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Kaamelott - série créée par Alexandre Astier

Kaamelott – série créée par Alexandre Astier

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Pour la deuxième fois je prends le canal. J’ai peur. Oui, cette peur animale qui ressort sur la peau et qui intoxique. Il est dimanche matin. J’ai embarqué hier au soir, à la nuit, sur mon voilier monocoque un 10 mètre « 360 grand large ».

Je n’ai pas à être déférent sur la ligne de la vie, je suis à ma ligne de flottaison fidèle avec cette peur de me décevoir, avec cette peur de me saborder pour un mot, une attitude de travers. Je voudrais me cogner la tête contre les contreforts de ma bêtise pour la faire éclater.

Je navigue en mode manuel c’est d’autant plus prudent que par moments je coupe le moteur et laisser glisser sur l’onde fraîche, à la brume éparse, aux premiers clapotis de vies, à la levée de l’haleine du jour avec ses fumets entre végétaux bien pourris et jeunes pousses en devenir…

Mon opération de ce jour est de récupérer mon âme vendue il y a trois semaines à un vagabond en amont du canal. Je l’ai vendue bêtement, stupidement, sottement, mais surtout naïvement.

En fait, j’ai eu une avarie sur mon voilier tout neuf acheté cash suite à des ventes de laitues hors commerces mais pour des gros groupes qui nourrissent des fermes de limaces qui sont transformées pour des produits de consommations externes…

Bref, mon bateau prenait l’eau, moi avec, mais ce jour-là pas de bol, j’étais resté prisonnier à l’intérieur par des effets de la malchance… sans doute… quoi qu’il en soit, si j’ai entendu quelque part « mon royaume pour un cheval », je voulais « mon âme pour ma vie », ce qui était vraiment, mais vraiment déraisonnable.

A l’expression de ce vœu, j’avais de l’eau jusqu’au cou, le sourire de la Mort en porte-manteau devant moi, et à ma gauche apparue un vagabond en hologramme 3D avec effets sur liquide environnant. J’avais le respect de circonstance et la première douleur de la cage thoracique d’un cœur qui voulait faire ses valises…

— Alors, mon brave… vos derniers instants… quelle croix, hein ? dit le vagabond.
— Mon âme pour ma vie !
— Effectivement, c’est possiblement possible… mais…
— Vous n’allez pas me faire le coup de VGE le « oui mais »…
— Si, si… donc, pour moi, vous n’avez pas l’âme, disons, assez crasseuse à présenter…
— Vous… voulez… rire…
— Mon brave… je n’ai pas les moyens de rire et vous non plus si l’eau commence à vous chatouiller le gosier…
— Qu’est-ce… je… dois faire…
— Vendre toutes vos parts financières sur tous les marchés et les déposer sur un compte offshore en Tanzanie… en échange de votre âme.
— Vous êtes un salop…
— Nous nous entendons…
— Je signe où ?
— Vous êtes un marrant… enfin tu es un marrant, je te tutoie parce que nous venons de pactiser à l’instant. Comme tu vois il y a de l’évolution… nous suivons nous aussi les mouvements du progrès…

L’eau commença à descendre, ma Mort s’esquiva et mon vagabond disparu. Le voilier se remit à flot comme par enchantement et l’eau s’ébruita, s’évapora.

Aujourd’hui j’ai tout perdu, argent, clients, mobilier et immobilier, enfants, femmes, il me reste miraculeusement ce voilier et aujourd’hui dimanche matin, je veux récupérer mon âme…

Et le même scénario se reproduit… le voilier coule… la Mort sourit, le vagabond rapplique…

— Alors, mon brave de retour…
—… pour le rachat de mon âme
— Et bien impossible. Tu vas prestement mourir…
— Mais je ne veux pas…
— Tu ne veux pas… tu es en train de boire la dernière tasse…
— Attendez… atten…
— La Mort s’impatiente…
— Propose-moi un autre marché…
— Un autre marché ? Intéressant… pourquoi pas !

Aujourd’hui je suis vagabond et je passe des contrats… d’âmes sans état d’âme pour récupérer la mienne sachant le contrat de dupe…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Un fil de réalité

Blog de lateliersouslesfeuilles contrainte d’écriture. Et voici le texte 🙂

L’hiver s’installe comme chez lui et frictionne les premiers frissons sur les chairs terrestres. Mon regard s’arrête sur un arbre défeuillé, nu; comme moi sous la pluie, juste fine à peine frisée, d’un pommeau de douche, … par delà une grande baie vitrée me laisse croire … en l’accueil … de terre nature en son sein et me fait rapapilloter avec ses champs, bosquets,massifs,bûches et bûchettes, herbes folles qui stigmatisent ce tableau à cœur dépouillé comme un désert sans peau.

Le flot continu, d’une eau juste chaude, à peine froide, polissage du corps et mes paupières se ferment en des volets rêveurs défigurés, éveillés. Je vois, … oui, je vois ce caractère sauvage, ce bas ventre de campagne comme épilé de sa substance nutritive : le respect, dont le fil a été rompu. Toute l’avide moelle de possession de quelques bipèdes affamés, voraces,cupides,rapaces, et surtout insatiables qui exploitent, pressurent,spolient, en un mot, viol … écrase,ruine,supprime, saccage,massacre,ôte,efface,dévaste,brise, broie, bouleverse, … tout cela pour consommer à l’indigestion, à la bêtise, à l’ineptie, à l’imbécilité, à l’ignorance, à la connerie, à la frivolité, au non-sens, …

Je sors enfin de ce malaise. Les yeux en une onde de tristesse, la pluie fine s’arrête, je passe au séchoir vertical, et puis à l’habillage automatique. Aujourd’hui, je vais travailler à l’atelier des bryophytes qui juxtapose celui de l’ethnobotanique de la station BxVz22 de Pcb (Proxima Centauri b, pour les puristes).

Il m’est annoncé huit heures par ma capsule intégrée sous l’oreille droite. On est en l’an trois mille un. Il ne reste de la Terre que des documentaires.

©Max-Louis MARCETTEAU 2017