Votre œil noir des dimanches sablonneux

Photographie de Oleg Kornilov – intitulé Woman is watering flowers in a garden

Blog Émilie : récolte 21.04


— Qui est-ce ?
— C’est un auteur.
— Pourquoi il ramasse des feuilles ?
— À broyer des mots aux feux des lignes, je l’ai amené par la douceur à l’engager comme jardinier.
— C’est un bon ouvrier ?
— Il ne cabosse pas mes plates-bandes… il est au moins bon à quelque chose.
— Ainsi vous le maîtrisez.
— Tout à fait. Il me doit deux manuscrits, le bougre !
— Il faut bien se payer.
— Eh oui, quand on considère qu’il n’a pas toute sa tête…
— Qu’est-ce à dire ?
— Il a voulu marchander avec une tablette de chocolat… son contrat.
— C’est curieux, en effet.
— Curieux ? Il avait retiré l’emballage… cela ne se fait pas… qu’est-ce que vous en pensez ?
— …
— Ne me regardez pas avec votre œil noir des dimanches sablonneux.
— Je vais paraître suranné, ou mal convenu… mais… vous semble-t-il être conscient de votre état ?
— Et vous-même ?
— Moi-même ?
— Oui, vous-même ?
— Je ne comprends pas…
— Vous prenez le risque de déguster
— De déguster ?
— Un câlin ?
— Euh… je suis un peu perdu dans vos propos…
— Vous voyez… vous semble-t-il être conscient de votre état ?
— J’avoue que j’ai un tantinet chaud en votre compagnie…
— Il faudrait vous prescrire quelques moments en compagnie du jardinier.
— Et pourquoi ?
— Pour vous aérer l’esprit, tout simplement… une pâtisserie ?
— Euh… avec plaisir
— Vous serez très bien parmi nous, je vous le dis, dans cet établissement… mental…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Chaque mois dans mon abyssal découvert

Laurel et Hardy

Laurel et Hardy

 

Les petits cahiers d’Émilie – Les plumes d’Asphodele – du 25 au 29 mars 2019


Cidsus (*) et Sidsous se croisent sur la route déserte de la « Frisée du dessus » du village de l’Épingle, en ce matin de campagne qui se lève, le premier bâillement du jour en pyjama d’automne, colorié d’un orangé soleil aux rayons hérissés de par un oreiller nuageux.

— Alors ?
— Alors quoi ?
— Ta banque ?
— Elle fait plaisir … elle engraisse au taux d’usure qu’elle me ponctionne par double dîme chaque mois dans mon abyssal découvert …
— Étrange procédé.
— Tout a fait …. et c’est d’autant plus étrange que d’un négatif, ma tendre banque en ressorte un positif.
— C’est louche.
— Et pourtant, il n’y a pas de hasard.
— Elle connaît le verbe profiter à tous les temps.
— Et le verbe tondre, aussi.
— Et cueillir
— Cueillir ?
— Oui.
— Ah bon ?
— Et oui … les intérêts … elle les cueille comme des fruit mûrs …
Aujourdhui, te voilà bien poète.
— Mon banquier aussi …
— Non ?
— Comme quoi … tu sais quand le ver est dans le fruit …
— Ne me dis pas qu’il est mécène dans le « Printemps des Poètes du 9 au 25 mars sur le thème de la beauté. »
— Je ne le dis pas …
— Il me fait peur ton banquier …
— C’est une femme …
— Non ?
— Si …
— Avec elle, pas de lendemain qui chante …
— C’est ça.
— C’est une femme.
— Oui, une femme.
— C’est mercantile, une femme quand même …
— Elle aime le rose.
— Et les épines qui vont avec ?
— Oui, et puis elle a se sourire serein … presque acéré …
— Une vampire ?
— Faut bien vivre et ce n’est pas incompatible pour une banquière … la preuve.
— Moi, j’aimerais être un poisson.
— Étrange, toi qui n’aime pas l’eau.
— Peut-être qu’elle ne voulait pas être banquière ?
— Oui … elle a été peut-être phagocytée par une fausse certitude, qui sait ?
— La prolifération d’un virus banquier ?
— Possible … pour moi, tout cela c’est du latin … les chiffres, les comptes, débit, crédit.
— Il parait que chez le banquier le crédit est le débit et inversement …
— Ce sont de drôles de gens, ces gens là.
— De toute façon il y a de l’immédiateté dans le fait de consommer et de produire de l’addiction à dépenser.
— C’est un tort.
— Un tort, un tort … je ne sais pas faire qu’autrement à dépenser mon argent …
— … et celui que tu n’as pas.
— C’est de la pure provocation.
— C’est une certitude.
— J’ai cette envie de me pencher à la première margelle venue …
— Ce n’est pas un bon désir.
— Je suis un décadent.
— Non, tu es une incertitude
— Et je me dévore …. et carpe diem…

 

(*) Je remercie pour ce mot de CarnetParesseux

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Rhum arrangé

Oeuvre de Sergio Pezzutti

Oeuvre de Sergio Pezzutti

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Aujourd’hui, je bois. Rhum, sur rhum et que l’on ne vienne pas me mettre le bouchon sur cette noble et libidineuse bouteille.

Le goulot me pénètre comme une verge dans l’anal de mon palais comme un bouche à bouche de délice, à l’ivresse honnête d’un jus qui m’allaite jusqu’à la garde…

Je suis malade et je bois pour oublier une autre souffrance qui m’assassine chaque jour mielleuse, elle ronge l’enjôleuse, la nébuleuse, l’odieuse, la vénéneuse… Je rage comme un ver de terre empalé, entortillé sur un hameçon rigolard de me faire prendre le bain d’eau froide violemment, agressivement, brutalement…

Je ris de ma victoire quand je ressens le brouillard de douleurs qui s’estompe comme essoré par l’alcool expert en anesthésie locale. Je me montre guilleret et l’énième cigarette de lèvres à doigts j’humecte ma joie de vivre et attend presque un vagin bien mouillé… et c’est le goulot de ma bouteille qui m’introduit… de nouveau au plaisir sans faim qui s’impose en des larmes de résignation, et ma soumission pleure avec moi de cette dégradation de jour en jour qui effiloche ma crainte de la mort comme une possible bienvenue, comme une alternative…

— Vous avez là un drôle de paroissien cafetier…
— A qui le dites-vous ! C’est un ancien curé de Rome, au chômage, c’est dire…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Trans …

Oeuvre de Tamara de Lempicka

Oeuvre de Tamara de Lempicka

Je suis la conséquence d’une erreur,

Faite homme par défaut et par dessein,

Fille manquée, aux lèvres d’ailleurs,

Suceuses de monts dévergondés carmin,

En attente d’être piochée par l’arrière,

Plaisirs intenses frustrés, décalottage

Par obligation, surgit mon mercenaire,

Mon démon, je subis d’être à l’ouvrage,

Phallus défiant les vulves fontaines,

Je souque dans les canaux insatiables,

D’écumes rageuses, je ne serais jamais reine,

Que d’un rêve au corps transmuté, insaisissable !

© Max-Louis MARCETTEAU