Il cherche à m’hameçonner avec un harpon

Ibiza_1960_photographe_inconnu

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Des mots, une histoire : récolte 48   (Hors délai)


 

… j’enregistre ce message… au cas où … je suis coiffeur … espion. … c’est une couverture. L’espionnage, c’est du sérieux. Ce que je raconte là, est la vérité.

Je suis la meilleure taupe qu’est connu le service. Je circule dans les endroits les moins confortables, comme les galeries … marchandes … les galeries des musées … les galeries minières … mais j’évite à tout prix la galerie … des Glaces… et je ne dis pas tout ça pour amuser … la galerie …

Bon, tout ça étant dit, je suis présentement à raser les murs … j’ai été découvert … un homme en blanc avec un masque et un tuba … c’est un filou, j’en suis persuadé … il cherche à m’hameçonner avec un harpon …

Il s’approche … il est là … devant moi …

— Alors, on veut s’échapper ?
— Non, non …
— Votre empreinte ! Là, sur la feuille !
— Non, non …
— Ne faites pas l’enfant !
— Non, non …
— Je sais qui vous êtes !
— Non, non …
— Mais si !
— Je ne suis pas un pigeon
— Je sais …
— Vous êtes un espion, c’est ça ?
— Je n’avoue pas … jamais …
— Oui, je sais !
— Ne me touchez pas … jamais …
— Allons, allons …
— J’ai dit : JAMAIS !

Et je me réveille, respire ma sueur de fièvre, ma déchéance, mon impuissance, ma haine, ma tranquille défaite au sourire édenté …je me lève de mon lit ferraillé, brusquement, comme un ressort délogé sans prudence, ouvre un pan de la baie vitrée et me jette … du balcon …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Révélation…

Photo de l'actice Louise Brooks

Photo de l’actice Louise Brooks

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J’ai décidé d’apprendre à boxer, ce qui à première vue paraît… surréaliste… vue mon gabarit et mon état global… J’ai quelques notions ayant été un temps coq sur un rafiot nommé « Équateur » en des compagnes de thon blanc et des bordées soutenues et autres beuveries et retroussage fameux. Et entre parenthèse pas besoin de mètre étalon pour postuler devant les gueuses portuaires si ce n’est de la monnaie en cours et de bonne provenance…

Bref, j’ai fait le pied de grue devant le premier club de boxe venu, un ancien garage auto. Le spartiate est fondateur, m’a dit le coach à qui l’on ne remet pas un bouquet de gueule de loup même s’il a une gueule de muflier (et c’est un compliment).

Le coach me fait comprendre que la boxe est un sport de dignité, de connaissance de soi, de rigueur, de confiance et de quelques cicatrices et aussi à l’âme. En fait, je suis en train de me demander si je ne vais pas regretter ma cambuse et le filet araignée monofilament.

Après un certificat médical, le paiement d’un premier mois, je commence ma première séance de boxe française… et ce n’est pas du cinéma. Il est clair que je suis en train de suer chaudement (on peut suer froidement) de ce premier cours intense… et je ne suis pas pris pour un pigeon.

Les séances se succèdent au fur et à mesure et prends un goût certain à ce sport. Je me sens revivre ; je prends de l’assurance mais surtout je constitue mon assurance vie au cas ou… je devrai reprendre mon job sur un navire.

Qu’il est bon de ressentir son corps en ses muscles, en sa peau, en ses courbes… je suis en train de m’aimer, là ? Hop, là ! Je ne suis pas une poule mouillée mais sans être de la carrure baraquée videur gorille boîte nuit, je constate avec satisfaction que mon corps est devenu une belle architecture.

— Alors, tu viens mon Jean-Paul à moi, nous allons être en retard pour la soirée « coquins, coquines. »
— J’arrive, Mon Lou, je suis à écrire mon avant-propos de mon futur livre : « Nous, entre boxe et révélation ».

© Max-Louis MARCETTEAU 2018