Impression de sable mouillé dans le cerveau

Couple_photographe_inconnu

Couple – photographe_inconnu

Agenda Ironique Août 2020


Un couple naturiste sur la plage au mois d’août … parmi d’autres…

14h03

— Tu es bien, là ?
— Je suis bien, sur cette plage de sable fin et chaud.
— Ton corps est de plus en plus beau.
— Il en fait qu’à sa tête… pourtant …
— Tu es programmée pour bien vieillir, à pas mesurés.
— Vieillir ou pas, quelle importance.
— La vie ne demande pas ton avis.
— Et si mon suicide était un acte libérateur, un pied de nez à la vie, hein ?
— Alors, ce suicide serait injuste.
— Pourquoi ?
— Y a tant de vies qui veulent se vivre.
— Que m’importent les autres.
— Et moi, je suis les autres ?
— Tu es ce blablabla qui me tient à flot… possiblement.

15h23

— J’ai une impression de sable mouillé dans le cerveau…
— Cerveau ensablé ?
— Hein ?
— Et les oreilles aussi ?
— Non … dimension de tes mots en argile qui se déforment et s’envolent tels des parasols décolorés …
— L’ouïe en noir et blanc ?
— Avalanche de mots sur une onde outragée… je nadir …

16h31

— Je veux entendre ce monde respirer…
— Respirer autrement ?
— Non, respirer avant qu’il meure !
— Ou avant que tu meures ?
— Non, le monde ! même le vulgaire des poissons comme la perche
— Et tu n’es pas de ce monde ?
— Si …
— Alors ?
— Je veux entendre ce monde respirer.
— Et moi ?
— Et toi ?
— Oui, moi !
— Rien …
— Comment rien ?
— Tu ne respires pas.

17h53

— Si j’étais ton horloge ?
— Tu es toujours en retard, alors …
— Si j’étais ton Monoï ?
— Je ne suis pas une pièce mécanique qu’on trempe dans l’huile … tu le sais, ça ?
— Si j’étais ton eau ?
— Tu es déjà tari, mon pauvre …
— Si j’étais une page de ton livre ?
— Tout juste un sixième de ligne…

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Agenda Ironique d’Août de l’An 2020

Plage_ile_Reunion_2008_famille_Iotop

Plage_ile_Reunion_2008_famille_Iotop


Bon alors, je m’y colle pour la troisième fois mais par défaut cette fois-ci et donc moins fébrile en me basant sur le même format. Quoi qu’il en soit je suis heureux d’apporter ma pierre à l’édifice de cet Agenda Ironique qui dure depuis plusieurs années.

Je ne suis pas très prolixe sur ce genre de domaine et pour informations voici des liens (la genèse) : ICI ou ICI
Et celui du mois de Juillet chez : Emmanuel Glais

Le thème : plage

J’explique : je n’aime pas le contenant plage (bord de mer) en général mais j’apprécie son contenu. Cependant, il est intéressant d’élargir le champ : plage, comme par exemple : plage horaire, plage de mots, plage d’un navire, plage de bouteilles, plage de livres, plage de naturistes, plage arrière d’un véhicule … etc etc

Je vous propose de composer un texte (prose ou poésie – long ou court) avec la plage de votre choix (réelle ou imaginaire) et dans le genre qu’il vous plaira (fantastique, utopique, commun, amoureux, journalier, carnet de bord, romantique, animalier, érotique …) le tout … Ironique.

Et pour « faire » bonne mesure, quatre mots imposés :
– Flot
– Argile
– Perche
– Monoï
(vous pouvez les placer dans le désordre ou l’ordre et même en faire des anagrammes ou les triturer selon votre bon vouloir).

Vous avez jusqu’au :
– Du 1er au 26 août 2020
– Vote du 27 au 31 août de la même année.

Faites savoir par un commentaire et un lien quand votre œuvre est en ligne sur votre blog.

Et je fais un récap juste en dessous …

À vos ancres … euh vos encres bien trempées … 🙂

Iotop 2020


1 ) Le 02 août 2020 => texte de Chachashire : Age des gens d’Août onirique.

2 ) Le 06 août 2020 => texte de Iotop : impression de sable mouillé dans le cerveau

3 ) Le 06 août 2020 => texte de Gibulène : Les vacances d’Onésime

4 ) Le 10 août 2020 => texte de Jean-Louis : L’agenda Ironique d’Août 2020  (Haïkus)

5 ) Le 11 août 2020 => texte de Régis : Le sable noir des Marquises (Acrostiches)

6 ) Le 11 août 2020 => texte de Solène : Souvenirs proustiens

7 ) Le 11 août 2020 => texte de Carnetsparesseux : Où est passé la plage ? (1ère partie)

8 ) Le 14 août 2020 => texte de Rowane : Brise-larmes

9 ) Le 19 août 2020 => texte de Victor Hugotte : Danser sur la plage en temps de pandémie

10 ) Le 23 août 2020 => texte de Sabrina : Plage de rêve

11 ) Le 23 août 2020 => texte de Laurence : Sur la route des vacances

12 ) Le 25 août 2020 => texte de Véronique : Coquillages et coquecigrues

13 )  Le 26 août 2020 => texte de Lyssa : Laisser trace

14 )  Le  26 août 2020 => texte de Gérard : Avoir une vraie vie de chien

15 ) Le 26 août 2020 => texte d’Emmanuel : La page blanche

 

Pour voir les votes => ICI

Toxique…

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Il est tard. Je prends le dernier train. La gare ancrée en cœur de campagne éponge de sa masse le reste de la plaine. Et le regard cyclope rouge de son lampadaire unique à son entrée est surréaliste. Je gare… ma voiture et j’attends au chaud à l’intérieur, car la Société nationale des chemins de fer français n’a pas les moyens d’un chauffage dans la petite salle d’attente depuis longtemps déficitaire.

Il est vraiment tard. Je sors de ma voiture. Il fait bon. C’est un été agréable. C’est un été qui manque aux calendriers passés… Le train a des absences et mon portable ne capte plus rien même pas les étoiles.

Je commence à rager intérieurement et je marche de long en large du petit parking. Je me dépense en pensées incongrues quand je croise un… fauteuil genre strapontin de cinéma. Ce qui n’est pas dans mes habitudes. Je croise plus facilement des inconnus, des maisons, des voitures, des carrefours, des routes, mais un fauteuil…

Je reste perplexe. Il est en suspension… en lévitation… il passe devant moi et je regarde à l’alentour. A part un chat assis sur le rebord de la fenêtre du guichet, je suis seul. Seul humain.

— Votre train ne passera pas ce soir. Je peux vous ramener chez vous, si vous voulez, me dit le fauteuil.

J’ai une sueur froide et mal au crâne avec les yeux qui me piquent. Suis-je dans une réalité parallèle ? Vite un miroir pour me reconnaître dans ce monde-ci. Mais pas de miroir. Est-ce un tour de passe-passe d’un prestidigitateur égaré dans cette partie du territoire ? Est-ce le fait d’une fatigue de cette fin d’année ?

Et le fauteuil tourne autour de moi. Je crois que je vais tomber raide et personne pour me secourir de cette vision. J’ai le frisson de la peur qui me parcourt hilare presque indécent.

— Prenez place. Je vous invite.

Je m’installe… envoûté. Et de suite je prends conscience de ma naïveté et ressens ma position inconfortable, incommode, comme si j’étais devenu un bloc de glace mais sans avoir froid. Le muet de ma situation ne me permet de geindre, de protester… En fait, je suis prisonnier et pas un frisson de compassion de mon hôte qui s’est déplacé très en hauteur si bien que j’aperçois au loin les lumières d’une ville dont je ne sais le nom.

Il prend de la vitesse. Je m’accroche aux accoudoirs comme si j’avais des griffes. Rien ne va plus, les jeux sont faits. Lesquels d’ailleurs ? Ma vie est aux mains… euh… dans un fauteuil, non… je respire la pénombre du brouillard qui m’enveloppe tel un linceul de service, par habitude du client incrédule…

Et je me ressaisis comme un jobard qui vient de comprendre tout le ridicule de sa situation. Est-ce la vitesse du fauteuil ou celui de mon cœur qui diminue ? Qu’importe, devant moi un lampadaire, le destin me tend une perche… verticale… mon salut, un lampadaire illuminé et le fauteuil crie à la perdition, s’évapore…

Et me voilà dans la posture inconfortable en haut d’un lampadaire qui… joue du piston ou est-ce les vibrations de ses nerfs d’acier au choc ressenti de mon atterrissage… ?

— Il a mangé un sandwich avarié… un pur poison… Il est mort dans la nuit… le pauvre… seul dans sa voiture.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018