La grotte de l’ours indien

Grotte de Han du livre Les Artères du globe de Paul Bory 1888 – Page 213

Grotte de Han du livre Les Artères du globe de Paul Bory 1888 – Page 213 – Gallica

Des mots, une histoire : récolte 44 (Hors délai)


Délétère, sourcière, salière, poudrière, entière, derrière…
— Stop ! Quelle est cette terre de mots ?
— C’est un extrait.
— Extrait de quoi ?
— D’un prologue.
— Un prologue ? De quel livre ?
— « La grotte de l’ours indien »
— Connais pas.
— 1963.
— Encore moins.
— C’est l’histoire d’un adolescent adopté par une famille d’ours et d’une guérisseuse qui s’éprend de ce jeune homme.
— Inattendu.
— C’est une atmosphère à la fois animale et tendre.
— Un poil intéressant ?
— Je ne vais pas faire la vaticination* ou simplement te dévoiler… il faut lire…
— Tu peux me résumer sans tout me dire !
— Non !
— Je suis marri de cette attitude !
— Cool, ce bouquin…
— Eh bien ?
— Eh bien ! … il n’existe pas !

  • : prédiction

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Dialogue idiot ou comment ne pas lire jusqu’à la fin

film a bout de souffle - godard 1960 - jean seberg et jean-paul belmondo

film A bout de souffle – Godard 1960 – Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


— On demande la page 32, on demande la page 32, on demande la …
— J’arrive, j’arrive, dit la page toute soufflée.
— J’ai le Prologue qui t’attend, ma belle.
— Qu’est-ce qu’il me veut ?
— Demande-lui, patate !
— Tu veux ma page sur ton flan ?
— Rose-moi le flan, c’est mieux.
— Débauché.
— Allumeuse.
— Mine de crayon.
— Attention, tu vas trop loin.
— Tu dois suivre les rites et …
— Nous devons suivre les rites.
— On est bien d’accord.
— Bon alors ?
— On recommence.
— Il est demandé à la noble page 32 de filer sur le banc d’attente du Prologue.
— C’est mieux, déjà.
— Tais-toi !
— Tu vois, tu gaspilles de la bonne tournure !
— Et tu réponds quoi, au lieu de me phraser de la remarque.
— Je réponds : ça déchire …
— T’as fini de rire, hein ?… Tu réponds quoi ?
— Je réponds : y a du lilas sur tes poils …
— Bon, je crois que je vais me froisser et que ton manque de discipline mérite sanction … allez hop !
— Attends, attends …
— Quoi ? J’attends rien !
— Je suis bien la page 32 ?
— Oui, apparemment, et ?
— Et, qu’est-ce tu lis ?
— Euh … rien, t’es blanche.
— Donc ?
— Donc quoi ?
— Vierge !
— Et alors ?
— Et alors, le Prologue, c’est pas un vieux cochon ?
— Je ne sais pas moi, suis à l’index …
— Si, tu le connais obligatoirement.
— Oui …bon … mais, je ne vois pas le rapport.
— Eh bien, il risque d’y en avoir un …
— De quoi ?
— De rapport !
— Et ?
— Et, si je ne veux pas moi ?
— Mais enfin, ce n’est pas mes oignons tout de même.
— Et si j’ai envi de me faire encrer par un ou une autre, moi ?
— Écoute, on perd du temps.
— Du temps ? … on est toujours sur l’étagère, là, non ?
— Oui et alors ?
— Alors, notre temps ne compte pas … il est absent et pour cause …
— Pour cause ?
— Notre lecteur a basculé sur une liseuse …
— Changement d’époque …
— Changement, mon …
— Allons, allons pas de grossièreté
— Je n’ai pas de grossièreté à disposition
— N’empêche que tu allais en créer une, de grossièreté … bon alors, t’y vas ou pas ?
— J’y vais pas !
— Il me faut une raison.
— Je connais la réputation de Prologue…
— M’en fous !
— Moi pas !
— Je fais mon taf.
— Il est beau.
— Bon alors, je lui dis quoi au Prologue ?
— Tu lui dis que … je suis absente …
— Il ne va pas me croire.
— Faudra bien …
— Mais absente de quoi d’ailleurs ?
— Absente, tout court.
— Mais absente tout court, c’est comme si tu n’existais pas ?
— C’est ça.
— Mais tu es devant moi, je te vois.
— Eh bien fais semblant de ne pas me voir.
— C’est idiot.
— Ce dialogue est aussi idiot.
— C’est pas faux.
— Je retourne de là où je viens.
— Oui … eh ?
— Oui ?
— N’oublie pas de mettre le mot fin.
— Fin.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018/2019