Au crayon gras du silence de la feuille

Photographie Iotop 2022

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Je traverse cette rue blanche comme une vérité qui file entre les doigts et essaye de retenir du sable aussi sec que la gorge qu’il l’a formulée aussi ronde que la Terre est ovoïde à portée de main au crayon gras du silence de la feuille lissée de ses lignes par l’automne hors d’âge.

Quand un bémol trottine à quelques pas de moi et semble s’intéresser à ma lumière entre les interstices de mes mots :

— Vous êtes de passage me dit-il ?
— Je le suis.
— Pour longtemps ?
— Qu’importe le temps si son heure n’est pas piquée.
— Vous ut une renommée me semble-t-il ?
— Il paraît.
— Vous étiez mineur de fond ?
— L’écriture porte mine à l’anthracite des mots qu’il faut tailler et faire briller.
— Vous étiez de ce canon qu’il fallait atteindre…
— Les voie des mots sont pour chacun de nous.
— Et qu’en est-il maintenant ?
— Je me demande ce qui vous interpelle en moi, vous le demi-ton.
— Je suis votre signe…
— Mon signe ?
— Oui, celui qui vous fera rencontrer la partition de votre vie.
— Quel étrange signe vous faites…

A ce moment précis je me réveille au strident… de la porte d’entrée.

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Le parloir du Temps

Photographie Céline 2022

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Le Diable ce matin-là, prenait son petit déjeuner et comptait sur le boulier de service le nombre d’arrivants tandis que Dieu en face de lui décomptait ceux qui n’avaient plus rien à faire à la Maison Paradis tout en grignotant une pomme…

L’ambiance était bon enfant. Quand un oiseau se posa sur l’épaule droite du Diable. Dieu leva les yeux, pointa son index en direction de l’oiseau et le Diable fit pivoter ses yeux de quatre-vingt-dix-huit degrés.

— Étonnant ! s’étonna Dieu, monothéiste pur et dur.
— En effet ! convenait le Diable, habillé ce jour-là en Arlequin.

La journée et les années passèrent ainsi : l’oiseau sur l’épaule du Diable.

Au moment du coucher (une fois par mille ans, pour les puristes théologiens), la lune accompagnait Dieu et Diable (il n’y a pas de tour de garde) à s’enfoncer délicieusement chacun de leur côté dans un lit moelleux : l’un au duvet des bienheureux et l’autre aux piquants des malhonnêtes, tandis que la nuit (en contre bas), elle, faisait son office au moment où le jour prenait son tour de veille. Ainsi à chacun sa mission et pas l’ombre d’une dispute, au silence comme gardien.

Ce jour-là, l’oiseau piailla pour la première fois, déboussolé que son perchoir ait une autre position, incongrue… qu’il s’essaya à déplacer.

— Ooooooooh ! dit le Diable, joignant le geste à la parole se débarrassant du volatil tournoyant autour de son auguste composante démoniaque et infernale, et se retournant dans le lit, dérangeant Dieu qui grommela en un juron et une bénédiction tout en s’exprimant :

— Alors ? Qu’es-ce ce raffut ? Je voudrais bien dormir en paix.

Et le parloir du Temps s’activa en alarme, premier devant le prie-Saint à la croix du martyr qui se réveilla, soupira, se leva, enfila sa robe de bure violette, chaussa ses caligæ et s’informa de l’incident au prêt de Dieu.

— Qu’est-ce, Dieu mon père à la trinité bien sonnée ?
— Met-moi… à distance ce volatile infernal… que je puisse hiberner en sainte tranquillité.
— D’où sort-il ?
— Je n’ai pas la genèse de cet… emplumé !
— Mon Dieu, vous exprimez là un mot déviant.
— D’Évian ? Je ne vois pas le rapport avec cette commune thermale !
— Ne soyez pas espiègle, Mon Dieu.
— Dites, ne jouez pas au directeur de conscience… allez, hop, il faut me virer cet oiseau là…

Et malencontreusement le doigt de Dieu désigna le Diable en même temps que l’oiseau passait sur la tangente du regard de celui-ci.

— C’est moi que tu veux chasser ? dit le Diable qui se voyait désigner comme indésirable.
— Mais non ! informa très justement Dieu, béatement.
— Comment non ?
— Bé non, ce n’est pas toi, mais l’oiseau.
— Il ne te plaît pas, l’oiseau ?
— Il me gêne pour m’endormir.
— Moi pas !
— Dis, tu vas t’y mettre aussi, hein ? J’ai déjà le saint martyr sur les bras…
— On dit ça, on dit ça…
— Comment, on dit ça ? Clarifie ta pensée !
— Non !
— Comment : non ?
— Ce n’est pas assez clair comme refus ?

Depuis la discussion s’éternise quand les exégètes considèrent ce moment-là comme l’oiseau de la discorde… et de ce temps, le monde … de bien et de mal ne savent plus à quels saints se vouer…

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Au transport de mulots musclés

Photographie Iotop 2022

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Un chat de belle prestance et de bons poils… entretenus, attendait … sur son banc titulaire le prochain passage d’un volatile ingénu comme une première neige qui ne sait pas encore qu’elle sera le jouet d’une boue de caniveau …

Le félin locataire d’un chinois naturalisé par défaut russe de tenir une cantine de travailleurs aux ordres d’un collectivisme de bon aloi de besogner jusqu’au dernier os valide sur la reproduction d’une seule rose… sombrait dans un rêve qui franchissait par curiosité le seuil d’un cauchemar anodin…

L’espace s’ouvrait, à qui savait l’interpréter, sur un immense champ unifié par une seule couleur verdoyante et en son centre, qui paraissait naviguer à vue, une énorme meule de foin dont l’extrémité clignotait tout de blanc, se déplaçait au transport de mulots musclés…

Dans son sommeil le matou frétillait ou convulsait des membres quand son museau menu et rose troussait ses babines blanches par l’action neuronal déphasée de l’incongruité de la situation qu’il se voyait à croquer quelques rongeurs qui riaient comme des damnés les incisives en sang et le chinois en garde poules…

Le chinois propriétaire du félin jardinait à quelques vues du banc. Il souriait des soubresauts de son greffier, un bon chasseur qu’il gardait par pur intérêt. Sa jeune femme, enceinte de quelques lunaisons, qui l’aidait d’une binette, ne souriait pas de l’agitation de ce grassouillet et profiteur serial killer. Elle pensait au mieux à le soustraire par une punition radicale que le mitonner avec de bonnes herbes pour le meilleur.

Le chinois mari connaissait l’aversion de sa tendre épouse, Tiān Shǐ, pour son quadrupède qui à cet instant animal et d’instinct de survie que la binette allait lui trancher possiblement sans certitude pourtant affirmée son fil de vie qu’il se réveilla pour agresser en un ressenti d’une légitime défense la bipède dans un sursaut que la demi-seconde elle-même fut surprise de la rapidité de la manœuvre que répondit dans l’immédiaté une main poignante et marrie qui lui rappela son rang de mammifère… dans la chaîne alimentaire….

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Le pragmatisme de l’acte charnel

Photographie de Dmitriy Krasitsky

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Aux retrouvailles tous les souvenirs sont là comme le filet à provisions, il y a des ingrédients qu’on apprécie et d’autres moins mais indispensables à la préparation du plat considéré.

Après un confinement sexuel, il était évident qu’il me manquait : le jouir pleinement et en nature comme l’on pourrait dire en toute élégance.

Ces retrouvailles ont été un fiasco. Normal. La hauteur de mon engagement n’était pas à la hauteur de la personne. Un déphasage et des attendus divergents. Rien n’est moins simple de satisfaire autrui (et inversement) par toutes les exigences qui s’enfilent comme des perles dans un collier. Je décidais de prendre une autre direction.

Le cœur étant mis de côté, le pragmatisme de l’acte charnel à venir était important pour ne pas s’égarer sur une relation tendue sur un fil funambule qui a tout moment pouvait rompre. Aussi, la distance entre point de départ et point limite définissait le périmètre à explorer pour découvrir ce qui pourrait m’enchanter. En effet, plusieurs dizaines de kilomètres carrés paraissaient une belle surface, cependant avec une idée précise non négociable de ma recherche : 1,75 m, 95C, blonde (et autres critères sur ma feuille de route) rien n’était moins sûr de trouver la correspondance à cette prétention, mais l’espoir fait vivre, paraît-il. Amen.

En prenant en compte mon portefeuille qui n’était pas extensible et le téléphone en poche, j’effectuais mes recherches ardemment. Je m’informais, contactais, visitais, prenais notes. Plusieurs semaines entièrement consacrées à la poursuite de la femme idéale à mon envie sexuelle, j’abdiquais un beau matin, devant ma glace à doubles reflets. Je me questionnais. J’admettais que je faisais le difficile.

Je décidais de prendre le train de la raison. J’embarquais pour un pays fabuleux, non pas imaginaire mais celui qui me permettrait le baiser attendu, et tout le reste pour ma plus grande joie sexuelle. Ce pays était pourvu ce dont je recherchais. Il n’était pas aussi loin que je pouvais le croire à mon grand étonnement, il s’appelait : La Fraise, un magasin qui fabriquait et vendait… des poupées gonflables…

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Le silence regarde le cadavre tout chaud

Photographie Iotop_2022

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— La pluie arrive de l’ouest …
— Tu pars quand même ?
— Il faut bien partir un jour, non ?
— J’sais pas… il faudrait bien que tu restes… non ?
— Tu sais, dans ta vie je ne suis qu’un petit caillou, rien de plus…
— Qu’est-ce t’en sais ? hein ?
— Je le sais, c’est tout et je te connais… je ne suis pas un gars pour toi…
— Qu’est-ce que tu connais de ce que j’ai au cœur et dans mon ventre eux qui me disent tous deux que tu dois rester…
— Je pars, c’est tout…. tu sais que c’était convenu…
— Oui… je sais, mais bon… j’ai… j’ai mal… pas toi ?
— Les choses sont comme ça, c’est tout…
— Tu emportes ta belle plante anémone avec toi… et tu me laisses ? C’est injuste.
— Injuste ? Enfin, on a bien décidé trois mois ensemble pour engagement pour une coloc et ensuite je partais… enfin, on a couché quelques fois… voilà, s’est terminé, je pars… et puis laisse moi mon anémone. Elle est malade
— Malade ? Tu déconnes là ?
— Tu vois bien, elle n’a pas la grande forme…
— Et moi ?
— T’es pas une plante !
— Raison pour que tu restes !
— Ce n’est pas la question… de toute façon… je t’aime pas…
— Est-ce que je te demande ce genre de verbe au présent ?
— J’en sais rien… j’m’en fous… t’es trop compliquée…
— Et t’as plante, elle n’est pas compliquée, elle ?
— Je l’aime, elle !
— Quelle excuse à la noix quand tu peux avoir une femme à toi !…
— Laisse-moi passer…
— Non !
— Aller… et puis lâche ce fusil…
— Non !
— Mais il y a des millions de bons hommes!… fait ton choix…
— Je t’ai choisi…
— Bien ma veine… j’ai gagné le gros lot, c’est ça…
— J’ai un secret à t’avouer.
— Je ne veux pas de ton secret, jamais !… tu entends !… je ne veux rien de toi !… rien de rien !

Et pour toute réponse, elle tire à bout portant. L’homme s’écroule en lâchant le bocal d’eau, habitât de l’anémone, qui se brise aux pieds de la femme.

Le silence regarde le cadavre tout chaud, tandis que l’anémone, périssant et amoureuse, injecte sur les jambes de la meurtrière sa toxine mortelle…

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Pour faire fleurir la tristesse

Photographie Iotop 2022

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Le pétale rose est morose sur son balcon au regard lointain défiant la forêt de toitures qui semblent une peinture indélicate trop grise pour que le ciel s’en offusque lui qui a de sa préférence le nuage cirrus…

L’Astrolabe, son voisin, installé sur la petite table verte bien en fer, est silencieux et semble trier ses souvenirs tel l’humain assis près de lui avec son kilo de lentilles à départager l’ivraie avec une loupe, son troisième œil…

Paul entend sa Tentacule, sa voisine de palier, jouer de l’Orgue qui semblait pleurer d’une larme à une autre pour faire fleurir la tristesse en cet après-midi qui semble s’étirer sur le bord du rien sur le bulbe d’étrave fendant le néant…

Exergue qui fumait sur le balcon, le compagnon de Tentacule (pas du balcon), dit à Paul :

— J’ai cerné le pourquoi de la question.
— Quelle question ?
— Les gens
— Quels gens ?
— Oui, les gens qui passent, là, en dessous, sur le trottoir du côté de l’ombre alors que le soleil sur l’autre trottoir personne ne s’y aventure…
— Ah ? Et ?
— Eh bien, c’est la volute de l’escargot géant planté comme une stèle sur le trottoir ensoleillé qui pose question, tout simplement !
— Ah ? et les gens ne semblent pas apprécier et ils changent de trottoir, c’est ça ?
— Oui…
— Dis-moi, tu prends toujours tes médicaments pour les hallucinations ?
— Oui, pourquoi ?
— Non,comme ça, pour causer, pour le pourquoi de la question qui… me posait question….

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Du questionnement en granulat qui mijote

Photographie Iotop 2022

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— … et il y a du ciment de la vie, comme des copeaux de moqueries, qui vous pénètre dans l’âme assise devant l’âtre flambant neuve du questionnement en granulat qui mijote tranquillement !

Ce ciment malaxé dans la bétonnière du monde civilisé grandi par les lois qui développent le sens aigu de la morale bien mise, propre sur elle, qui se targue d’être à la hauteur de son dévouement pour le peuple à remettre sur le droit chemin pour le bien collectif tandis que l’individu pachyderme par essence de se reconnaître comme libre n’est qu’une tare qu’il faut éduquer pour son bien-être !

Un exsudat poignant qui valorise l’air insipide que je respire par défaut se vaporise autour de moi : la Liberté. Cette liberté, encore, de pouvoir dire avant que le macronphage prestidigitateur ne dépièce la totalité de l’espace nourrissant d’un libre ensemble et pas au travers d’un prisme déformant d’une réalité ou d’un tamis qui ne laisserait passer les uns, ici et les autres, là !

Point d’estrade pour clamer haut et fort crescendo le dire à l’humeur de la liberté d’expression…

— Bon ! Coupez !
— Mais, je n’ai pas terminé…
— Qu’importe, votre temps de parole est mesuré !
— Mais, je n’ai pas terminé…
— Il radote le candidat… comme il s’appelle déjà ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Se goinfrer jusqu’à la taille

Photographie de Magali Landry

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Place Napoléon, les pigeons picorent et les humains pérorent, premier coup de semonce, les miettes de pain et de paroles jonchent les pavés disjoints, faces polies vérolées, un homme attend assis sur un banc vert de fer, le cœur noué et le bas-ventre affamé.

— Alors, mon gros Chat, tu m’attends sagement ? annonce une femme élancée blonde d’ici à là.
— Non, je tue le Temps… grogne l’homme qui se lève telle une plante carnivore.
— Encore un innocent qui trinque.
— Ironie… le Temps n’est jamais innocent.
— Et toi, le Tartempion de l’amour romantique, tu crois pouvoir tuer le Temps et aimer ?
— Que cela t’importe, je t’aime avec mon égoïsme et te tuerais d’autant en sa compagnie.
— Holà ! Marchons, mon gros Lapin, tu vas détendre ton inspiration nuisible.
— Prenons table et mangeons à se goinfrer jusqu’à la taille.
— Prenons lit car ton appétit est bien à ce niveau là…
— Comme tu veux, mais garde tes excès.
— Tu es mon épée, je suis ton fourreau…
— Quelle rengaine !
— Jeu de mots ou envie de monter à la charge ?
— On prend ma voiture et direction une chambre d’hôtel…
— Tu feras de moi ton autel, mon gros Basilic.
— Gourmande assoiffée de toi…
— Non ! de toi, mon gros Grognon…
— L’hiatus se porte bien en ton domaine.
— Je porte bien en bouche, tu le sais mon gros Grizzly
— Tu portes tout en toi ce désir charnel et de débordements.
— Je suis ta fontaine de jouissance et te livre mon corps encore comestible.
— Viens ici ma Cigale que je te dévore…
— Oooooh, oui mon gros Criquet !

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Douleur rapiécée de toutes parts

Photographie de Dmitry Arhar

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Bienveillance, peignoir serin et visage au fard avenant, fait face à la Douleur rapiécée de toutes parts, installée sur l’une des étagères des griefs, entend le premier mot de celle-ci :

— Alors ? dit Bienveillance
— Le Silence est en retard et la Mort a passé sa journée à bourlinguer et boire plus que de raison… c’est un monde…
— Dites …
— Quoi ?
— Vous entendez ?
— …
— Vous entendez ?
— Non, rien.
— Des clapotis
— Du Morse ?
— Vous y allez, vous…
— Les secrets parlent entre eux…
— Vous êtes à la Rêverie du dernier étage, là !
— Ce n’est pas mon rayon, vous êtes au courant, non ? Si mon compagnon de route Cauchemar se réveille, c’est pas du Morse que je vais prendre…
— Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ?
— J’en sais rien ! On attend.
— Il est comment son regard ?
— Entre deux eaux.
— Ça veut rien dire !
— Oooooh, un peu de bienveillance, hein !
— De toute façon à son niveau, le graphique est clair comme de l’eau de roche.
— Et vous me dites à l’instant, que ce que je dis, ne veux rien dire, et vous faites pareillement !
— SILENCE ! dit Silence.
— Ah! vous voilà, vous ! grogne Douleur.
— Eh bien, c’est pas trop tôt pour que nous fermions le ban ! dit Bienveillance.
— Nous voilà tous réunis, annonce solennellement Silence sans préambule, Nous Triptyque faisons attestation devant la Mort – quand elle aura l’aimable envie de se proposer au plus tôt – du décès, ici présent du bipède humanoïde déguisé …

Et la Bienveillance de rajouter :

— Les clapotis… le claquement de ses dents… au clown…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Je m’appelle Sylvestre

Photographie de Megan Rayner

Blog oulimots contrainte écriture


— Tu as de drôles de yeux… on a l’impression que tu viens de naître…
— Arrête de consommer des phrases qui ne veulent rien dire…
— J’ai cette envie de ronronner auprès et tout en toi…
— Laisse-moi, nom d’un chien…
— Fait pas la greluche du camping sans étoiles…
— Tu me saoules… je suis à saturation
— Ne t’enroules pas dans les draps du déni de notre amour naissant quand ta nudité transparente le gadin de la vieillesse déjà paraît …
— Arrête !
— Ta voix est une bouillotte qui pique l’épiderme de ma sensibilité… tu le sais ?
— Enfin ! regarde-toi… ta bedaine comblée, tes poils indécents, tes bras branchés sur un tronc trop long, tes jambes déplaisantes sans mollets…
— Tu deviens grossière …
— Non, j’imite un pot de colle, toi !
— Tu es ma pouliche préférée avec ce chanfrein tout particulier de ton visage chevalin…
— Mais quelle idée de t’avoir dit oui… quelle idiote je suis…
— Parce que je m’appelle Sylvestre… tout simplement…
— Eh bien, on peut dire que tu n’es pas le meilleur plat de réveillon qui ait transité dans mon lit…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

L’âge se regarde dans la glace

Photographie de Stanislav Istratov

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L’âge se regarde dans la glace

Tout est perdu, se dit-il, le soleil dans le dos et la musique au bord des larmes.

Les yeux de l’homme, sombres, s’éclairent.

Il ressent dans sa poitrine des coups comme celui d’un martinet en manque d’action.

L’homme s’assied sur la lunette rabattue d’un wc.

Il tient à jouer à la roulette russe : un revolver, une balle.

De son autre main, une photo.

Un dernier baiser factice.

Position du soumis à sa volonté qui tient boutique jusqu’au dernier instant.

La détonation n’aura pas lieu.

Il n’a pas entendu.

De toute façon… il est mort…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

L’herbe n’est pas folle

Photographie de Ilia Ratiani

Blog oulimots contrainte écriture


Le dégorgement du Temps sur le plateau de l’indifférence… La poule rêveuse pond son œuf au plat sur la paille… L’herbe n’est pas folle devant la lame kamikaze de la tondeuse…

Et la parataxe s’enroule dans son hamac quand la synecdoque se réveille sur l’arête de la ligne au voyeur point compétiteur d’être un jour point final…

Le stylo à bille malaxant de bas en haut et de haut vers le bas trop bas son cylindre qu’intervient la pensée d’un luthérien ancrée dans sa profondeur stylistique :  » Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. » *

La page encaisse toutes les billevesées, incertitudes, rêveries,fautes et autres mots des dictionnaires et ceux qui n’existent pas comme une damnation…

Page offerte a la ritournelle d’un musicien a la dictature d’une note à l’administration à la baguette à la politique d’un instrument à la voix d’aimer à claire-voie…

Page qui n’a aucun répit à la fois possédée et dépossédée figurée et défigurée elle n’échappe pas à sa condition enclavée entre le déchirement et le froissement…

Page mille morceaux la plus belle est déposée dans un carafon céladon et distillée par l’amertume d’une oraison un soir de pleine Lune sur le rebord d’une marge à la verticale de sa carotide prête au sacrifice…

Page… tu acceptes tout… même le déchirement… comme nous…

*: Martin Luther

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Abandonnant mon bio-xy-lol au placard des orphelins

Blog oulimots contrainte écriture


Il m’avait dit :

— « Allez tout droit en suivant les virages ! »

Et il avait rajouté :

— « Le temps s’augmente lui-même »

Il disait, que tout cela, n’était pas de lui, mais d’un livre au titre étrange : « La PENSÉE de l’OrdRe ». Il résumait ce livre comme étant l’indécence suprême de l’élévation de l’homme sur l’humain et une contestation franche sur le progrès élément de confort à tous les niveaux des sociétés qui pouvait se le permettre.

Je ne comprenais pas très bien la tournure de ce résumé, moi qui fractionnais ma vie par étages, mes pensées par escaliers, et encadrais ma raquette de réparties sur le fronton de mon audace.

Il s’était présenté fort et les gants de velours pour me convaincre que sa poignée de main était sincère les yeux dans les yeux je buvais avec lui du jus de pomme abandonnant mon bio-xylol au placard des orphelins.

J’ai lu pour lui le fameux best-seller : « Le Bonheur frappe l’Éphémère » en trois tomes développant ainsi mon appétit pour le petit rien qui s’installe dans le modeste ascenseur social mais pétillant de ma vie.

J’avais changé le programme de mon éducateur interne et la pile de ma structure de données de cinquième niveau pour réussir une part de mon existence qui me paraissait un peu trop rose selon les critères de la nouvelle gouvernance autocratique du moment…

Et puis cette juridiction avait estimé qu’IL était persona non grata, LUI qui était le dernier de son rang d’un monde encore biologiquement viable…

Aujourd’hui, il est devant moi, transparent… dans un tube.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Septantaine au quart du dernier

Image porte à seuil – Iotop 2021

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La Mort habille le mort sur l’horizon marbré à l’heure du sept du matin au chant du septain :

La septantaine au quart du dernier
Les yeux exorbitent aux souvenirs
D’une blonde romance toute chenillée
Sourit au clair de lune à fleur d’élixir
S’impose au défunt à la bougie de vie
Dépouillée de son socle au seul cri
Retentissant de vouloir renaître … au pire…

La Mort le prend sur ses épaules et récite ses litanies des septembrisades qu’elles filaient sur une traîne de comète blanche feu son tissu des heures noires.

A la septénaire de marche elle dépose son fardeau la tête au septentrion croise les pieds les mains et une prière au seuil d’un septembre résigné à devoir laisser une place et encore une sur sa parcelle de terre.

Elle lève le drapeau septicolore et pince une dernière fois la joue du mort… comme signe de bonne route.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Trois cent quatre-vingts volts d’Art

Oeuvre Dmitri Orechnikov

Blog Oulimots contrainte écriture


J’ouvre ma galerie tous les jours à vingt-trois heures et boucle à six heures le matin au premier appel du sommeil vendeur de sabliers … neufs.

Je n’attends pas l’acheteur providentiel illuminé tel un moustique qui tournerait indécent sur les œuvres exposées, ni l’amateur éclairé par l’épice de l’ignorance fleurie du sourire entendu et l’oreille sourde, ni le spéculateur à l’outrage mercantile sur l’étal de son portefeuille printanier et moins encore du noctambule possédé de la flamme sortilège d’avoir découvert un nouveau bar branché aux trois cent quatre-vingts volts d’Art couleur Trou Normand à siphonner comme un Utrillo …

J’attends l’instant où, il ou elle franchira le seuil à l’heure attendue par le Hasard à se frotter les deux Virgules de l’Improbable sur le lit Point final qui s’enferme dans la malle avec le garçon d’ascenseur et danse avec l’Occasion de la Rencontre au goulot bien proportionné de la bouteille de whisky de compagnie de belle robe à décolleté avantageux de son degré d’Amour…

J’attends l’Ombre qui annonce sa Lumière écarlate sur le mur toilé de vies dessinées comme des épitaphes qui brûlent les yeux et les mains qui tâtonnent sur les lignes courbes d’un semblant de corps qui est le mien par mon infortune de ne connaître le tien …

Il est vingt-trois heures quatre, une nouvelle nuit … je fais ma prostitué…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Mon sang qui n’a rien de vraiment rouge

Blog oulimots contrainte écriture


Aujourd’hui je m’embarque dans l’un des trente-trois wagons d’un train en partance pour l’inconnu.

J’installe ma modeste personne dans un siège au confort pilote de ligne le café en moins et la perfusion en plus.

J’avoue avoir été condamné pour non respect du code ZE-RT-1.02.4587M

J’assume cette punition.

Je respire à la façon d’une chrysalide et m’endors tel un chat en fin de vie à l’intérieure d’une solitude bien ancrée dans les profondeurs connues de moi seul pour une chair trop froide pour réchauffer un cœur à demi éteint en compagnie du malaise à fleur de bouche que dessinent des lèvres salées au service de larmes en cristal faisant l’écho aux jointures des articulations craquantes et aux grincements de mes frissons intermittents…

Un sautoir de surveillance gère la transition du réel vers l’improbable voyage qui m’attend.

L’injection du produit rugueux perle se mélange à mon sang qui n’a rien de vraiment rouge.

Mon insomnie coutumière s’est diluée au contact de mon ex-angoisse et toutes deux mains dans la main m’ont souri comme un dernier adieu.

La vitesse de mes synapses synthétiques augmente graduellement et s’échauffe à la rencontre des origines qui luttent jusqu’à la perdition de leur substance nutritive de ma conscience.

Les heures diaboliques se débarrassent de mon existence authentique de l’envie qui se fane sur les lobes de mes entrailles et je vomis ma sainte lucidité comme le dernier rempart de mon libre arbitre.

Je reviens à moi lessivé avec un nouveau code d’identification.

Je suis à présent un citoyen… sain.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

L’alcôve de l’amour nous met en branle

Photo de Philippe Images – Grâce

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Toute femme est une eau vive … faut-il trouver sa source. Et je n’ai pas scrupule à vous écrire que j’ai découvert des eaux vives à des endroits bien différents …

Si toutes les femmes sont belles quand on les aime … il y a une part de moches même si le cœur est paraît-il beau, ça n’illumine pas le désir soyons honnêtes devant la glace qui nous sourit …

L’alcôve de l’amour nous met en branle pour tenir les promesses sensuelles et les succulents moments qui se tiennent pour ardents comme le feu attise l’appétit d’un sirocco …

Et le rustique s’éprend de la chair devenue animale par effet dévorant l’oxygène développant des audaces des ardeurs des tentations dépossédées de la pudeur qui se découvre en ses retranchements comme tout … le monde …

La poésie s’épanche de sa coloration naturelle, et les onomatopées prennent toutes leurs places …

La prose, elle, bouillonne au parfum vétiver dans son coin … à écrire ce qu’elle ne connaît pas… s’écrit-elle par élégance

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Ce vaisselier centenaire me scrute

Ce vaisselier centenaire me scrute

Oeuvre de David-Germain Nillet – La soupe.jpg

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A l’heure de mon repas journalier ce vaisselier centenaire me scrute de ses yeux vitreux … et ce canapé… je l’entends crier à chaque fois que les griffes du chat lui triture la caouane couleur bleue de son teint …

Ma soupe est chaude et je réfléchis la tête … de la cuillère dans le bouillonnement … elle ne souffre pas … elle …

La lampe du plafond, allumée, la vague d’un tungstène dans l’âme :

— T’as un souci, Paul ? me dit-elle.
— Je souhaite l’oubli.
— Tu souhaites de l’aide ?
— Non.

Et ma cuillère fait dos rond… c’est louche …

— Tu fais ta forte tête ?
— …
— Ne me réponds pas !
— J’en ai ras la soupière …
— Et moi ras l’assiette creuse de tes bouderies …
Cesse ! .. de me mordre les rebords !

Cela dit, elle n’a pas tort. J’ai le dentier du haut qui racle et qui râle en fond de gorge comme un écho.

— Je te côtoie tous les jours et …
— Précise, dit la cuillère en se retournant et me fixant le plein de son questionnement à ras le bord.
— Tu vas retourner au tiroir.
— Tu es abject !
— Laisse-moi exister au lieu de te plaindre chaque jour.
— Tu vas fricoter avec une autre…
— C’est sûr !
— Goujat !

Et … je l’ai noyée dans sa jalousie pour l’éternité.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Une voix posée sur un écho de montagne

Bâtiment photographie Iotop 2020

Blog oulimots contrainte écriture


Je viens de franchir un cap (il n’est pas vert, ni d’espérance). Nuit noire d’été et peur bleue. Un feu rouge à ma gauche. Je marche au-delà de ma nuit blanche. Je viens de traverser la ligne jaune de mon destin. Ici, rue Magenta. Le trottoir fait une vague. Je tousse. Paris comme un fond d’estomac. Je vomis. Rien de bien méchant. Les bières me font pisser au pied de mon néant et le lampadaire approuve en des clignotements intempestifs. Tout est là. Ma vie ne se retourne pas. Je suis né à Lorient, je vagabonde dans la capitale … les odeurs de la misère sont les mêmes.

Il me semble que je lévite au-dessus d’une voiture.

Une église. Saint-Laurent. Cause à effet ? Je suis devenu un saint ? Je suis navigateur, boussole déboussolée, toute vie est insalubre et l’on passe son temps à se nettoyer ou pas. Se laver l’intérieur, je n’ai que mon whisky. Mes pas sont onduleux, mes jambes dépossédées de la gravité, mes yeux déambulent dans mes orbites molles, mes cheveux se hérissent, se mettent en boules difforment, l’intérieur de mon ventre est un sauna effervescent … et puis tout vibre en moi tel un orgasme incontrôlé, le merveilleux me possède totalement, entièrement … je hurle à la damnation …

— Avez-vous un briquet pour m’allumer ?

Une voix posée sur un écho de montagne me fait sursauter.

— Qu’est-ce que c’est ?
— Je suis la Bougie des Marais …
— Une Bougie ? … des Marais ? …
— Oui, tout à fait.
— Je … je crois …
— Ne bougez pas.
— Oui … c’est ça…

A présent, je vois une bougie scintiller qui se dandine devant moi. Je me dis que nous sommes bien allumés tous les deux.

— Ohé Ohé ? Eh Eh ? Monsieur ?
— C’est … c’est vous la bougie ?
— Non, non, je suis un sauveteur, il y a eu un séisme…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

T’as le vilebrequin du cerveau qui déraille

Photographie Iotop 2020

Blog oulimots contrainte écriture


Je navigue à vue. Le penon en berne, les rames sur la grève, le moral dans les chaussettes … trouées … ma vie est un brouillard enflammé qui ne s’est jamais dissipé.

Le verbe éclore est absent de ma vie … je suis momifié avant d’être mort … aucun souvenir même nacré d’un amour perdu…

Ce soir, je suis devant mon velouté de potiron bergamote. Il est vingt heures. Je regarde une chaîne d’info historiquement grabataire, perclus de ses mauvaises nouvelles, figurée d’un buste, d’une voix … mille ans … et pourtant je m’accroche à ce rituel …

Le téléphone sonne (rien à voir avec l’émission de radio quadragénaire). Je décroche.

— Allô ?
— C’est Paul ?
— Lui-même.
— Je me présente, Paula …
— Stop ! Je ne suis pas intéressé par votre pub téléphonique interdite selon l’article L. 223-1 du code de la consommation…
— Mais je suis Paula, Paul ! tu ne me remets pas ?
— …
— Paula ! nous étions tous les deux en intérim dans une boîte de fournitures de bureau au sud de la ville.
— Oui, possible … et que puis-je pour vous ?
— Tu me vouvoies ?
— Je ne suis pas très frénétique, ce soir…
— T’as le vilebrequin du cerveau qui déraille, Paul ?
— Pourquoi riez-vous ?
— Fais pas l’innocent de celui qui ne me connaît pas, hein ! T’as peur ?
— Ce mot m’est inconnu…
— Vantard !
— Demain tu seras morte, tu le sais ?
— …
— Tu ne dis rien ?
— …
— Tu vas mourir d’une occlusion … et tu auras le choix … de l’occlusion …
— T’es vraiment un grand malade toi…

Elle raccroche. Mal polie.

Et je souris. Pour une fois que je peux annoncer une mauvaise nouvelle directement car la vie n’est pas toujours rose, pour nous les suppôts du maître Satan …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020