses iris à des profondeurs de poison, cette première fois dans les Jardins de Bagatelle.

Il rageait intérieurement avec ce sourire de façade quand il fut introduit par un huissier de belle prestance … Elle se tenait là, à dix pas devant lui, le dos tourné, une main sur le marbre d’une cheminée Empire, et le reflet du miroir offrait son buste comme une porte a son judas …

— Alors, là ! quelle mise en scène !
— Tais-toi ! Que viens-tu faire ici, sur mon lieu de travail ? Tu n’es qu’un rustre !
— Moi ? Moi qui suis convivial, d’agréable compagnie et …
— Et ?
— Je suis amoureux, c’est simple. J’ai une complète envie de toi, là, maintenant !
— Tu es animal !
— Mais tu aimes ça ? non ?
— Tu es indécent. On nous écoute, possiblement … un sniper sur le toit d’en face …
— Qu’importe !
— N’approche pas d’un pas de plus …
— Brigitte …
— Emmanuel …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Godiche, reste dans ton terrier

Gina Lollobrigida as Venus in The Most Beautiful Woman in the World - 1955

Gina Lollobrigida as Venus in The Most Beautiful Woman in the World – 1955

Des mots, une histoire : récolte 45   (Hors délai)


Moteur !
— Non, non !!!
— Comment non ?
— Je n’ai pas les bons mots en bouche.
— En tout cas, tu n’as pas avalé ta langue !
— La tienne est bien salée.
— Je ne fais pas la morue, moi !
— Grue, être immonde et falot !
— Godiche, reste dans ton terrier.
Ornithorynque !!!
— Je ne vois pas le rapport ?
— Ah ! Non ?
— Non ?
— Tu ressembles à rien, la pouffe !!!
— Eh bien, tu vas voir la tordue, je vais te crêper le chapeau
— C’est ça, remballe ton rôle… et va punaiser sur le trottoir…
—…

— Excellent les filles… voilà une scène qui s’approprie à fond le texte… de l’auteure…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La courroie de transmission de ses envies

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 9.20 (Hors délai)


Il était une fois un tracteur qui s’ennuyait ferme, même si une vieille poule lui concoctait tous les jours un résumé de la veille des caquetages de la basse-cour. Il avait été marqué d’obsolescence avec d’autres matériels dont les états étaient divers et variés entre les pannes et la vieillerie. Ils étaient devenus le produit de l’inutilité même si parfois des inconnus osaient ponctionner quelques pièces de leurs mécanismes, et cela au déchirement silencieux d’une déchéance mal vécue…

Tandis que dans la buanderie une lessiveuse chantait à tue-tête un bel canto en compagnie d’un feu ardent amoureux à la première forme de ses lignes de fond, le tracteur ruminait à travailler de nouveau dans les chants… euh les champs… avec tout son saint-frusquin : charrue, broyeuse d’accotement, chargeur frontal, faucheuse, déchaumeurs, remorque… et ouvrir enfin une nouvelle vie à une utilité digne d’être reconnu…

Cependant le paysan bourru et dodu à souhait n’avait aucune intention de reprendre comme compagnon son tracteur. En effet, bêche, fourche, râteau étaient ses alliés de chaque jour, humblement et efficacement. D’ailleurs, il était devenu dans sa ferme une réduction de lui-même aucun repreneur n’ayant voulu… reprendre ses quelques centaines d’hectares vendus la mort dans l’âme et le pire à une société écran chinoise dont il n’avait pas eu connaissance si ce n’est trop tard…

Ainsi, il lui restait quelques arpents avec un poulailler, une belle terre en jachère, un unique prunier qui donnait une année sur deux. Bref, sa vie n’avait plus rien à construire et la courroie de transmission de ses envies avait cassé irrémédiablement.

Et ce jour-là il fit un rêve étrange, celui de son tracteur qui le tourmentait pour reprendre du service à cultiver quelque que beaux légumineux sur son lopin riche et sain. Et chaque nuit, à heure fixe, ce rêve le poursuivait. Quand, un jour de pleine Lune ne pouvant dormir, il se leva. Chaussons aux pieds, il s’avança vers la porte pour sortir. Il eut une peur bleue au fond des yeux. Le tracteur était là… à son seuil, silencieux et imposant.

— Alors camarade, on reprend du service ensemble ? lui dit le tracteur de sa voix douce de ténor.

Le paysan n’ayant pas le cœur assez solide capota en avant la tête sur la calandre du tracteur.

Depuis ce jour la légende dit qu’un tracteur a enterré son propriétaire à la nouvelle Lune et que l’on entend ronronner ses chevaux a vingt lieues à la ronde.

Morale : ne vous levez pas si vous entendez un tracteur devant votre porte.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Le drame aux mains propres

Chaise sur champ (Si vous connaissez le la photographe )

Chaise sur champ (Si vous connaissez le la photographe )

Les petits cahiers d’Émilie. Emilie 8.20 (Hors délai)


La montagne se tient à l’horizon. L’aigle se pose sur la cime du premier arbre. Le mouton est en mode attente et le ruisseau… ruisselle et les ragots ragotent au café du village.

Ainsi, le décor décoré est installé, le drame aux mains propres s’habille de ses chaussettes réversibles, de son pantalon tissé à l’ortie du Nord, d’un long manteau feuillu de la plaine et d’un large chapeau plat fait de lames genre rasoir au possible et d’un radar dernier cri à appréhension amplifiée.

Quand le corbeau de service, s’approche en vol plané en delta et se pose aux cotés de l’aigle genre royal troisième branche à partir du bas, et dit :

— Alors, vieux frère, tu cogites ?
—…
— Si tu l’enserres trop lentement, il va iodler dans toute la vallée.
—…
— Au contraire, si je le rabats vers le ruisseau chantant, tu pourras à loisir le cueillir.
—…
— T’es pas causant mon frère, aujourd’hui ? Un problème ?

L’aigle d’un coup de bec comme un retour de boomerang sectionne la tête de linotte… du corbeau. Le bel aigle a un frisson de sa belle chair emplumée, éprouve un seul hoquet, déplie ses ailes, brasse l’air par une belle résonance qui traverse les belles lignes de la vallée jusqu’au journal déplié à la lecture d’un villageois d’une belle vieillesse assis sur un banc de granit, bien au frais, sous le platane de la place.

— Le rapace n’est pas de bonne humeur… y en a un qu’a dû morfler…
— Pour sûr, répond son vieux camarade de classe qui fume la pipe, le chapeau de paille entre les oreilles.
— Alors, tu vas le gronder ?
— Non, non.

Les deux hommes se regardent d’un œil profond et… rapace, glacial.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 12/12

Nicolas-François Gromort 12 1837

Nicolas-François Gromort 12 1837

 

Agenda Ironique Avril   (en 12 épisodes) – Pour la lecture des 12 épisodes déjà écrits le lien ICI

Les illustrations de Nicolas François Gromort (Fondeur en caractères, actif à Paris vers 1830)


12/12

Lucie, bien avant Jacquard

— Ma solitude, pourquoi souris-tu… édentée ? As-tu un autre nom ? Toi mon isolement mon désert d’amour dis-moi je t’aime dis-moi ma survivance ma douce faux à l’Ankou filigranée je te défie au bord de ma lignée détissée sur une trahison où j’ai posé mon désir fané sur une dalle de marbre veiné de ma tristesse et je brode mes malheurs à la vielle de mes larmes à mon océan d’amertume je rame sans fin comme pour résister encore et encore jusqu’au dernier moment sans rédemption abandonnée à mon sort sur le parvis des langues quolibets…

« Les hommes sont bizarres ; ils ne savent rien refuser à une femme
qui leur est étrangère, et celle qui mérite le plus leurs égards semble
toujours celle qui en obtient le moins. Mon saisissement, mes regards
suppliants, rien n’a put’arrêter, rien. Tu es parti ; je suis restée là,
debout, immobile ; je t’ai suivi des yeux donnant la main à cette femme.

Je l’ai vue monter en voiture. Puis toi, toi près d’elle ! Le bruit de la portière,
lorsqu’on l’a fermée, m’a presque renversée ; celui des roues, lorsque
l’on est parti, m’a fait pousser un long gémissement ; il me semblait
qu’elles emportaient ma vie, qu’elles broyaient mon cœur. Mes forces
diminuaient à mesure que le bruit s’affaiblissait ; et quand le dernier
murmure s’est perdu dans l’air, j’ai cru ne plus exister,
et je suis tombée mourante sur un siège. » (Constance de Salmlettre II)

— Ma solitude, pourquoi souris-tu… édentée ? As-tu un autre nom ? Et toi mon fils qui répudié mendiant sur le trottoir et vous mon époux défilé du logis désengagé à mon encontre je paie le prix de votre mésalliance et pourtant j’avais ce pouvoir de pardonner Dieu m’en est témoin et j’acte de mon nouveau chemin à la croix des calvaires vous me tiraillez le cœur et l’âme s’émeut de tenir prières sur les genoux des froids pavés de l’incertitude d’avoir une place au ciel moi honnête dévouée pieuse je m’endormirais l’enfer dans mes bras… moi l’innocente…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 11/12

Nicolas-François Gromort 11 1837

Nicolas-François Gromort 11 1837

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11/12

François et son fils

— … fils ingrat … relève-toi morpion…
—… Père ancêtre de la bonne parole et morale…
—… vas-tu te taire…
—… tu as trompé…
—… enchaîne tes mots à l’instant…
—… ta turpitude sera ta croix, indigne géniteur…
—… mauvaise herbe je vais te brosser l’échine…
—… tu n’es qu’une vermine qui ronge les sangs de ma mère…
—… insolent persifleur…
—… je t’ai vu à trousser la servante de l’auberge à la cave je t’ai vu sortir et elle derrière toi…
—… vil cafardeur, je vais te rosser jusqu’à l’os …
— … je préfère te renier père au sceau de ton nom je quitte ta souveraine possession … adieu !
—…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 10/12

 

Nicolas-François Gromort 10 1837

Nicolas-François Gromort 10 1837

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10/12

François et Nicolas aux unités du temps

— Quelle direction matelot ? Quelle étoile suivre ? Quel destin dans les flots incongrus ? Que ce bois trempé et courbé comme l’échine d’un esclave nous mène hors de nos chaînes de nos habitudes graisseuses de temps imparfait qui nous tiennent en chair le regard sur l’ailleurs et le ciel qui se grise sur fond de cale j’ai l’impression de m’ouvrir les veines sur le rebord d’un puits de colère enlisé dans ma gorge comme un premier vol de l’oiseau printanier empaillé pour faire décoration d’un souvenir qui n’a pas eu lieu tel un livre non imprimé… la mémoire se dessale…

« Qui de nous a changé ? Pourquoi dans la carrière
L’un court-il en avant, laissant l’autre en arrière ?
Lequel des deux soldats a déserté les rangs ?
Pourquoi ces deux vaisseaux qui naviguaient ensemble,
Désespérant déjà d’un port qui les rassemble,
Vont-ils chercher si loin des bords si différents ? » (Félix Arvers)

— Quelle direction matelot ? Quelle étoile suivre ? Quel destin dans les flots incongrus ? Nous sommes des évadés frère de nos terres nourricières et l’orage nous accompagne en tête les voiles sifflent et le vent danse la quadrille dans un solo infernal à la flamme de son désir des embruns comme de vagues larmes qui s’écrivent sur l’océan défait comme un lit de souffrance l’écume fait suaire et les grincements de notre goélette nous rappellent notre condition de terrien à la mesure de volonté de rester dans le chemin tracé… faut-il se l’avouer ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 9/12

Nicolas-François Gromort 09 1837

Nicolas-François Gromort 09 1837

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9/12

Nicolas bien avant lui-même

—… car toute la saveur de ma terre est au crottin et…
— Arrête de penser et concentre-toi !
— Je cause en tête-à-tête.
— Eh bien, fait le en silence ou dégoise avec tes bourrins.
— Pas des bourrins tête de mule, des bretons…
— Pareil.
— Non, non, de belles bêtes, puissantes, massives, robustes…
— On ne va pas s’éterniser…
— Si toi tu reprenais ton harnais et te taire .
— Alors, arrête de m’asticoter.
— Petite voix intérieure de moi à toi tais-toi.
— Fais de même et suis ton sillon.
—…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 8/12

Nicolas-François Gromort 08 1837

Nicolas-François Gromort 08 1837

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8/12

François et Lucie bien avant la Genèse

— Quel avenir ? Quels horizons mon François pour notre progéniture ? L’arbre du péché fruit du pêché à la langue prêchi-prêcha à prêcher les mots sont à la portée comme l’accouchement à la multiplication de l’espèce humain, je suis ta servante et ton épouse, je suis ta patience et ton foyer, je suis tout à toi sous ton toit jusqu’au confessionnal d’âme à corps tu es mon maître à la douce attitude au juste propos à l’amour fidèle à l’assistance indéfectible et tout en toi me fait reflets d’un honnête homme… pour une femme sincère…

« Plus je ne crains de nulle estre deffaite,
Car du tout est Justice satisfaite.
Mon doux Espoux en a fait le paîment
Sy suffisant et tant abondamment,
Que rien ne peult ma justice vouloir
Que de luy seul elle ne puisse avoir:
Car il a prins tous mes pechés sur
Et m’a donné ses biens, comme je croy. » (Marguerite De Navarre)

— Quel avenir ? Quels horizons ma Lucie pour notre progéniture ? Je suis l’arbre tu es le fruit, tout est dit, tout est là, rien de plus rien de moins entre nous pas de soustractions seuls les additions de nos efforts font l’avenir possible mais tout dépend du monde aux volontés insoupçonnées à la milice des destins croisés aux fleuves des désirs et des pouvoirs je ne suis que le simple servant et domestique de notre tracé à tenir à la boussole bien ancrée d’un cap commun et judicieux pour notre famille… je te le dis, femme.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 7/12

Nicolas-François Gromort 07 1837

Nicolas-François Gromort 07 1837

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7/12

Nicolas et François embarquent

—… Ils t’ont dépouillé les fripouilles…
— Et te remercie de me prêter ton concours pour cet exercice.
— Notre amitié est solidifiée par les coups de boutoirs.
— Allons prenons notre meilleure distance.
— Gagnons quelques écus… je te donnerai ma part.
— Aussi j’en serai redevable.
— Que nenni.
— Je suis ton obligé.
— Tu es mon frère avant tout.
— Ton cœur parle à la sincérité d’une belle source.
— Allons cessons les compliments, nageons.
— Déployons nos plongeons.
— Soyons conquérants…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 6/12

Nicolas-François Gromort 06 1837

Nicolas-François Gromort 06 1837

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6/12

François, bien avant Robin des Bois

— Que me voulez-vous chauffeurs ? Bandits de grands chemins ? Ma bourse ? Ma vie est déjà promise à ma tendre et chère Lucie. Comment ? Vous êtes de braves paysans ? Aux armes tendues, au pouvoir de vous servir hors la loi ? Vous êtes dans l’erreur et la guillotine vous tranchera, il est sûr que vous avez encore la tête sur les épaules quoi que votre raison ne soit pas à la bonne place je vous assure que vous devriez renoncer à votre forfait même si l’impôt vous sert le collet ne vous méprenez pas sur ma propre condition…

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ? » (Joachim du Bellay)

— Que me voulez-vous chauffeurs ? Bandits de grands chemins ? Ma bourse ? Vous tenez une bien mauvaise réputation à débourser un homme à la modeste condition qui doit céder à la menace de vos armes qui sentent la mort depuis trop longtemps et si je pouvais vous donner la clé des champs plus propice à vous faire retourner à votre œuvre d’humanité à nourrir vos tiers… comment vais-je nourrir et protéger mon prochain avenir qui est dans le ventre de ma bien aimée ?… mais séance tenante voici en fin ma bourse…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 5/12

Nicolas-François Gromort 05 1837

Nicolas-François Gromort 05 1837

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5/12

Nicolas et François l’explication

—… alors pas de faux pas, à présent reprenons à la base.
— Ce n’est pas faux.
— Ta blessure est guérie tout à fait.
— Grace à toi tu m’as sauvé de mon entêtement.
— Loin s’en faut… ta bien aimée Lucie t’as raisonnée.
— Ainsi et ici pas de faux départ.
— Reprenons notre amitié comme un fer brut.
— Belle expression.
— Forgeons des vrais liens sans épines.
— Entre nous la concorde et la cervoise.
— Bien dit et sans faux col.
— A nos chemins à nos croisements…
— A nos aboiements sans morsure…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 4/12

Nicolas-François Gromort 04 1837

Nicolas-François Gromort 04 1837

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Les illustrations de Nicolas François Gromort (Fondeur en caractères, actif à Paris vers 1830)


4/12

Nicolas, bien avant Dante

— Qu’est-ce ? Où suis-je ? Ô l’En Faire à cette Lucie d’un François frère de lait aux fers de me provoquer aux songes d’une porte aux Satans venins a fait chavirer le genre humain et… j’ai froid… et j’entends le Géryon qui s’approche à triple galop et se poser sur mon épaule par le miroir de Simon j’entends des voix qui s’enlèvent de mon corps grillagé à mon purgatoire je rôtis à l’envie de tenir mon tison au bord des lèvres de la Mort qui sourit comme une nourrice à la faux affûtée du désir d’une sève printanière …

« Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie. » (Louise Labé)

— Qu’est-ce ? Où suis-je ? Ô je suis sourd aux cris qui s’étirent aux rires de luxure dont je suis l’innocent de l’Harpie qui me serre me soulève m’enlève m’envole et me secoue par les épaules qui se détachent de son lourd fardeau de tête et me voilà à rouler des yeux sur la route des airs d’un songe aux feux de sang dans les corbeilles à fruits de l’Échidna et Dieu joue aux osselets sur la peau d’Adam qui attend le pardon prit au piège de l’Eve qui s’en donne à cœur joie de tenir une taverne de maudits…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

D’un éther a la rondeur de mon aimée – 1/12

Nicolas-François Gromort 01 1837

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Les illustrations de Nicolas François Gromort (Fondeur en caractères, actif à Paris vers 1830)


1/12

Nicolas et François fauchent.

—… et le mauvais temps approche.
— Il risque de nous faucher notre récolte.
— Il faut en prendre la mesure.
— Oui et pas de la coudée.
— Farceur.
— Oui, c’est pas le pied…
— Pouce !
— Nom d’une pipe…
— A toute raison décubons nos pieds-du-roi cube…
—… bûchons…
— On va stère pour mieux avancer…
— C’est pas faux.
—…

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La belle équation avait de quoi épiler

Taz en action rien ne l'arrête

Taz en action rien ne l’arrête

Des mots, une histoire : récolte 43


Un matin, un hurluberlu (et pas un lapin), s’installa au square Alfred Jarry sur un banc de bois bleu aux pieds verts, et se déguisa en monsieur tout le monde. Le pastiche fut saisissant. Quel tour de force ! Quelle imitation ! Le hasard n’eut pas son mot à dire, il pouvait s’enliser dans le premier sable mouvant du déterministe, la belle équation avait de quoi épiler, dégoupiller, désarçonner ce hasard que rien il est vrai ne pouvait imiter, lui…

Notre homme ainsi maquillé, masqué enfin costumé héla le peuple du square de cet après-midi chaude et découverte et tout à la fois ouverte à un mini spectacle hors norme il faut le dire dans ce contexte tout particulier de notre dictature du vingt-deuxième siècle…

Il osa, il prit le risque, l’audace à son plus haut niveau, le mots téméraire ayant disparu et il se présenta de sa propre voix, de son propre corps dans toutes ses humeurs comme une apparition exceptionnelle devant la curiosité grandissante de soi-disant encore humains et sa logorrhée apparut fantasque déliée de tous les tabous qui s’étaient serrés les coudes pour résister à la déflagration qui allait frictionner leur passé pour un retour à la source de l’humain… d’origine…

Comme on disait à une époque reculée (ce qui ne veut rien dire, en fait), il balança la purée dans le sens propre et figuré, ce qui dépoussiéra d’un seul tenant les neurones les plus prudes des spectateurs qui développèrent aussitôt deux catégories de cas : les incontrôlables et les imperturbables. Le soleil ne brille pas pareillement pour tout le monde, c’est bien connu.

Aussi une intervention d’un panier de gardes armés d’ukulélés modifiés recomposèrent la léthargie et remis aussitôt de l’ordre dans cette cohue et l’hurluberlu mis en quarantaine pour entropie caractérisée au troisième degré… de la bonne humeur…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Du laisser flotter l’indifférence

Battements_du_Temps_Iotop_2020

Battements_du_Temps_Iotop_2020

 

Nouveau challenge – édition 2020 – Février 2020 – Le marathon de la nouvelle


Il était là dans un tiroir d’un vieux meuble du vieux garage de la vieille maison à dormir comme une vieille âme abandonnée. Il était ce qu’il était, et était devenu ce qu’il n’espérait pas. On ne choisit pas, surtout lui. Il n’avait qu’à se laisser faire et laissez faire… laissé-pour-compte par un laisser-aller d’un laissé voir laxiste qui était tranquillement installé dans sa définition…

Enfermé, oui, mais pas à double tour… il le savait… il attendait, avait laissé la liberté s’égarer dans les toiles d’araignées laissée le champ libre pour se déguiser en courant d’air qui s’était laissé prendre à revers par une dictature qui l’a laissée pendre pour s’habiller de ses vêtements un laisser-passer sur mesure…

Il était devenu de cette immobilité poussiéreuse qui fait rêver les découvreurs de trésor… à se laisser oublier au laisser suivre son cours sans rien laisser tenter ou laisser désirer à laisser vieillir pour laisser loin derrière comme laisser en rade pour accoster sur le laisser tranquille…

Il ne savait pas combien de temps il était là. Il avait un voisin et une voisine. Tous deux silencieux. Il s’était proposé à converser voire à dialoguer pour défiler le temps si ce n’était pour le défier le temps qui s’en fout et laisse décanter ses heures et ses poussières à qui veut bien laisser vivre… mais ses voisins laissaient dire par convention et les mots se laissaient fléchir dans un vide verrouillé du laisser flotter l’indifférence jusqu’à laisser égoutter le mépris ainsi il avait laissé de la distance et se tournait et retournait dans son enveloppe corporelle…

Il se relisait pour la cent-millionième fois peut-être laissait s’écouler les mots un à un, à la file indienne, comme un goutte-à-goutte qui se laisse mener par le bout de la lettre au ronronnement de l’interminable attente… attente de quoi d’ailleurs ? D’un ailleurs ? D’un jour nouveau ?

Et puis au moment le moins attendu comme un laisser au champ libre un tremblement inexpliqué à laisser dans le pétrin le plus aguerri une lumière aveuglante… une chose étrange comme plastifiée l’enserra ne prenant pas garde de sa petitesse et fragilité… d’un coup il s’émietta… le petit carnet…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

L’espérance arpente son échelle de désinvolture

Monaco_Iotop_2008

Monaco_Iotop_2008

Des mots, une histoire : récolte 42


L’espérance arpente son échelle de désinvolture et l’hominidé en tenu d’Adam sur un atoll les pieds en éventail se pose une question d’acheter une échelle ou peut-être un piano ce qui n’est pas le même budget, même d’occasion… tout est une valeur… d’échelle, c’est bien connu…

En attendant, il bronze lentement à sécher recto verso dit de l’effet rôtissoire et sa compagne du moment est du même mouvement ce qui donne une chorégraphie studieuse et monotone dont l’harmonie s’ennuie toute de même ferme devant cet état de fait qui la rassure et l’inquiète tout à la fois…

Quand un coquillage de passage aventurier de premier niveau possédant tous les sens même interdits par la nature des choses communes et parfois étranges voire inavouables sauf qu’il est aveugle comme une mine de charbon à mille et deux mètres de profondeur… et culbute sur le mollet dru de l’homme… aussi il s’exprime ainsi (le coquillage) :

— Nom d’une courge ! Qu’est-ce cette chose ?

Il n’en faut pas plus pour qu’il sorte de sa besace en corail sculpté une feuille de vigne sous-marine et se munit d’un hippocampe encreur, et note :

[Dsirostion au dévnpeopeemlt du cuors du mmenœuvt moi le bvivale en ce juor j’ai cnonu le tnuore sol par le cohc d’un élémnet iocnnnu non réaitcf et doasipnst àêtre femeernmt au slcoe sleibar. Le cnomnoueetrnt est préférbale.]

Pourtant, la vie à des injonctions que le destin ne sait pas déchiffrer et le primate des temps modernes un tantinet chatouillé par un soi-disant mollusque ouvre un œil et un deuxième sous son chapeau de paille tressé par les doigts osseux d’une îlienne ou d’une villageoise sous le joug d’impôts infâmes…

D’une main audacieuse inconséquente et armée au courage de transformer l’inopportun si ce n’est l’outrecuidant à une cuisante envolée dans les airs l’ami bivalve prend la tangente bien malgré lui et connaît le saut dans l’inconnu sans l’élastique pour ricocher sur l’abdomen de la compagne du bipède luisante de crème solaire dont Yuka donne une note dont le médiocre est un fruit acidifié au bicarbonate et glisse tel un surfeur à Waimea jusqu’au Mont Vénus à la descente à l’allure d’un bobsleigh à se loger au croisement du fourreau de la dame qui n’attendait pas cet inattendu qui commençait à distiller son étonnement devant une possible descendante inconnue…

Bref, à cet instant fugace de la surprise la concubine apeurée par une frayeur toute à son affaire crie de ce cri des fonds des âges aux cavernes bien résonnantes à l’amplification à faire rougir l’écho de service et d’un froissement gestuel incontrôlé éjecte telle une catapulte géante l’ami bivalve en direction de l’océan… dépositaire de toutes les vies… n’a pas, lui, une vision de celles-ci, à l’anamorphose

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Hé, soigne tes pleurs ils sont de ce bleu froid

Jean_paul_gaultier_haute_couture_printemps_ete_2014

Jean_paul_gaultier_haute couture_printemps_ete_2014

Une longue série de dialogues avec pour socle le dialogue en bleu. Ce dialogue en bleu n’est pas de moi mais d’un défi d’écriture (2019) dont je ne me souviens plus à quel endroit du Web il se situe. Si vous avez l’adresse, n’hésitez pas à me l’écrire en commentaire, pour rendre à qui de droit ce qui appartient.

— Oui ?
— La factrice m’a dit que tu avais perdu une lettre.
— Non.
— Ah ? Elle m’a dit que tu y tenais, à cette lettre. Je vais à la poste.
— Mais, comme tu veux !
— J’espère bien. Et je vais retrouver cette lettre qui me paraît louche.
— Ah bon !
— Oui. Une lettre adressée à ton amant ?
— Mais non !
— Avoue !
— Non
— Tu mens !
— Pas cette fois.
— Tu me dis la vérité ? Étrange !
— Pourquoi pas.
— Je vais t’interdire l’encre et le papier.
— Ah, non !
— Alors, tu es sincère ?
— En effet.
— Bien. Alors, qui est l’heureux élu de cette lettre. Moi ?
— Peut-être.
— Je fais serment devant toi de la retrouver.
— Fais pour le mieux.
— Tu me donnes toute de même ton accord ?
— Oui.
— Tu m’embrasses
— D’accord.
— Tu peux compter sur moi !
— C’est ça.
— Hé, soigne tes pleurs ils sont de ce bleu froid qui abîme ma joie de vivre.
— A tout à l’heure.
— A midi … ma belle conscience.

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

cabossée sur l’aile droite

Defile-zuhair-murad-automne-hiver-2016-2017

Defile-zuhair-murad-automne-hiver-2016-2017

Une longue série de dialogues avec pour socle le dialogue en bleu. Ce dialogue en bleu n’est pas de moi mais d’un défi d’écriture (2019) dont je ne me souviens plus à quel endroit du Web il se situe. Si vous avez l’adresse, n’hésitez pas à me l’écrire en commentaire, pour rendre à qui de droit ce qui appartient.

— Oui ?
— Tu me cherches ?
— Non.
— Ah ? … Je peux prendre ta voiture ?
— Mais, comme tu veux !
— Elle est un peu cabossée sur l’aile droite, comme toi d’ailleurs.
— Ah bon !
— Je t’assure … et puis sa couleur est passée … toi aussi, tu changes.
— Mais non !
— Et pourtant, il y a quelque temps tu n’aurais pas discuter pour que j’emprunte ta voiture … comme pour te dire je t’aime.
— Non
— La preuve …
— Pas cette fois.
— Tu es de mauvaise foi quand je te regarde dans les yeux. Tu viens avec moi ? Je t’emmène ?
— Pourquoi pas.
— Tu prends un maillot bain, on va à la plage de Saint Marc.
— Ah, non !
— Il fait trop froid ? … comme pour me prendre la main ?
— En effet.
— Tu n’as plus confiance en moi ?
— Peut-être.
— Bon, j’y vais seul alors… je te ramène un souvenir ?
— Fais pour le mieux.
— Un coquillage qui à l’oreille raconte une histoire d’amour ?
— Oui.
— Et puis, je refais le plein de Ta voiture.
— D’accord.
— Je t’embrasse d’ici à cet endroit.
— C’est ça.
— Et toi, tu m’embrasses pas ?
— A tout à l’heure.
— Ou peut-être à jamais … Mon Amour.

© Max-Louis MARCETTEAU 2019