Porte à porte (4/9)

Porte_chateau Brézé – Iotop

Une fois n’est pas coutume, voici une histoire de porte à 4 mains avec Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog.

Les chapitres => (1/9) (3/9) et l’ensemble des chapitres au fur et à mesure ICI


Mais la porte haute et fonctionnaire restent tout aussi muets aux requêtes du Bourgeois dont la patience est arrivée à ses extrêmes limites. Il vitupère, brasse de l’air et maudit à tout va, qu’importe. Alors, taquine et sure d’elle, la porte carte et s’écarte juste assez pour lui laisser entrevoir les ors de l’intérieur.  

— Eh bien, il est bien loti le fonctionnaire, bien logé aussi. 
 
Alors que le Bourgeois essaie de glisser les doigts dans la mince ouverture pour la forcer un peu, la porte se referme sur un bruit sec et quelques hurlements à percer les tympans des oreilles et de l’église.  
Heureusement, midi sonne et la cloche aussi. Les portes de la chapelle s’ouvrent pour laisser les ouailles retourner à leurs occupations. 

— Si les voies du seigneur sont impénétrables, ses portes sont bien plus accueillantes que d’autres portes en ville, tance le gentilhomme. 
— Si vous voulez vous offrir quelques indulgences, elles sont aussi plus adaptées que les nôtres. Ici point de corruption, il faut montrer patte blanche. 
— Que vous dites, que vous dites ! Je soupçonne que votre boîte-à-lettres fait parfois office de guichet et de tiroir-caisse.  

A ses mots, la porte de bois clair rougit en acajou. Le Bourgeois avait marqué un point.  

(à suivre chez Firenz’)

Des virgules qui chutent sur le rond point du néant

Photographie Doroteya Veselinova

Challenge Lune et des participants


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… vagabond de l’esprit dans le Lac de la Luxuriance est Maître de séance des bibliothèques qu’il fait jouer par des citations sur la scène bariolée des lucioles étoilées jusqu’aux drames des virgules qui chutent sur le rond point du néant …

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Promesse ne vaut pas paiement

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Neufs mots trempés, dévalent l’Alpage et se suspendent in extrémiste à la nommée : La Ligne.

Égarés suite à un orage nommé Tache d’Encre, ils échappèrent de justesse, aussi, à une sécheresse multi-genre nommée Buvard.

Bref, les Neufs ne sont pas dans la meilleure posture pour survivre dans ce milieu hostile, celui de la page blanche maîtresse des lieux qui d’un geste peut froisser son format et se jeter corps et bien dans le premier précipice venu, nommée Corbeille …

Aucune bonne mine tendue pour les aider, pas de secours possible même d’une simple gardienne nommée Virgule et d’un chef de ligne nommé Point. Rien, si ce n’est au loin dans un hamac, le nommé Gomme qui prend ses aises, payé à se la couler douce, un emploi qui ne lui crayonne pas l’angoisse des jours à venir comme d’un avenir dégommé par un dessinateur, la pire des punitions pour cet élément appeler par les anciens Le Bourreau …

Ils viennent de se réfugier sur le territoire de la Marge qui les reçoit avec ce sourire comme une rature au milieu du visage, une aubaine pour elle la réfugiée de la solitude qui n’a pas pire situation que certaines consœurs mise en quarantaine au mieux, elle sourit et dépose pour chacun d’eux une lettre de bienvenue, une tasse de compliments pour ces voyageurs de l’extrême et promet une place pour chacun sur l’une des plus hautes phrases en devenir car elle le sait l’auteur.e ne manquera pas de les intégrer, bien au chaud dans son Histoire …

Mais promesse ne vaut pas paiement. Et rien ne se passa … le froid de la page engourdit les neuf mots et la Marge disparue sur le flan à jamais … la page portée par un vent détrempé se transforma en un feuillage blanc au contact de la neige et puis se volatilisa …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Interconnexions…

— Dormir

— Dormir ?

— Rêver de toi.

— De moi ?

— Oui.

— Suis-je à ce point transparente ?

— Je te voudrais autrement.

— Autrement… différente ?

— Singulière.

— Une femme n’est-elle pas par essence singulière ?

— Elle est femme. La singularité n’est pas une appartenance à un genre, mais à l’individu.

— Ma vie n’est pas ma vie. Vie d’une autre moi-même en permanence ou presque. Je traverse des parcelles de réalité au gré des rencontres et puis à ces instants éphémères, je me retranche dans ce corps inconnu qui est mien, en apparence. Je me vide, puis, je suis dans une bulle, rien ne me touche. Je suis spectatrice ou voyeuse selon le bon vouloir de la nuance. Je reste de marbre, si ce n’est de glace. Pas de réchauffement climatique pour moi. Je me laisse emporter par le mouvement. Passagère involontaire, je subis ce ELLE, de sa navigation à vue, de son accostage sur le premier port venu. ELLE s’enracine et puis, ELLE coupe les principaux accès. ELLE meurt et nous reprenons la mer. Insaisissable par la pensée et pourtant ferrée à la première occasion, l’on croit LA posséder, ELLE glisse comme une anguille. Perméable à tout et imperméable à ce monde du vivant, ma vie est un filigrane sur une page d’un destin qui s’efforce de me faire vivre une route qui n’est pas mienne.

— Demain est un autre jour. Dans mon coin, j’ouvre les portes d’hier pour creuser les autres vies écrites sur du papier dont les ans ne prennent pas une ride. J’accuse SES années de m’avoir inhibé, ignoré, voire méprisé ! Dans ma coquille, je nacre des rancunes, mais qui suis-je pour porter atteinte à IL ? Alors, JE rêve, et IL passe ses heures entre le néant et le vide que certains ont essayé de combler. Peines perdues : IL formate à la première occasion venue. Je ne retiens rien. Mes cellules souvenirs sont vierges. J’apprends inlassablement à être. Celui qui vient d’ailleurs pour aller ici. Mais ailleurs et ici pour moi sont identiques. Tout passage à l’acte est un rêve. Je plonge dans le virtuel à chaque mouvement. Aucune blessure, aucun mot ne retiennent ce corps, cette âme, qui traversent les années comme une particule quantique. Échec à toute communication durable, seul l’instantané compte. Mémoire vive, toute procédure de marquage est sans effet. Je suis comme le sable, je prends la forme de l’instant et modifie mon apparence à l’empreinte suivante. Construction impossible.

— Je végète comme un oignon en terre depuis trop longtemps et rien ne viendra me sortir de cette argile, mon tombeau. Demain ne sera pas pour moi. Souris-moi Mon Amour, je me suis trompée de route.

— 

Tu dors ? 

©Max-Louis MARCETTEAU