Au signe fumiste

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Par erreur j’ai provoqué une étincelle. Elle était là. J’étais là, à un bras d’elle. Je n’avais pas reconnu son parfum. J’étais ailleurs et pourtant bien présent comme une mélancolie qui s’ouvre les veines en dehors des heures ouvrables de l’hôpital …

Elle s’appelle Rose, elle a trente-deux ans… Qu’importe en fait. J’ai la vague impression qu’elle était là exprès pour me lancer un défi, un défi de l’aimer encore par le silence bannissant une prolixe déviance du verbe en virus foudroyant qui absorbe toute vie, toute conséquence, toute cohérence et dépasse la raison comme une ligne blanche découpée en pointillé pour faire semblant de traverser des vraies limites …

Elle avait ce goût de champagne et de vrai luxe qui ose se lever devant la grandeur de la pauvreté qui hurle sa faim et dont l’espoir, cheval de bataille, crève de soif, de cette soif de gagner un peu d’argent pour un peu de vacances, un peu de tout et de rien qui donnerait un peu de vie, de souvenirs comme un peu d’argent de côté pour ne pas se sentir seul et délaver …

J’ai voulu ouvrir la bouche, mais cette étincelle était un feu follet et mes mots pour le faire revenir à ma portée, le voilà disparu … tu étais là … mon Amour … je ne t’ai pas reconnu, tu avais changé de peau … je n’avais pas reconnu ton parfum de Paris

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Brûlure

Oeuvre de Ernani Constantini

Oeuvre de Ernani Constantini

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions) – (pour reprendre tranquillement la contrainte qui redémarre officiellement début septembre)


— …
— Sarah ?
— Elle bande !
— Non ?
— Si !
— Incroyable !
— Non, non… normal.
— Elle a ingurgité des hormones ?
— Et oui.
— C’est dingue.
— D’où la nouvelle expression : sarabande.
— Oh ! C’est d’un goût !
— Tu vas pas faire la fine bouche. C’est un classique.
— Tu as enrichi ma journée… je te jure… très drôle…
— Je plaisante… n’empêche, j’aimerais bien me faire mettre par ce morceau choisi de la nature.
— Belle plante…
— C’est sûr.
— Donc pas de compromis à l’horizon ?
— Non… enfin… si…
— Ah ?
— Tu ne connais pas. Elle était serveuse dans un bar à gouines dans un pays de l’Est. Elle a été retrouvée un soir bien amochée. Maintenant elle baragouine le français comme une russe en exil après dix de goulag…
— Tu me fais peur, là…
— Je l’héberge.
— Tu l’héberges ? Toi ? T’as pas confondu la Sainte Cul-bénit avec la Sainte Polissonne ?
— Arrêtes de rire ! C’est gênant.
— M’enfin, tu n’es pas devenu le Saint Jude des causes perdues, ni le Saint Benoît-Joseph Labre du sans domicile fixe…
— Non, bien sûr… mais j’ai grandi…
— Arrêtes ! On ne grandit pas à ton âge.
— Ton propos est inconsidéré. Je suis… a-mou-reux…
— T’es fou… il est fou… je suis fou d’entendre ça… à dix heures dix-sept du matin…
— Allons, allons… c’est pas non plus le scandale du siècle.
— C’est pire… c’est la trahison d’une amitié de vingt ans.
— Tu exagères toujours. Je ne trahis rien du tout.
— Mais si, mais si… tu es dès à présent suspendu de toute amitié avec moi… c’est dit !
— M’enfin, notre amitié ne tient pas que sur des histoires de culs, tout même ?
— Eh bien, si !
— C’est toi qui perds la raison.
— Ainsi dit, je reprends mon aspect moral qui t’était dédié ainsi que tout mon courrier, car comme tu le sais j’étais pour toi aussi un genre de secrétaire particulier qui écrivait toutes tes aventures non pas amoureuses mais…
—… à mon corps défendant, je précise.
— Possible, mais tu n’as jamais franchement opposé une résistance farouche…
— Bon, tu veux une boîte avec un élastique pour emporter toute cette littérature ?
— Je me contenterai seulement de brûler le tout dans ta cheminée… comme ça, il y aura entre nous quelque chose de définitif.
— Tu ne veux pas consulter ?
— Consulter, qui, quoi ?
— Un… médecin ?
— Et pourquoi pas des médecins ?
— Oui, pourquoi pas !
— Ton humeur m’agace et tu me retardes à l’allumage de cet autodafé.
— Que m’importe ce feu de joie, je tiens à toi… moi !
— Et moi, j’ai perdu ma raison d’exister… sans toi.
— Alors… tue-moi, là, directement, sans préméditation, d’un seul élan, entièrement…
— T’es fou… je préfère une mort d’amitié qu’une mort corporelle… j’en ai froid dans le dos…
—…

Info BFM TV : … un appartement a pris feu en fin de matinée pour une raison encore inconnue dans le septième arrondissement de Paris. Deux morts sont à déplorer pour l’instant. Notre envoyée spéciale en direct…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

L’été ironise des corps organisés en mi-nudité

Photographie de Louise Dahl-Wolfe – Vogue - January 1959

Photographie de Louise Dahl-Wolfe – Vogue – January 1959

Blog de girlkissedbyfire Défi 52 semaines N°25  le mot : été


L’été ironise des corps organisés en mi-nudité
Épilés défrisés empilés estampillés puis édités
Sur plages empaillées de grains dépilés agités
Chairs tissus chairs polies ou dépolies d’identités

Inconnues se déploient aux pointes des rayons
Aux bleus cieux des eaux des yeux en jeu teinté
A la pause posée du repos ajouré comme clayon*
Les uns les unes aux privés en commun enceintés

De naître bronzés arraisonnés à l’empreinte demain
Après congés l’effet steak grillé ou langouste excitée
A la nudité intégrale de soi faire croire aux copains
Collègues la crème pâle de l’utilité d’une …. fatuité !

Et le maillot de bain sablé salé … rigolard au … placard !

* Sorte de petite claie en jonc ou en paille, servant à différents usages…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

fragment tué

Image Rhodes - Dodécanèse - Grèce

Image Rhodes – Dodécanèse – Grèce

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Je ne suis jamais parti en Grèce. D’ailleurs c’est pour moi un pays lointain, un pays dont les images sont des ruines, un monde obsolète, une étrange terre dont l’histoire a façonné la nôtre et dont nous sommes redevables de tout et de rien, comme un gigolo qui a sucé jusqu’à la moelle sa couguar.

Je graisse mon dérailleur une nouvelle fois. Rien ne va plus. j’essaye de penser à autre chose pour me dégourdir l’esprit engourdit par l’angoisse lierre, l’anxiété cannibale. Il faut que je franchisse absolument ce col. Je dois réussir. Je ne deviendrais pas le colosse aux pieds d’argile… surtout sur un vélo. Ah, la bonne blague… Ce n’est pas mes cent-dix kilos qui m’inquiète, c’est la colonne de blindées qui est en contre-bas et qui avance lentement mais sûrement. C’est vraiment pas de bol que je sois sur la même route qu’Eux.

Rhodes n’est pas Rodez et ce n’est pas la porte à côté. Moi le franco-italien, je me demande encore quelle mouche m’a piquée pour me retrouver dans une telle situation. La guerre oui, hors de ma frontière d’origine, non. Et pourtant, je me suis fait embobiné comme résistant et par des concours de circonstances que certains appels le hasard, me voici sur les hauteurs de la route du littoral nord-ouest de la ville de Rhodes. Et je me remets à pédaler, pédaler… il fait un tantinet frais en ce mois d’octobre 1943.

Il commence à faire nuit… l’étoile polaire me fixe comme l’inuit… je divague de fatigue… il ne reste que moi… j’ai la mort aux trousses… je veux sauver ma peau… la mitraille…

Trop tard…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Entre sourires tristes

Photographie - Anna_Nahowski

Photographie – Anna_Nahowski

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Il est midi cinquante-six depuis dix minutes déjà… étrange. Je prends mon sceau après avoir soigneusement plié ma lettre de… démission et j’estampille… et je remets à la directrice du personnel toute triste de me voir partir avec ce sourire que nous échangeons…

Oui, je pars, je pars, je pars… cela fait du bien de le dire.

Tout me devient indifférent, si ce n’est une assuétude. Je n’ai plus d’envie et l’assaut d’un nouveau projet me laisse froid, comme un rond-point planté dans son sens giratoire. Je tourne en rond-moi.

J’ai pourtant ce sursaut d’instinct de survie, un canot de sauvetage à la Bombard, une phrase du genre « qui n’attend rien, peut tout se permettre »… tout cela dans le même seau de pensées, bien agité, un cocktail, et même si la vie est un cerceau, voire plus justement un carcan… j’ose me bouger pour le partir…

Je pars… définitivement de ma vie d’aujourd’hui, pour une vie de demain, et vais m’inscrire à une asso nommée : « bien rire, bien vivre ». J’ai fait le saut. J’en ai le cafard, mais je souris à l’inscription et m’engage à faire des efforts.

J’ai les zygomatiques frileux, et mon réchauffement climatique perso va être difficile. Je m’arc-boute, et tiens l’arceau de mes efforts comme un haltérophile…

Mais, à l’évidence de quelques semaines, je rends mon tablier-visage-sourires pour celui de tristesse engagée. Suis-je un sot ? Suis-je incurablement triste de vivre que je continue de porter ma carcasse… Si j’étais un triste heureux. Mais non, je suis un triste triste… Alors, je reviens d’où je suis parti et reprends ma vie d’avant qui a toujours été ce monde à moi… en attente du sourire triste de joie de mon retour de la directrice du personnel…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Nuisible ?

Photographie de Osamu Obi

Photographie de Osamu Obi

Agenda Ironique de Mai 2018 La Jument Verte


Nue-propriété ainsi je te désigne. Tu es la femme de ma vie mais tu appartiens à tous… sauf à ma possession.

Je rage depuis ce premier jour nuptial, au détour d’une pièce, une chambrette à ta nu-dit-thé, c’est moi qui te buvais comme un damné, tu me refusais par cet outrage de te posséder de chair…

J’étais le numéro de ta chance, je suis le numerus clausus. De fait, de ma vie j’ai pioché le mauvais numéro et tu me joues depuis trop longtemps ton propre… non, mauvais… cirque. Cela doit, cesser !

Alors, j’ai décidé de nuancer… ma décision suite à ton refus de divorcer et à ma demande de t’acoquiner avec un seul amant et pas tout le… village. Village qui va de mal en pis depuis déjà un temps certain et surtout au moment où l’horloger de la place de l’église s’est accroché à sa seconde femme à la première heure de leur alliance… En fait, ce qui me chagrine ce n’est pas le nombre d’amants qui se donnent du mal à satisfaire ta libido surdimensionnée mais bien d’un immonde individu : le maire du village.

Immonde ? Non, immoral ! Il se promène trop souvent nu sur la rue Principale et je suis tout à fait opposé à une telle pratique qui est de l’ordre de l’exhibitionnisme mal placé. D’un naturisme urbain de mauvais aloi. D’un déferlement de chair ambulante… unijambiste, car il est estropié de la guibole. En vérité, il n’a pas toute sa tête et je ne permets pas que ce va-nu-pied pose la… main, sur ma femme. Femme nullement qualitative, hélas…

De fait, par ces mots, femme, je te répudie de la manière la plus solennelle, ici présentement dans ce lieu public et ô combien estimable par les bonnes gens…

— Qu’est-ce qu’il a le Émile ?
— Il boit trop…
— Trop ?
— Il parle d’une femme qu’il n’a pas…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Vous avez dit injustice ?

Oeuvre de Henri Biva

Oeuvre de Henri Biva

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L’homme se regarde au miroir du puits cyclope millénaires. Il tente de se persuader que la victime n’a pas basculé dans cette fosse d’eau, ce bel ouvrage à la Sychar (sans les chenilles).

L’amant disparu n’était pas à son premier périple adultère. Il avait la frénésie des lits des autres. Les femmes n’avaient en lui que sa parole, pas divine mais ressentie comme telle, et de l’envoûtement aux prémices de l’effleurement, aux élans de séduction, la herse de la conquise était prise d’assaut, ouverte en bastille et embastillé d’amour… frelaté.

Bref, un populaire dont le journal local fait état aujourd’hui et les fessiers de ces dames n’attendraient plus la culbute bienvenue et pour cause : trop souvent la jachère était présente par défaut, impopulaire mais subit, seule et imparfaitement injuste.

L’homme se retourne et demande à sa femme, debout, bras croisés à soutenir sa généreuse poitrine:

— Alors ?
— Alors quoi ?
— Tu l’as fait disparaître ?
— Je n’ai pas les moyens.
— Franchement, on risque d’avoir des soucis…
— Demande le divorce
— On a encore des factures en commun à s’acquitter
— Tu es mesquin
— Je suis pratique, nuance
— Goujat…
— Gueuse…
— A méditer sur mon cas, tu devrais revoir notre position de couple.
— Quel couple ? Nous sommes deux meubles… à s’astiquer chacun dans son coin.
— Tu es ignoble
— Je constate
— Je rage
—… pour rien…
— A ce disparu, qu’importe… un autre me retroussera… tu n’auras pas le triomphe facile…

Et d’une gifle, elle ressent aussitôt l’effet. Et de cause elle s’enhardit à cette attaque surprise et bouscule promptement son mari qui bascule dans le… puits. À ce fait d’armes, elle y voit une chance de refaire sa vie et crie aussitôt au malheur et de l’imprudence d’un époux charitable à qui elle devait le faire croire.

Morale : À qui pense être dans une mauvaise passe, l’injustice sait porter secours.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Je ne vais pas tenir de nouilles cupides

Photographie de Julien Loize - Campagne Picarde

Photographie de Julien Loize – Campagne Picarde

Défi de Lili littérartiste Poésie de l’aléatoire N°4 (projet d’une lycéenne, à encourager, participer)


Je ne vais pas tenir de nouilles cupides
De fruits de salades de ces comestibles
Possédés de l’envers du décor insecticides
Changer ma peau de ces troubles cibles

Je prends la poudre d’escampette à vie
Sur mon cheval allumé de galoper enfin
Étriers aux champs mon cul à cru de défi
J’ouvre mon sacrifice à l’autel de la faim

La vraie qui se cogne d’un congélateur
Dépouillé du savoir-vivre au parcours
Défiant les valeurs d’un bel équateur
Dépose son envie électrique d’amour

Et voilà la rustique maison des labours
A me procurer des fongus séduisants
Des herbes de principes et le four
De bons pains à présent mon amant

Mais l’hiver approche, j’ai grand froid,
Moi l’urbain je suis en baisse de régime
Pris en main par la diète dans ma foi
Je ne gaze plus, suis vidé de mon estime…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Écho de Nous

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Pour la première fois je pénètre un lieu sacré avec légèreté : une chapelle. Et quelle chapelle ! Entourée d’un bois bien boisé comme un vêtement de belle lady il ne manque que le cierge de bonnes mœurs pour raviver ce lieu dont le pèlerin a oublié jusqu’à l’Ondine de l’eau bénite.

Tu es là Mon A assise sur ce banc, robe fourreau à l’encolure triangle, coutures à la viennoise, manches courtes et bottines demi-haute noires à lacets, le tout en bas résilles genre impulsions.

Notre énième rencontre (rendez-vous fait dentiste ou coiffeur), nos sens à l’unisson, nos échanges entre tes lèvres horizontales et verticales je bande mes mots dans ta bouche et te phallus en tes profondeurs, et l’émotion déborde comme le lait sur le feu, nous sommes braises acteurs et spectateurs de notre devenir.

Je m’assoie prêt de toi. La vierge à ma gauche, saint maxime à ma droite, en face un vitrail, le christ en tenu de travail (sur la croix) et sainte marie-madeleine au parloir.

Main dans la main, nos iris entremêlés, nos souffles soumis, notre envie commune en litanie enchaînée, notre parfum d’amour allégorie de nos ébats improvisés… au possible. Pas de messe basse entre Nous. Nous sommes l’unité, la parfaite symbiose, le triangle équilatéral de l’Amour, je suis la racine qui brasse sa terre et tu es cette terre qui mouille toute la passion en ma racine de sève tu t’abreuves…

L’autel n’est pas loin. J’entends un clapotis. Nous nous retournons d’un seul… mouvement. Est-ce un voyeur ? Un oiseau indiscret ? Une eau qui suinte de l’au-delà entre les clés et le gothique de la structure ? Le tuffeau flétri de mauvais temps, de langueur hivernale, d’attentes moisissures… ?

Qu’importe, nous prenons acte et portons nos corps vers l’autel. J’enlève ma veste “solide à l’usage, le tissu composé de pure laine vierge de polyester et d’élasthanne”, et pose ce vêtement confort sur le marbre. Tu hésites. Tu préfères que je te retrousse sur le banc et me voilà à te lustrer

Le membre en attente de toi, il prie le bougre, il est turgescent à souhait, il se crampe et se campe et attend la trempe entrecuisse fiévreuse au bout de ma langue câline et besogneuse…

Nous sommes ce seul regard de Nous en ce moment allumé, synchrone aux remous, rythmes, aux manœuvres en tes reliefs tu me guides, je suis ton matelot tu es ma capitaine, tu fais l’arabesque et nous somme l’entrée de la jouissance que nous refoulons… flux et reflux, tu es belle Mon A…

Et nous entendons, un frémissement en écho en deux directions possible : la Vierge Marie et Saint Maxime…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Paul le Bienheureux … Chapitre I

Image_nous_sommes_occupés

Image_nous_sommes_occupés

Agenda Ironique mars 2018  pour ce mois hébergé par Jobougon.


Jour J

« Il est l’or. L’or de se réveiller. Mon seignor. Il est huit or. » Cette fameuse réplique est de 1971, j’avais vingt-huit ans à l’époque. J’en ai soixante-quinze et il est huit heures. Une jeune du quartier vient me chercher. « J’habite seul avec maman / Dans un très vieil appartement » mais maman est partie depuis peu à quatre-vingt-quinze ans au… cimetière.

En ce matin, je suis triste, très triste. Je regarde sans regarder ce quartier d’immeubles, je ne me retourne pas. Je ne veux pas mourir de suite. J’ai encore la flamme de vie dans mes yeux.

Je monte dans la voiture. La jeune a placé mes quelques valises dans son « espace ». Une assistance sociale a fait le nécessaire. Mon notaire prend les choses en main et moi je me laisse embarquer comme un môme vers l’inconnu… enfin, en direction de la maison de retraite… à dix kilomètres de là. J’y suis allé plusieurs fois en accueil de jour. J’avais aimé… je crois… parce que là, ça va être tout différent… je pense.

J’ai des larmes. Oui. Des larmes discrètes qui me font souffrir. Des brûlures incontrôlables que j’essaye tant bien que mal de cacher en prétextant une poussière dans l’œil.

— Ça va monsieur Paul ?
— Ça va bien, merci…
— Hum…

Elle n’est pas dupe. Elle reste à distance de mon mal être et je préfère.

Il fait beau et je me mets à sourire. Après tout, il faudra bien que je m’habitue à cette nouvelle vie.

Jour +1

Premier réveil, première surprise. Il y a un ancien militaire qui nous fait le réveil au clairon : 6 heures. Branle-bas de combat. Un aide-soignant d’une bonne constitution s’emploie à me faire sortir du lit : “presto presto” dit-il d’une voix de baryton et agrippe drap et couverture d’un seul tenant me découvrant en pyjama une pièce.

— Qu’est-ce ?
— Mon pyjama…
— Votre pyjama ? Une combinaison de plongée ?
— Comme ça, je n’ai pas froid… j’ai le drap en évasion… dans la nuit…

Je ne suis pas très rassuré sur l’expression de son faciès. Et à mon bon étonnement, il consent à ce que je m’habille de nuit tout ainsi. Je suis tout rassuré.

Le petit déjeuner est copieux, trop d’ailleurs : un thé, une demi-baguette de pain, beurre, biscottes, confiture abricot, un fruit (une poire), un jus d’orangeade. Après ça une petite douche bien tiède d’une quinze de minutes, le rasage de près… bref j’ai l’impression d’être un coq en pâte.

Allons découvrir mon nouvel environnement…

(à suivre …)

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Tel qu’on est…

Oeuvre de Charles Dana Gibson

Oeuvre de Charles Dana Gibson

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Tout ça c’t’y du sens ? Je vous l’demande. Bon sang bois. La Marie est partie en goguette avec la Martine. À la pouilleuse ! À la gueuse ! J’ai plus de bergère, à c’te heure. Faut-il du sans-gêne ? Faut-il cent sous de plus dans son escarcelle pour qu’elle reste la ribaude ? Quel mariage à trente ans, je vous jure. A peine consommée que la v’là déjà courir dans les champs d’été à retrousser les gousses. J’ai l’air finaud, je vous dis.

Je suis décent à ne point faire du raffut et rameuter toute la famille. Vrai, j’ai la dot et point de scandale. Et je rage tout de même et puis ne peut être absent avec excuses, à mes journaliers payés à l’heure mais aussi au un pourcent au-delà du quintal ramassé, la rumeur s’est confirmée que si je cours ma mie, suis un mauvais parti et un mal dégrossi.

Je vais rester sagement à me ronger les sangs et qu’elle revienne, la rosse. Je ne prendrais pas mon nerf de bœuf comme le père Gouffier. Non, non. Il est récent qu’il ait corrigé sa moitié aux fesses qu’elle n’avait pu s’asseoir d’ici quinzaine, la garce ! Mais suis point un violent. Faut-il de la main d’œuvre travailleuse et soumise au mieux. Et rien ne sert de tabasser la chair si l’esprit est ailleurs mais une bonne raclée à la ceinture devrait la ramener à la réalité.

Tiens, v’là t’y pas le jeune branleur de vingt piges qui m’épie de sa chariote.

— Qu’est-ce t’as à me z’yeuter le gringalet ?
— Vous êtes bien mis à ce que je vois !
— Quelle outrecuidance jeune blanc-bec…
— Suis bien à votre aise de vous voir en ce chaud moment en torse nu et poilu.
— Mais vas-tu te taire bougre d’âne…
— Qu’est-ce à faire ? On n’est’y pas seuls ?
— Qu’importe, je ne veux pas me faire importuner le nœud par toi vil coquin.
— Tu disais pas ça lors de la foire avec le doux débranché Paulo ?
— L’efféminé ?
— Tout juste…
— C’est du racontar…
— Racontar ? Je vois bien une belle bosse, là… ton gourdin à l’air de prendre du mouvement… est-ce moi ?
— J’ai d’autres chats à fouetter… et arrête de sourire béatement.
— Ah la Marie avait raison… vaut mieux qu’elle se fasse butiner et toi piper… tu aurais meilleure mine et plus jovial tu serais…

Et ce jeune trou, me ressent et d’un coup de fouet remet sa monture au trot et v’là t’y pas qu’il trace et rit comme un damné.

J’ai quelques larmes et pense amèrement : “faire contre mauvaise fortune bon cœur” tel va être mon lot quotidien… ou me pendre.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018