Un pommier toutes pommes dehors

Photographie Iotop2022

Agenda Ironique Janvier 2022


… « Tandis que les autres demeuraient silencieux, il se mit à aller et venir, fouillant dans tous les tiroirs » et se jeta à terre tout à coup sur le sol… une petite souris mécanique trottinait tranquillement sur le parquet, en direction d’un meuble au bon bois travaillé aux ciseaux avec finesse…

— Je ne suis pas une souris de laboratoire.
— Tu es trop intelligente, c’est ça ? dit-il en l’enfermant presque brutalement dans sa main trop sèche et dessinée d’un destin improbable.
— « Je m’attache très facilement » dit la petite souris mécanique.
— Moi aussi, affirme l’homme, viens par ici que j’observe ton mécanisme étrange.

A cet instant, l’homme qui venait de s’étendre sur le sol parqueté en damier usé jusqu’au cœur de la fibre poussiéreuse de souvenirs… disparu…

Il est lié à un arbre que la raison d’une circonstance a oublié et qu’annonce un dialogue où la forêt est le décor inattendu.

— Qu’est-ce que c’est que cette manigance ? s’étonne l’homme, qui se tortille tant bien que mal pour se dégager de sa contrainte.

La souris était à ses pieds, relevée sur ses pattes arrière et le regardait étrangement.

— Libère moi ! crie le bipède secoué par la peur comme un pommier toutes pommes dehors.

— Tu es le prisonnier de Maître Galet, le pourvoyeur des sortilèges, dit la souris blanche mécanisée qui se transforme en enchanteur.
— Je suis innocent, hurla le prisonnier contre son gré.
— Tu n’es rien qu’une parcelle de temps négligeable à ton cœur métronome, tu mets précieux petit homme, dit la voix rude du sorcier, crochetée par intermittence d’un souffle en demi mesure.
— Je cauchemarde…
— Tu n’es qu’un sicaire, une vie qui ne vaut pas, dit le geôlier qui ricane à l’oreille droite bourdonnante de l’homme.
— Tu fais justice toi-même, ensorceleur… cela ne te vaudras pas…
— Qu’importe, je suis de ta trempe et j’ai des commanditaires. Et puis, une mort comme la tienne ne fera jamais une céphéide aux yeux de l’éternité.
— Et si je devenais un ange ?
— Un ange ? Quel genre ? Démon sans aucun doute !
— Et se revancher, je peux ? Non ?
— Regarde-toi ? Hein ? Tu cherchais quoi chez ta victime, avec tes hôtes malfaisants ?
— T’occupe ! Et d’abord libère moi !
— Rien à faire ! Le Silence dans sa splendeur ouvre la voie du secret de l’homme qui ne s’attendait pas au revif de son état à le purger de son entendement en celui d’une rédemption inattendue par celui de victime.
— Qu’est-ce que tu racontes sorcier ? Tu délires !
— Tu cherchais quoi, chez ta victime ? Réponds, scélérat !

— Docteur, le voilà qui bouge… votre piqûre fait effet…
— C’est bon signe, enfin j’espère…
— C’est grave ?
— Une crise de piaraison déglotine parapliée sans aucun doute… et retirez lui son déguisement de souris…

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Sa lampe adhère dit-il illuminé… 5/…

Photographie iotop 2019

Pour la deuxième fois, voici une autre histoire mais cette fois-ci de lampadaire à 4 mains sur une idée de Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog et une photographie.

Chapitres 1 ICI et 2 ICI et 4 ICI et 6 ICI ou l’ensemble des chapitres ICI


— C’est là, exactement là.
— Tu es sur ?
— Oui, absolument, c’est ce que me disent la carte, la boussole, le sextant et le fil à plomb réunis.
L’ombre immense qui avait surgi était en fait celles superposées de deux nains de bitume. La lumière est trompeuse qui allonge les êtres et diffuse des halos que l’on pourrait peut-être prendre pour des signes, signes du hasard ou symboles christiques…
— Alors, que va-t-on faire ?
— Toi, tu creuses, moi je réfléchis.
— Tu réfléchis à quoi ?
— Je réfléchis la lumière, bougre d’andouille, il faut bien que je t’éclaire !
— Et je creuse où ?
— Eh bien, là, sous le lampadaire.
— Oh là, qui va là ?!, gronda l’illuminé perché. Que vois-je ? Deux nains de jardin équipés de pioches et piolets ? Vous cherchez Blanche-Neige ? Eh bien sachez qu’il y a un bon moment qu’elle a décampé !
— Nains de jardin ? Vous vous méprenez. Il y a surement longtemps que vous n’avez vu un carré de pelouse pour ainsi divaguer. Nains des villes nous sommes, nés en zone urbaine de père en fils depuis au moins quatre générations. Regardez donc nos cravates !
— Qu’est-ce qui vous amène ici ? fulmina la perche flamboyante.

La luciole mâchouillait une brindille sortie d’on ne sait où, et observait la scène, amusée. Libre comme la lumière, elle s’était échappée de la gibecière et voletait ici et là pour mieux se réjouir du grand bazar qui s’annonçait.

Quant au Prince Russe, flairant l’embrouille, il se dit qu’il n’allait pas lanterner longtemps ici. Il voulait à tout prix éviter une rencontre avec les forces de l’ordre. Tant pis pour son breuvage divin et pour la divine bestiole, il lui faudrait trouver une prise à jus pour samovar ailleurs, et une autre attraction insectifère. Il s’apprêtait à tout remballer, quand les mots du plus petit des nains vinrent lui titiller les oreilles.
— On vient chercher notre trésor, vous êtes assis, ou plutôt planté, dessus…
Son frère ainé lui colla une taloche pour le faire taire, mais le mal était fait. Le trésor venait, en quelque sorte, de changer de futur propriétaire…

(texte Florence)

Sa lampe adhère dit-il illuminé… 3/…

Oeuvre de jideair – Fusain, charcoal, petit format : Blog

Pour la deuxième fois, voici une autre histoire mais cette fois-ci de lampadaire à 4 mains sur une idée de Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog et une photographie.

Chapitres 1 ICI et 2 ICI et 4 ICI et 6 ICI ou l’ensemble des chapitres ICI


C’est à moi qu’il parle le goujat ?! Quelle vulgarité ! Il se prend pour qui ? Il me prend pour quoi ? Imagine-t-il que je vais m’abaisser à lui parler d’égal à égal ? Que nenni, la condescendance s’impose. Le rustre ne parait bien mal éclairé, et je parie qu’au Siècle des Lumières, Voltaire n’aurait même pas voulu de son eau chaude pour mettre dans sa bouillotte les soirs d’hiver. 

— Qu’est-ce ? Qu’ouïe-je ? Que sens-je ? Quel est ce chien qui vient se soulager à mon pied ? Pouah, quelle odeur infecte !

— Eh oh, le lampadaire, je ne suis pas un chien, parle-moi autrement ! Je suis le Prince Erbeir Kremaloff, descendant de Tzar. Prince déchu, certes, déchu mais aussi déçu de l’accueil que ton pays réserve à la noblesse slave. Aucune déférence, aucune révérence, et me voilà réduit à brancher mon samovar électrique au pied d’un bec de gaz.  

— Bec de Gaz ?!!! Oh je sens que la moutarde me monte au nez, et vous êtes bien chanceux que je ne sois pas à gaz, malappris, mes émanations vous auraient couté cher ! Expliquez-moi comment vous pourriez brancher votre samovar électrique sur un bec de gaz, mÔssieur Kremauzeux ? Je suis électrique, moderne, stylé, classé, admiré, et UTILE moi ! Quant à vous, il semble que l’on vous ait coupé la lumière et que vous ayez de l’éclairage public des connaissances qui frôlent l’obscurantisme.

— Oh là, monsieur le lampion, ne vous énervez pas ! Il s’agit d’une simple méprise. Faisons la paix, voulez-vous ? Si vous le désirez, je m’en vais quérir un tuyau d’arrosage, j’en ferai une paille et vous pourrez gouter mon délicieux thé russe.

— Lampion, moi ?! Vous m’insultez !! Et vous croyez que je vais gouter à votre soupe au caillou ? Non mais, il rêve, Erbeir ! Hors de ma vue, galapiat, ou je vais me mettre à clignoter si fort que toute la rue en sera alertée !’ 

(texte Florence) 

Sa lampe adhère dit-il illuminé… 1/…

Lampadaire_vision_Iotop_2021

Pour la deuxième fois, voici une autre histoire mais cette fois-ci de lampadaire à 4 mains sur une idée de Firenz’ du blog La plume de mouette. Chacun de nous fait paraître le texte de l’autre sur son blog et une photographie.

Chapitres 1 ICI et 2 ICI et 4 ICI et 6 ICI ou l’ensemble des chapitres ICI


Il semble que le jour soit sur le point de tirer sa révérence et moi je dois me mettre au taf. J’aime pas l’hiver, l’hiver il faut que je bosse davantage, je commence tôt et finis tard. Ces efforts ne sont nullement récompensés, pas plus de ménagement, pas de meilleur traitement et je n’ai jamais entendu parler d’un syndicat des réverbères. Je suis donc bien seul face à mes tracas.

Éclairer le monde et la nuit, ça n’est pas une sinécure. C’est affronter tous les temps, grelotter l’hiver et suffoquer l’été, sans que jamais personne ne songe à me protéger, d’un parapluie, d’un parasol, ou d’une couverture. C’est rester planter là, sans bouger, sans grande interaction avec les humains. A part, bien sûr, ces gluants aux mains poisseuses qui s’appuient parfois sur moi au cœur des nuits trop arrosées pour vomir leur excès d’alcool sur mon pied. Ou ces femmes peu vêtues qui m’utilisent pour mettre en lumière leurs atours et vendre à qui le veut ce qu’il leur reste de vertu. J’m’ennuie. Je suis seul ou mal entouré, et de ces humains je n’éclaire que les calvities ou la racine des cheveux, voire les poux. Moi râleur ? Non, réaliste.

Éclairer le monde ici, sur ce bout de trottoir, quel triste sort ! j’aurais préféré être un phare et souligner l’écume des vagues, guider les navires de tout poil tout en faisant la cour aux sirènes… Dans mes rêves les plus fous, je suis une étoile, et c’est sur l’univers entier que je scintille comme une petite loupiotte. Parfois même, je m’imagine soleil ! Soleil, ça a de la gueule, non ? Mais je m’emballe, je m’emballe, et le réveil est toujours brutal sur ce morceau de bitume… Mais qu’est-ce que je sens-là ? D’où vient cette chaleur qui m’empoigne ? c’est quoi cette odeur ?

(Texte Florence)

Se goinfrer jusqu’à la taille

Photographie de Magali Landry

Blog oulimots contrainte écriture


Place Napoléon, les pigeons picorent et les humains pérorent, premier coup de semonce, les miettes de pain et de paroles jonchent les pavés disjoints, faces polies vérolées, un homme attend assis sur un banc vert de fer, le cœur noué et le bas-ventre affamé.

— Alors, mon gros Chat, tu m’attends sagement ? annonce une femme élancée blonde d’ici à là.
— Non, je tue le Temps… grogne l’homme qui se lève telle une plante carnivore.
— Encore un innocent qui trinque.
— Ironie… le Temps n’est jamais innocent.
— Et toi, le Tartempion de l’amour romantique, tu crois pouvoir tuer le Temps et aimer ?
— Que cela t’importe, je t’aime avec mon égoïsme et te tuerais d’autant en sa compagnie.
— Holà ! Marchons, mon gros Lapin, tu vas détendre ton inspiration nuisible.
— Prenons table et mangeons à se goinfrer jusqu’à la taille.
— Prenons lit car ton appétit est bien à ce niveau là…
— Comme tu veux, mais garde tes excès.
— Tu es mon épée, je suis ton fourreau…
— Quelle rengaine !
— Jeu de mots ou envie de monter à la charge ?
— On prend ma voiture et direction une chambre d’hôtel…
— Tu feras de moi ton autel, mon gros Basilic.
— Gourmande assoiffée de toi…
— Non ! de toi, mon gros Grognon…
— L’hiatus se porte bien en ton domaine.
— Je porte bien en bouche, tu le sais mon gros Grizzly
— Tu portes tout en toi ce désir charnel et de débordements.
— Je suis ta fontaine de jouissance et te livre mon corps encore comestible.
— Viens ici ma Cigale que je te dévore…
— Oooooh, oui mon gros Criquet !

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Les inconsommables contrefaits pourtant souriants

Photographie de Irina Dzhul

Agenda Ironique Décembre 2021


Il est minuit. Le charbonnier rentre chez lui tandis que le ramoneur à tintinnabuler en branlant du chef descend lentement d’un toit à la pente bien pentue au reflet d’une pleine Lune qui baille entre les nuages racoleurs et poursuiveurs tels des poissons rouges dans un bocal sans coins.

Il est minuit une. Une orange roule depuis quelques minutes sur les pavés centenaires de la rue des Trois Patates, échappée d’un filet à provisions usé de recruter les défigurés légumes, les rejetés fruits, les inconsommables contrefaits pourtant souriants de vitamines et de vies mais délaissés par leurs aspects rebutants.

Il est minuit deux. Un millier d’étincelles font la fête dans la rue des Quatre Fraises perpendiculaire à la rue des Trois Patates en compagnie d’une meuleuse toute guillerette de tourner plein régime au pied levé quand la main du rémouleur tient d’une main ferme et confiante une lame traversière de chair qui n’en mène pas large sur ses deux tranchants.

Il est minuit trois. Le charbonnier écrase l’orange et bouscule le ramoneur par croisement de chemin et de destin que la lame du remmouleur crie sans crier gare et ainsi relevant le bras de l’homme et par effet à écarquiller ses yeux d’un bleu acier qu’un introït impromptu s’annonce au point d’orgue de cette situation inattendue.

Il est minuit quatre. Le ramoneur tombe à jeûne depuis la veille qui elle-même ne sait pas dans quel temps elle évolue mais qui laisse percevoir le moyeu intra-véhiculaire de l’horloge du temps qu’elle n’est pas loin d’avoir raison sur son état aux rayons près d’une formule à la Pi qui semble être le centre de ce drame.

Il est minuit cinq. Les jeux sont faits, rien ne va plus. Le rémouleur ressent un danger qui n’est pas le sien et une peur que le Saint du Jour à cette heure de la nuit ne sait à quel Saint se vouer, s’enhardit et conçoit une modeste prière sur sa Bonne Étoile, qu’il poignarde proprement le charbonnier qui semblait déjà une ombre sous le réverbère de service.

Il est minuit six. Le Père Noël, en retard et malchanceux ce jour-là, s’empale sur un conifère décoré comme un sapin de Noël, se transforme en étoile sur la cime et laisse à loisir les habits au pied de l’arbre quand le rémouleur essuie sa lame sur le revers de sa manche sans regret, revêt le déguisement qu’à ce moment-là, la police nuiteuse (et pas en nuisette) embarque le ramoneur pour meurtre du charbonnier.

Il est minuit sept. Le faux Père Noël rentre chez lui, embrasse ses enfants et sa femme, le cœur léger. Ainsi est né l’esprit de Noël.

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Douleur rapiécée de toutes parts

Photographie de Dmitry Arhar

Blog oulimots contrainte écriture


Bienveillance, peignoir serin et visage au fard avenant, fait face à la Douleur rapiécée de toutes parts, installée sur l’une des étagères des griefs, entend le premier mot de celle-ci :

— Alors ? dit Bienveillance
— Le Silence est en retard et la Mort a passé sa journée à bourlinguer et boire plus que de raison… c’est un monde…
— Dites …
— Quoi ?
— Vous entendez ?
— …
— Vous entendez ?
— Non, rien.
— Des clapotis
— Du Morse ?
— Vous y allez, vous…
— Les secrets parlent entre eux…
— Vous êtes à la Rêverie du dernier étage, là !
— Ce n’est pas mon rayon, vous êtes au courant, non ? Si mon compagnon de route Cauchemar se réveille, c’est pas du Morse que je vais prendre…
— Bon, alors qu’est-ce qu’on fait ?
— J’en sais rien ! On attend.
— Il est comment son regard ?
— Entre deux eaux.
— Ça veut rien dire !
— Oooooh, un peu de bienveillance, hein !
— De toute façon à son niveau, le graphique est clair comme de l’eau de roche.
— Et vous me dites à l’instant, que ce que je dis, ne veux rien dire, et vous faites pareillement !
— SILENCE ! dit Silence.
— Ah! vous voilà, vous ! grogne Douleur.
— Eh bien, c’est pas trop tôt pour que nous fermions le ban ! dit Bienveillance.
— Nous voilà tous réunis, annonce solennellement Silence sans préambule, Nous Triptyque faisons attestation devant la Mort – quand elle aura l’aimable envie de se proposer au plus tôt – du décès, ici présent du bipède humanoïde déguisé …

Et la Bienveillance de rajouter :

— Les clapotis… le claquement de ses dents… au clown…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Je m’appelle Sylvestre

Photographie de Megan Rayner

Blog oulimots contrainte écriture


— Tu as de drôles de yeux… on a l’impression que tu viens de naître…
— Arrête de consommer des phrases qui ne veulent rien dire…
— J’ai cette envie de ronronner auprès et tout en toi…
— Laisse-moi, nom d’un chien…
— Fait pas la greluche du camping sans étoiles…
— Tu me saoules… je suis à saturation
— Ne t’enroules pas dans les draps du déni de notre amour naissant quand ta nudité transparente le gadin de la vieillesse déjà paraît …
— Arrête !
— Ta voix est une bouillotte qui pique l’épiderme de ma sensibilité… tu le sais ?
— Enfin ! regarde-toi… ta bedaine comblée, tes poils indécents, tes bras branchés sur un tronc trop long, tes jambes déplaisantes sans mollets…
— Tu deviens grossière …
— Non, j’imite un pot de colle, toi !
— Tu es ma pouliche préférée avec ce chanfrein tout particulier de ton visage chevalin…
— Mais quelle idée de t’avoir dit oui… quelle idiote je suis…
— Parce que je m’appelle Sylvestre… tout simplement…
— Eh bien, on peut dire que tu n’es pas le meilleur plat de réveillon qui ait transité dans mon lit…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

L’âge se regarde dans la glace

Photographie de Stanislav Istratov

Blog oulimots contrainte écriture


L’âge se regarde dans la glace

Tout est perdu, se dit-il, le soleil dans le dos et la musique au bord des larmes.

Les yeux de l’homme, sombres, s’éclairent.

Il ressent dans sa poitrine des coups comme celui d’un martinet en manque d’action.

L’homme s’assied sur la lunette rabattue d’un wc.

Il tient à jouer à la roulette russe : un revolver, une balle.

De son autre main, une photo.

Un dernier baiser factice.

Position du soumis à sa volonté qui tient boutique jusqu’au dernier instant.

La détonation n’aura pas lieu.

Il n’a pas entendu.

De toute façon… il est mort…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Les fleurs s’évadent


Photographie © Iotop2021

Agenda Ironique Novembre 2021


« Y a de la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles et novembre… » qui reste planté, là, comme un autocar qui attend les derniers ramassages de feuilles moribondes qui se traînent encore sur les trottoirs trop étroits, les rues goudronneuses d’ignorance à s’user d’immobilité, aux gouttières suffoquées des présences dévergondées de couleurs…

Novembre au 1er les fleurs s’évadent sérieusement en tête de cortège le Chrysanthème qui paye un lourd tribut ne sombre pas à la clé de voûte d’un Notre Père dont les cieux sont propices ce jour-là à jouer les descendants pluvieux sur une terre absorbée par le passage des souvenirs qui ne rongent plus les os…

Novembre au 11 les fleurs font gerbes à la commémoration et se taire est tranché par avance s’il ne manque pas le drap sur la peau des anciens qui rassemblés en une seule urne pour le souvenir que seules les femmes ont payé un lourd tribut de leurs enfants mari amant père engagés à mourir…

Novembre au 25 à Sainte Catherine rien ne prouve son existence que le folklore et l’exégète un puits sans fond à tenir son profit d’étudier les légendes déguisées en vérités sur des écritures apocryphes qui fleurissent comme les reliques pour le martyr qui paye un lourd tribut à se vendre à border une croyance de plus…

Novembre jamais en fête, jamais ne se mettra sur son… 31…  

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Il faut accrocher les wagons des sourires…

Pingouins Madagascar Kowalski

Blog Émilie : récolte 21.10


Rien ne sert d’être gentil, il faut accrocher les wagons des sourires…

L’apparence de cette affirmation n’est pas un leurre ni de la poésie en catalogue et je ne veux pas me comporter comme un cachalot à la couleur outremer et passer outre à déclarer à la douane de l’outre mesure mon désarroi sous les yeux du tout outre vide, le f perdu, dépossédé de son précieux bien de survie au désert de l’incompréhension…

Bref, quand l’insolite prend sous le bras le frisson, rien ne sert de prier devant le Grand Tout mais prendre ses jambes à son cou (même pour un yogiste averti) et courir très très très loin de toute appréhension malsaine et se cacher sous le regard du ridicule sous le radar des faits divers des podiums des m’as-tu-vu que le premier pingouin (tenu à ne pas être manchot), qu’aucun froid du ridicule ne peut atteindre, demanderait un autographe à chaque vainqueur…

De fait, je ne veux pas citer ici le mot youpi au détriment d’une incongruité mal fagotée qui pourtant aurait la meilleure place, et se rendre compte que la démone de la bi-za-rrrrrre-rie, elle, ne rit pas, même sous les bras, même en danger

Aussi, je ne souhaite pas être détecté dans ce couloir des phrases égarées et rentre directement après le point final … moi qui rassemble la part d’ombre des non-dits de la page… moi, la tache d’encre… blanche…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Sabotée d’un bois de misère

Photographie de Patricio Dell Orto

Blog oulimots contrainte écriture


… la Géorgienne, a la poitrine généreuse qui ballotte à l’onde d’un trouble sous le corset à l’étoffe bleue, court, jupe troussée à pleines mains d’angoisse et sabotée d’un bois de misère…

Son souffle éreinté, la rue raide, le froid saillant, le Paris 16ème de ce temps-là n’existe pas…

La pleine Lune couronnée de son halo de martyre s’étiole au regard d’une pluie fine d’épines griffent tous les tissus de la Terre par la chorale de ses chants à la contrapuntique indéracinable qui se confond avec le corps entier blessé de l’intérieur de cette femme bliaut manches trop longues et ceinturée à sa belle taille d’objets hétéroclites…

Le sort en avait été jeté par une voix du fond de caveau qui n’avait pas froid aux orbites pour briser de quelques mots le delta du destin de sa servante quelques heures auparavant à l’intérieur du calvaire des Trois Pendus à l’ombre frileuse d’un candélabre à trois branches posé sur un guéridon trois pieds de bois torturés imperméables au temps…

Elle court au plus loin en contrebas du village…

Un dégorgement d’une eau pure brille singulièrement lugubrement au clair-obscur d’une Lune impassible défiant les tourments proférés à son encontre et les flip flop cric clac splash des sabots sont des petits cris sur ce fleuve que le fond parfois dégorge de corps innocents assassinés et font silhouettes que la peur elle-même en fait des sueurs froides …

Quand une princesse des ténèbres émerge sur un Olo…

Resplendissante par l’immortalité de son aura son apparition coupe net la course éperdue de la fugitive.

— Alors, coquine, on voulait vendre une relique de Lono ? annonce la princesse souriante.
— Comment nier l’évidence… je voulais échapper à mon esclavage…
— Tu es de cette lignée à qui rien ne sera épargné.
— Il est tard, épargnez moi vos sarcasmes… je suis fatiguée de lutter.
— Tu vas rejoindre mes eaux vives pour la peine.
— Votre jeu de menace ne m’atteint pas… je ne veux plus souffrir… plus jamais…

La servante perd pied et se noie sans résistance dans l’eau du fleuve millénaire aux cent mille naufrages et contes… et se réveille dans un fracassant instinct de survie …dans son bain…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

La reproduction est un acte de sauvetage

Photographie de Jean-Claude Armici

Une presque suite à I.A. d’octobre ICI


Elle frappe à la porte du dernier homme sur cette Terre.

— Qu’est-ce que c’est ? dit-il.
— Je suis la dernière femme ! dit-elle.
— C’est vous ?
— C’est moi, oui.
— On se connaît ?
— Tout est possible.
— Tout possible est consécutif à une démesure du temps…
— ???
— … au déterminant pivot (et pas Bernard) qui se tient en équilibre entre…
— Stop ! si c’est vous le dernier homme sur Terre, je suis mal barrée…
— Quand le froid saisit le feu …
— Arrêtez !
— J’essaye de communiquer… tout simplement…
— C’est déjà trop ! Taisez-vous !
— Le silence est porteur aussi de réponse…
— Quelle poisse !
— Le destin trace son incidence comme deux perpendiculaires qui doivent se rencontrer inéluctablement sur…
— Taisez-vous ! vous entendez ?
— J’entends votre voix qui s’évade par le filet des reproches qui porte une amertume…
— Dites-moi, on n’est pas obligé de se reproduire, là ?
— La reproduction est un acte de sauvetage.
— A notre niveau, c’est sûr !
— Il y a des niveaux comme des passages … obligés !
— Vous faites aussi office de comique ?
— Le comique fait office de détendeur au gaz hilarant et …
— Vous en avez des tonnes comme ça ?
— Détendez-vous …
— Il suffit ! vous entendez ? Il suffit !
— Calmez-vous bonne dame, nous sommes tous les deux à jamais…
— Jamais ! vous entendez ? Jamais !

Et elle le tue ! … Le philosophe évadé…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Une pensée suspendue sur le point d’interrogation

Photographie iotop2021

J’ai fait un petit tour sur Scribay. Il y a des défis d’écriture pour s’amuser.


Le regard au-dessus du vide, le dessous des yeux s’effilochent. L’expression anéantie, la crispation vidée, les joues défigées, les lèvres enracinées, le nez épinglé… il ne reste qu’une pensée suspendue sur le point d’interrogation… du spectateur unique dégrisé d’émotion…

….

…plouf l’œil…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Mouillée au titre de naître encore

Photographie Iotop_2021

J’ai fait un petit tour sur Scribay. Il y a des défis d’écriture pour s’amuser.


Il perdit la tête au tranchant du sourire de la guillotine habillée du noir sang séché d’un coup au lever du jour déjà en deuil par des jets vermillon que baillaient des nuages vaisseaux filandreux jusqu’à la terre frileuse de douceur et mouillée au titre de naître encore et encore que l’œil du supplicié papillonnait en morse quelques secondes comme un dernier message à la révélation d’un secret mis à jour par le mot fin de son existence qui pouvait enfin souffler sur son solde de tout compte et se retirer sur un autre quai en attente d’une autre existence… l’humour noir en moins…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Le blanc de l’œil de l’horizon

Balade_imaginaire_du_jour_Iotop_2021

Agenda Ironique d’Octobre 2021 (et une presque suite ICI)


Si « la porte était lourde »*, la clé pour l’ouvrir l’était d’autant et il fallait autre chose qu’une paire de pinces d’écrevisse, même bien costaude, pour la porter à la serrure, mais on entendait… :

— … alors, tu réponds ?
— …
— Qu’est-il arrivé à ce premier jour ?
— Il n’y a jamais eu de premier jour !
— A d’autres !
— Le premier jour est un leurre, une escroquerie, une couillonnade…
— Une manipulation ?
— Une équation verbale… tout simplement…
— Je ne comprends pas !
— Le premier jour rassure. Il est la première marche de toutes choses, comme le premier mot, la première lettre…
— Comme la première fois ?
— Non, c’est différent. La nuance est là !
— Je ne comprends pas !
— La première fois est une action qui a déjà une histoire, alors que le premier mot, la première lettre… c’est comme un instinct de survie, un surgissement …
— Une fulgurance, quoi ?
— Oui, c’est ça.
— Vous êtes en train de m’embobiner, c’est ça ?
— Vous êtes possiblement sourd à mes arguments.
— Ma patience s’épuise comme un geyser après un forage raté.
— Le premier jour tient son secret à sa non-existence… c’est cela vérité !
— C’est impossible !
— Et pourtant, le premier jour peut-être n’importe lequel des jours passés, présents ou à venir.
— Très fort !
— Mais non !
— Toutes les pistes mènent à vous. Arrêtez de tourner autour de la réponse qui vous demande de la divulguer séance tenante !
— Je vous l’ai déjà dite, la réponse…
— Elle est fausse…
— Pourquoi nier l’évidence ? Vous attendez tout simplement votre réponse à vous… et non la mienne…
— Vous divaguez…
— Et si je vous dis : le premier jour est un fin trait noir sur le blanc de l’œil de l’horizon, rien de plus.
— Toute vie est sans titre. Pourquoi avez vous celui de philosophe ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

*Norge, poète.

Le Paresseux – Chapitre XIII et fin

Photographie de Younn Hazo

(Les chapitres… ICI)


Une goutte d’eau, grosse comme le fruit d’un grenadier, de l’arbre à Ôssho, atteint le profil d’Apathu, étendu au milieu d’un nid géant de feuillage.

Se réveille en sursaut, lui indique clairement qu’il est encore vivant. Ce qui l’étonne d’autant, qu’il est dans une posture dès plus délicate devant le sourire béat… d’Ouatie.

Morale : rien ne sert de courir, il faut arriver à temps pour retrouver sa belle.

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre XII

Oeuvre de Wolfgang Mesmer

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Un immense Ongulaty – cousin très éloigné de la famille de Ouatie – qui passe ce jour-là dans les environs à la recherche de fruits exoplasmes, avait vu la scène tragique se dérouler en quelques secondes sous ses yeux : un paresseux pris au piège d’une feuille d’Atrométal. Aussi, d’un élan souple et dépliant (et pas touristique), l’Ougulaty a la charge de tirer de cet embarras un congénère d’une lointaine lignée, certes, mais plus encore par devoir si ce n’est par cette chance de gagner une autre médaille pour son clan et ainsi, peut-être gagner le cœur d’une promise à la griffe redoutable pour les prétendants, tout du moins, prétentieux.

Il soulève prestement la feuille d’Atrométal et d’un geste élastique la plie en huit pour la déposer sur le contrefort d’un bambou de belle taille. Il saisit l’inconscient et dans ses bras robustes d’un poil douillet des avant-bras, le transporte comme un présent qu’il devait remettre en bon état à la collectivité par un rayonnement de joie et d’allégresse.

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre XI

Photographie de Pablo Jaramillo Vega

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Apathu se réveille brusquement au ralenti et prend conscience qu’il devient malgré lui un aventurier, un découvre de terres inconnues, un audacieux (il ne craint pas la vanité pour la bonne cause), et d’arbre en arbre, chemin faisant (à ne pas confondre avec son homonyme volatil qui est loin de l’être), il hume les essences (peu chers dans ces contrées, car bon sang bois, le végétal est source d’énergie), il vagabonde aux effluves de la liberté. Il est heureux. Quand, une feuille aussi imposante et lourde qu’une tôle d’un abri de récréation (que les moins de vingt ans n’ont pas souvenir, surtout dans nos zones citadines) se détache, le bouscule violemment de ses accroches arboricoles et le plaque lourdement au sol. Il est un tantinet dans les étoiles par ce choc, et quoi qu’il fasse nuit subitement, il voit que sa situation s’est assombrie brutalement comme si le soleil avait éteint sa chaudière d’un coup de disjoncteur en surchauffe d’antimoine.

Le nez dans l’humus révélateur de décennies de purgatoire, il lui vient entre la panse et l’œsophage une envie de vomir qui n’est pas habituelle. De son immobilité forcée, il croit mourir d’étouffement entre manque d’oxygène et retour inopiné d’un repas, quand une lueur de jour s’étale en un rayon fin et perçant. Ce qu’on appelle lueur d’espoir, n’est pas un vain mot. Il perçoit cet instant comme une révélation. Une joie intérieure inconnue jusqu’alors lui fait frissonner le poil et de l’épiderme au derme en passant par les fibres du tissu aqueux. En un mot, sa jouissance, de revoir le jour, grandeur nature, est à son comble. Elle n’est que de courte durée. La nuit revient aussitôt. Et sa déception lui signe (sans duplicata) une profonde angoisse. Allait-il périr de ce coup du sort ? Reverrait-il Ouatie, son amour de toujours ?

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre X

Photographie de Fabienne Trubert

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Apathu a la peur qui fait des ailes. En deux temps trois mouvements, il accroche une branche de quebracho et laisse la maman PapBu les yeux tendrement maternels sur ses œufs-bulles, rassurée de toujours les avoir à portée en cas d’intrusion indésirable et heureuse jusqu’à présent d’avoir pu intervenir à temps.

© Max-Louis MARCETTEAU