Ô vertige à la profondeur des hauteurs de la massive vue

Photographie de Bruce Davidson - East 100th Street - New York City - 1966

Photographie de Bruce Davidson – East 100th Street – New York City – 1966

Blog de girlkissedbyfire Défi 52 semaines N°43 le mot : vert


Ô vertige à la profondeur des hauteurs de la massive vue
Des eaux qui s’essoufflent dans le lit du fleuve du Désir
Le sexe en gourdin bien fait s’éprend à se tenir à la crue
D’une vulve dévergondée à l’appel de la tentation d’unir

Les envies fiévreuses du mâle qui s’étire de son chemin
De ronde à la conjugale attraction des moments divins
Il amante en des coups de reins aux hanches toutes prises
L’effet de jouissance s’empare du couple qui se cristallise

Par la coupable obligeance de la morale défiant les âmes
Sur le lieu du coït la vie s’emballe et fertilise les amours
Interdits sur le territoire du mariage tyran et ses lames
L’homme se retire, fait révérence et retourne à sa tour !

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

J’ai le bio dans la peau

Oeuvre de Hans Baluschek - City of Workers - 1920

Oeuvre de Hans Baluschek – City of Workers – 1920

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J’ai le bio dans la peau et je hais toute industrie hypocrite. Pourtant je vis dans un appartement HPE (Haute performance énergétique). J’ai honte. Moi qui rêvais de vivre dans une maison en torchis plaqué dans le Lot avec une femme rustique et des enfants de campagne. Je me sens laid, difforme, hideux, monstrueux … non, pas monstrueux … enfin, bon, je ne vais pas non plus me flageller sur la place publique de mon quartier et attendre que le peuple m’injurie et me condamne à mort.

Cela me fait penser à ce fameux film « Fahrenheit 451 » de Truffaut. Rien à voir. Et pourtant il faudrait des pompiers pour éteindre cet emballement du progrès .. mais l’emballement n’est pas maîtrisable. C’est un constat. Il s’arrêta par un manque. Lequel ? Je ne sais pas.

L’obsolescence n’est pas programmée pour la planète terre. Elle se régénère et pendant ce temps, je vais prendre un ticket de métro et goûter l’humains en fond de terre. C’est répugnant et j’aime. C’est ma vie, je chante et fais manche ou chapeau selon. C’est mon second habitat. Je reconnais des visages, des silhouettes, d’un sexe à un autre, ces humains sont si différents et tout à la fois insupportablement indifférents envers les autres. Tous des inconnus aux hormones identiques et réactions parfois inattendues mandatés à survivre en milieu hostile qu’ils ont eux-mêmes fabriqués de toutes pièces …

Je vais rentrer ce soir vers vingt-trois heures, me prendre un café, des grillés, du beurre salé … un peu de Netflix et me replonger dans mes cours en e-learning de cosmétique. Peut-être que ce monde est trop cosmétisé … je suis aussi de ce monde … customisé …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Entrailles indigestes

Photographie - collecteur à Montréal - 2009

Photographie – collecteur à Montréal – 2009

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— Faut pas mélanger les sexes.

Notre chef est contre la féminisation de notre métier : égoutier. « Vous vous voyez dire : une égoutière ? » comme sage-femme pour sage-homme ? Mais plus que cela, c’est la particularité d’un milieu extrême.

Le chef n’a pas tort. C’est un homme bien et qui respecte tout le monde et n’est pas à ressasser sans arrêt les mêmes choses. Il dit une seule fois et c’est entendu.

— Aujourd’hui, on va nettoyer la galerie nord-est correspondant à la rue des Bolets et ne snobons pas notre joie, il y a peut-être de belles trouvailles comme la dernière fois…

Le chef a raison. Nous avons trouvé un bouton de manchette de chez Dior. Après une tractation de bon aloi dans le quartier sud chinois, on nous a remis une somme rondelette que nous avons partagé équitablement.

Bref, nous sommes prêts de prêts avec notre équipement et nous descendons dans la première veine par la porte grillagée dont l’accès est sur le Quai Montsouris. Mais le gag est qu’il y a des trompe-l’œil qui représentent exactement la même grille six fois de suite et parfois notre chef est mystifié et nous rions de bon cœur. Ici pas de moquerie intempestives.

Nous sommes beaucoup plus qu’une équipe. Nous sommes comme une famille, nous vivons en coloc pour certains d’entre nous. Moi je suis avec le chef…

— Messieurs, les entrailles de la ville nous attendent, faisons la digérer de ses pestilentielles selles

Le chef a toujours les mots pour nous donner du courage avec ce brin d’humour et de philosophie que j’adore. Nous sommes soudés et le premier qui prend la marche est sûr de notre connexion, de notre éveil, prêt à tout et à faire sus à toutes éventualités qui contrarierait notre progression, notre travail mais surtout à la sauvegarde des uns et des autres.

— Nous sommes à présent dans le cœur de la galerie et j’ai toujours cette impression d’être dans une des serres du Jardin Botanique de la ville, à cet endroit par la moiteur, la lourdeur de cette atmosphère…

Le chef sait donner une définition à chaque galerie. Je trouve cela fameux. Et nous commençons notre travail quand notre radar commun détecte une présence du vivant : clignotement… rouge. Qu’est-ce ? Des rats ? Non. C’est plus imposant. Un crocodile comme il y a cinq ans ? Non, c’est plus énorme… alors ? Nous nous arrêtons d’un seul homme. Les mouvements des chuintements réguliers, les vibrations monotones, les bruissements symétriques du nauséabond… s’arrêtent. Qu’est-ce qui arrive ou qui va nous arriver…

— Bonjour. Le journal régional s’ouvre sur une page dramatique. L’équipe d’égoutiers est portée disparue… toutes les hypothèses ne sont pas évacuées pour confirmer ce qui reste à l’être…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Défilmer

Photo Willy van Rooy de Giampaolo Barbieri

Photo Willy van Rooy de Giampaolo Barbieri

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Toi ma Mexicaine aux bottes blanches de quatre lieues, aux cheveux blonds à la Marilyn, au caractère d’une Bonnie, j’attends que tu me délivres du fameux Dragon Jaffin. Je suis son prisonnier et me traite en imposteur, moi qui suis le Mage reconnu de toutes les terres émergées.

Il a osé, le traître, par ma confiance m’isoler avec son feu séducteur et me suis fait prendre à ce piège de… débutant.

Je rage devant son sourire quand il vient m’apporter ma pitance journalière en serviteur accoutré et m’impose les chaînes de lierre qui obéissent à sa seule voix.

Je ressens dans cette solitude d’autres cellules, et une particulière, un genre de… bordel… aux gémissements qui ne laisse aucun doute.

Tu dis ? Je t’entends pas très bien, il y a du parasitage… que je suis à l’épreuve ? Pourtant n’ai-je pas réussi mon renouvellement de Mage avec succès, l’année passée ? Réponds !

Tu es vraiment décidée à me mettre en ébullition, moi qui a été ton Maître, ta Voie, ta Fertile Perception, tu me laisses à ma propre angoisse dans ce cachot !

Maudite, trois fois ! Je rage doublement et… je ne suis qu’un naïf d’une vision nocturne : je perçois les contours mais non les âmes. Je vois la guerre et non les blessures, les morts… Je vois le sexe et non l’amour, les sentiments…

Je suis coupable de ne pas avoir su… t’aimer… Je sais pourquoi, je suis ici, aujourd’hui dans cette situation inconfortable…

Tu dis ? Je suis un monstre ? Comment un monstre ? Je tremble de rage dans cette prison qui n’est pas la mienne…

Tu dis ? Cette prison est ma prison ? Tu délires… je suis mutilé, humilié, offensé, rabaissé…

— Monsieur, monsieur… arrêtez de crier comme cela, vous êtes dans un cinéma.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018