Les sourcils bien taillés dans l’épaisseur

Volute spatial de Magali Landry

Blog de Marina


Le sapin de Noël aux clignotements erratiques trône dans la chambre de tante Gertrude tout aussi seule que le résineux même avec un chat nommé mendiant qui se frotte à ses jambes aux beaux reliefs variqueux accompagnés d’affluents bleu roi.

Mendiant miaule et ses quelques croquettes au fond de son bol font grise mine tout autant que tante Gertrude dans son lit l’âme tourmentée de ne s’être rien offert cette année.

Il faut dire que le porte-monnaie de tante Gertrude est un lâche et qu’il n’est pas de cette culture de rébellion comme un certain président dont le nom ne me revient pas.

Dans la chambre tante Gertrude s’ennuie ferme quand un tintement dans la cheminée éteinte se fait entendre inattendu et irrégulier.

Deux espaces-temps ont lancé un défi, une course, avec la Dame Lumière contre une bouteille de champagne.

Tante Gertrude qui n’est pas une illuminée du cerveau à part pour le tricot dont le dernier a fini dans la poubelle par erreur se rend bien compte qu’il y a un souci dans l’âtre qui ne semble pas s’inquiéter même si le chat dresse ses poils en pelote devant elle.

Tante Gertrude fronce les sourcils bien taillés dans l’épaisseur quand surviennent les deux espaces-temps brillants comme des cadeaux de Noël devant sa bouille éblouie qu’elle ne perd pas le nord en développant une paire de baffes à chacun des espaces-temps.

Tante Gertrude est bien contente et sourit largement… de beaux cadeaux de Noël ces deux-là.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Mes livres … me dévisagent …

Heart Ring de Frederico Santos

J’ai un dictionnaire, qui depuis une semaine, à la même minute, tombe de son étagère et s’ouvre toujours aux pages quatre-vingt-quatre, quatre-vingt-cinq.

Bonjour la frayeur à deux heures et deux minutes du matin et bonsoir l’ambiance d’un rêve qui avait l’objectif non avoué de m’apporter une sensuelle rencontre dans une forêt … de femmes lettrées ….

Alors, même si ma vie me paraît à peine concevable, pertinente, intéressante, valable … que ce dictionnaire ait un objectif dont je ne discerne pas les contours ni même la consistance … devrait respecter mon sommeil de juste.

Ce dictionnaire est-il possédé ? C’est la question que je me suis posée par une nuit délavée d’étoiles et pourtant tendrement éclairée par une lune tout aussi seule que moi-même qui ne suis pas lunatique même avec ma paire de lunettes …

Aussi, je décide de l’enchaîner (le dictionnaire, pas la lune) à son étagère.

Dans la nuit en cours, un fracas suivi d’un grondement puis d’un tohu-bohu … me déboussole le réveil créant un tourbillon d’angoisses à la limite des contraintes acceptables pour un esprit sain…

Je me lève tant bien que mal que mes draps veulent me retenir que je les traîne à mes jambages vers ma bibliothèque à la valeur de la faire vivre … de toute une vie…

Je n’en crois pas le tréfonds de mes pupilles. Ils sont là, sur le parquet, froissés, tordus, dévisagés, dépliés … mes livres … me dévisagent … de couvertures …

Je suis détroussé de mon sang. Ma liberté d’agir est clouée. La tétanie est maîtresse de mon corps et ma raison est en déphasage. Un appel de loin se déploie dans mes neurones. Des douleurs intercostales m’envahissent, je plie moi aussi et mes genoux font de même. Me voilà une sculpture organique marbrée de la panique «clouteuse».

La voix se fait plus précise. Une verve que je crois comprendre et qui m’échappe comme du sable dans un sablier. Et au moment le moins propice à comprendre mon état … une lueur d’une diode mille watts me flash.

Je suis dans le vortex des livres. Impressionnant à me faire éclater les veines du cœur. A m’estampiller d’une malédiction jusqu’à la génération de la dernière lettre de notre alphabet.

Et là, j’entends, telles des cascades :

— JOYEUX NOËL!!! ON T’AIME !!! s’exclament tous les livres…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Mon sourire bicarbonate

Atlas nautique du monde composé en 1582 par le cartographe messinin Joan Martines

Atlas nautique du monde composé en 1582 par le cartographe messinin Joan Martines

Agenda Ironique Décembre 2019


Vendredi 5 octobre 1582. Je me réveille ou crois me réveiller. J’entends au loin une corne de brume et ce n’est pas un rebec, quoi que… Je me lève de ma paillasse. Il fait humide et mon rat colocataire fait le beau sur ses deux pattes arrières pour me réclamer, comme tous les jours son Noël, un morceau de mon pain de sarrasin que je planque dans mon bahut endroit peu coutumier de son utilité de garde-manger mais seul endroit contre ce genre de rongeur sympathique mais égoïste.

Aujourd’hui, j’attends une bonne œuvre, comme tous les mois et comme chaque jour je m’agenouille et récite le Sub tuum præsidium face à une ouverture d’une demi-coudée royale de long sur une de large aux barreaux bien ancrés sur ce jour qui se lève bien trop haut pour distinguer une possible civilisation où seuls le ciel et un peu de soleil me font la courte-échelle pour les apercevoir.

J’existe encore dans cette prison parce que j’ai l’espoir d’en sortir, peut-être demain peut-être pas, et mon paquet attendu est devant mes yeux. Je l’ouvre lentement, ce sac en toile de chanvre. Il y a du boucané, miches de pain, quelques racines, des œufs et poissons séchés et un pli un tantinet dégradé au sceau inconnu non décacheté. Étrange. Je pense : carte au trésor, carte d’évasion ?

J’enferme mes modestes nourritures, range mon unique livre et mon céans se pose sur mon pliant faudesteuil puis je déplie le pli de huit délicatement sur mon bahut. A cet instant tout s’arrête, même mon rongeur de grignoter son morceau de bois favori, le suintement des épais murs se sont figés, mon gardien posté à ma porte-barreaux montre le dos rond, il ne manque qu’une belle lumière pour découvrir mon visage radieux, mon sourire bicarbonate.

Et là-devant moi, une carte marine, d’un nommé Joan Martines, au nom de code Sasthas Oka à la signature reconnaissable par son SO en filigrane. Je suis perplexe et une énigme comme un gouffre insondable du questionnement s’impose à moi : à quoi peut-elle bien me servir ? A rien ! Ou bien, à rêver d’une terre lointaine inexplorée, mystérieuse, insoupçonnée, ignorée, inaccessible comme l’âme de mon rat qui me regarde incrédule et reprend son machouillage de bois et mon gardien qui se redresse, se retourne, son visage ironique, son sourire édenté à peine visible sous ses moustaches et barbe crasseuses.

Comme dit l’expression, je n’ai pas été nourri dans une bouteille (1) et sans être tatillon, tous ces traits itinérants, ces rosaces, ces bateaux, ces noms inconnus gravés, est-ce l’Enfer ? Mon enfer, à moi, je le connais, on s’est adapté. Est-ce mon épreuve ? Est-ce mon ultime pénitence ? Ainsi, un démon humain aurait-il par effet de provoquer mon inquisition, à me provoquer, à me détacher de ma croix ? A expurger mon âme, mes bonnes prières par la tentation ?

Je m’agenouille aussitôt et prie avec ferveur à haute voix. Et si ? Eh oui ! Je me relève. Je comprends. Mes yeux sont embrasés aux signes cabalistiques dissimulés avec talent sur cette carte. Je sors ma plume, mon encre, les feuilles de mon bahut, mes cierges d’abeille, et fiévreux, j’écris ce qui semble la Vérité qui m’est délivrée, à moi. A cet instant, je deviens le détenteur d’un secret.

L’obscur s’impatiente et la lumière crie son dernier appel. Je viens de découvrir la Vérité. Cette Vérité dessinée sur cette carte. Carte qui … devient soudainement brillante. Un maléfice ? Cette carte est maléfique ! Voilà, j’ai compris. On a ourdi contre moi. On veut me faire devenir fol.

Mon cœur bat irrégulièrement, mon souffle s’éprend de rester enfermé en moi comme moi entre ces murs. J’essaye de crier. Rien à faire. Mes yeux brûlent… mes narines sont en feu… ma gorge gonfle par mille piqûres de scorpions… je me tétanise… bave par le nez …

— Eh bien, il a son compte.
— Oui, gardien, il y a son compte.
— La carte a diffusé une poudre incolore hallucinatoire et toxique.
— Il l’a bien mérité, ce bâtard, amant de la première dame de la cour de notre Seigneur, mon épouse.

Jeudi 14 octobre 1582, mort d’un homme à l’épitaphe gravée sur une plaque de bois par une inconnue : ma passion est mon crime, ma prison est mon aventure.

(1) : élevé dans l’ignorance

(si vous avez un peu de temps : pouvez-vous me dire pourquoi, cette histoire, dans tous les cas, ne peut exister ?)

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Le froid pince le pauvre dans ses moindres recoins

Photographie de Brassaï - Deux clochards - boulevard Rochechouard - Paris - 1935.

Photographie de Brassaï – Deux clochards – boulevard Rochechouard – Paris – 1935.

Blog de girlkissedbyfire Défi 52 semaines N°50 le mot : froid


Le froid pince le pauvre dans ses moindres recoins
Et sa peau se violace sous le carton de Noël glacé
Et les cotillons en feu d’artifice en famille bien loin
De lui autour d’une table garnie de tout entrelacé

De cadeaux et nourriture dans la chaleur d’aimer
Il est cette solitude clouée au sol de l’indifférence
Le souffle de vie comme une option mais emmuré
Au-dehors par les invisibles regards il y a urgence

A relever les hommes de la terre par les blessures
De la différence dans la maison du cœur de l’humain
Une place est toujours à résidence ouverte à nature
D’espoir de sauver l’humanité entière par une main … tendue !

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Vous avez dit Noël ?

Dessinateur Mark Lynch

Dessinateur Mark Lynch

Il ingurgite le froid par sa bouche édentée. Son nez atrophié par une récente bagarre est un morceau de rocher gris, strié de noir, prêt à tomber comme un fruit, sur le tard !

Il erre comme un fantôme sur un trottoir. Renverse une poubelle, éventre le contenu d’un sac, fouille, mange un restant de poire au chocolat, crache une odeur tenue !

Il s’assoit sur l’un de ses bancs habituels. Puis s’allonge. Tousse. Ferme ses yeux brûlants. Il dort comme un gisant. Il rêve d’un hôtel. Tombe du troisième étage. Se réveille tremblant !

Il marche, il marche. S’écroule devant une porte. Un père noël passe. Lui offre une bouteille de vin. Ils parlent de ce jour de fête. Des mots, le réconforte.

Le clochard boit. S’endort. Et meurt, sans lien !

©Max-Louis MARCETTEAU

 

©Max-Louis MARCETTEAU

Enfants

Oeuvre de noorl3yoon.deviantart.com intitulée unbreak_my_heart

Oeuvre de noorl3yoon.deviantart.com intitulée unbreak_my_heart

Combien d’enfants dans le monde sont des âmes perdues ?

Combien d’enfants sont militaires pour un pays sans avenir ?

Combien d’enfants crient la nuit par les cauchemars d’abus ?

Combien d’enfants crèvent de ne pas rêver d’un jouet à tenir ?

Combien d’enfants regardent un parent mort dans la rue ?

Combien d’enfants se lavent dans une douche désespoir ?

Combien d’enfants alimentent les fantasmes sur les trottoirs ?

Combien d’enfants sont mutilés par les idées en tirs d’obus ?

Combien d’enfants se meurent par le manque d’amour à vêtir ?

Combien d’enfants travaillent de l’aube au crépuscule, battus ?

Combien d’enfants n’ont plus de larmes à rire pour guérir ?

Combien d’enfants ne verront pas demain par une nuit corrompue ?

Combien d’enfants n’auront pas de Noël ?

©Max-Louis MARCETTEAU