Tes mots glissent sur mes épines


Vogue 1938- Joan Crawford – Edward Steichen

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 20.20


Bois !
— Non !
— Bon sang de bois, je te dis de boire !!!
— Non, rien, nada, niet, no, naï, nein …
— Stop !
— Tu as beau m’incendier, tu n’as pas les moyens d’éteindre ma conscience au non vivre !
— Tu dis n’importe quoi !
Vive le pouvoir, hein ? Mais tes mots glissent sur mes épines … étrangement …
— Si j’avais le moindre pouvoir, tu ne serais pas dans cet état ! Non ?
— Qui sait ?
— Arrête ! toutes les stratégies que tu mets en place pour me contrer …
— C’est désespérant comme une danse à contre temps …
— Et si je baissais les bras ? Là, maintenant ?
— Des mots, des mots …
— Mais tu les prends comme des attaques ! Tu me l’a dit combien de fois, hein ?
— Possible …
— Comment possible ?
— Je n’ai rien à déclarer sur le sujet … tu me fatigues …
— Et ma passion pour toi ? Tu n’as rien déclarer non plus, hein ?
Passion, tu exagères le mot…
— J’exagère ?
— Oui …
— Tu vois … je me fais honte de t’aimer …
— Rien ne t’oblige … tu sais …
— J’ai mal … comme si j’avais reçu une lance dans la poitrine …
— Normal, tu t’es égaré avec moi … prends une lampe pour reprendre un autre chemin … et va flamber ton amour ailleurs…
— Tu es ignoble de long en large …
— Tu as joué avec moi …
— Non, non, non …
— Tu t’es jeté toi-même de la poudre aux yeux …
— Arrête ! Arrête ! C’est toi qui joues à la pyromane dans notre couple !
— Arrête de faire semblant de me protéger et laisse-moi mourir dans mon lit avec ma conscience tranquille …
— Tu n’as honte de rien !
— Trop tard …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

A déneiger ma langue

Les petits cahiers d’Émilie – Les plumes d’Asphodele – du 20 au 24 mai 2019


J’ai le coffret dans la bagnole, la bagnole dans le parking, le parking dans le souterrain, le souterrain dans mon immeuble et l’immeuble est ici … et moi aussi.

Ce n’est pas la meilleure cachette pour un … coffret, c’est vrai, mais la conspiration est dans les interstices des regards, des non-dits en nœuds boutonneux , des mots en soubassements haineux, des silences douteux et fielleux, des attitudes polaires, des gestes inattendus et épineux, des haussements imperceptibles de sourcils sinueux … et ne rien dévoiler de mon … est une corvée …

Par principe de base on devrait refuser ce poids de conscience. « Chut ! » me murmure celle-ci possédée de crier sur les toits par le clin d’œil entendu du genre : « elle sait, elle ».

Je grille de vous l’avouer tout de go à déneiger ma langue et d’ouvrir l’écluse de votre étonnement si ce n’est de votre surprise goutteuse. J’initie un semblant d’effet à la confession de mon esprit qui surchauffe sans ventilateur intégré.

Je suis prostré telle la statue de Bacchus à Versailles … quand, un vent inédit dans ma contrée s’enregistre au niveau du cuir chevelu de ma calvitie absente … une idée qui ne devrait pas trahir mon … surgit tel un pschitt de décompression d’un ballon dirigeable même que le verbe taire s’irrite de ne pas avoir eu l’occasion d’annoncer la chose par l’entremise de la parole qui se bronze sur le devant d’un livre dépoussiéré de lettres …

« Mais, oui, c’est bien sûr » me dis-je sans Raymond, il y a un truc … un truc à la polichinelle que j’avais ouïe entre deux portes de commères ou mégères qui entre un panier de légumes et un panier de ragots dévastaient la rue principale du village du Haut …

J’allais percer l’abcès de mon tourment et provoquer une fausse rumeur, genre de rumeur malfaisante pour protéger … mon … secret…

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2019