Pour faire fleurir la tristesse

Photographie Iotop 2022

Blog oulimots contrainte écriture


Le pétale rose est morose sur son balcon au regard lointain défiant la forêt de toitures qui semblent une peinture indélicate trop grise pour que le ciel s’en offusque lui qui a de sa préférence le nuage cirrus…

L’Astrolabe, son voisin, installé sur la petite table verte bien en fer, est silencieux et semble trier ses souvenirs tel l’humain assis près de lui avec son kilo de lentilles à départager l’ivraie avec une loupe, son troisième œil…

Paul entend sa Tentacule, sa voisine de palier, jouer de l’Orgue qui semblait pleurer d’une larme à une autre pour faire fleurir la tristesse en cet après-midi qui semble s’étirer sur le bord du rien sur le bulbe d’étrave fendant le néant…

Exergue qui fumait sur le balcon, le compagnon de Tentacule (pas du balcon), dit à Paul :

— J’ai cerné le pourquoi de la question.
— Quelle question ?
— Les gens
— Quels gens ?
— Oui, les gens qui passent, là, en dessous, sur le trottoir du côté de l’ombre alors que le soleil sur l’autre trottoir personne ne s’y aventure…
— Ah ? Et ?
— Eh bien, c’est la volute de l’escargot géant planté comme une stèle sur le trottoir ensoleillé qui pose question, tout simplement !
— Ah ? et les gens ne semblent pas apprécier et ils changent de trottoir, c’est ça ?
— Oui…
— Dis-moi, tu prends toujours tes médicaments pour les hallucinations ?
— Oui, pourquoi ?
— Non,comme ça, pour causer, pour le pourquoi de la question qui… me posait question….

© Max-Louis MARCETTEAU 2022

Alors, on prend le soleil ou on se bouge ?

Agenda Ironique Juin 2018 : carnetparesseux


— Alors, on prend le soleil ou on se bouge ?
— Minute poupée, on est en pleine brousse, là !
— Faut pas abuser, hein, non plus… la voie est libre… devant nous !
— Possible, mais tu n’as pas par hasard une… boussole ?
— La chèvre connaît la direction.
— La direction ? C’est à un lieu, un endroit, qu’il faut nous rendre !
— Qui dit direction dit lieu.
— Rien à voir. Tu peux avoir une direction sans t’arrêter. Pareillement, tu peux « trouver chaussure à ton pied » et enfin de compte ça ne marche pas…
— Je ne vois pas le rapport. Et puis, ça tient pas debout…
— Suis assis, là.
—… ton raisonnement.
— Une direction c’est un point A vers un point B pour les déterministes. Pas pour moi.
— Tu connais la géométrie ?
— Je connais, je connais et je maîtrise.
— Laisse-moi rire. Alors, tu vas nous conduire au hasard avec un tel discours.
— Le hasard est un concept pour les non-déterministes et monothéistes incertains…
— Ne sors pas ta science… je ne comprends rien.
— Les filles ne comprennent rien de toute façon.
— Bon, on va pas attendre midi pour démarrer.
— C’est moi le conducteur, je fais ce que je veux… na !
— On n’est pas arrivé.
— On n’a pas démarré.
— C’est bien ce que je dis.
— Tu fais rien que me contrarier…
— Tu ne vas pas pleurer pour ça ?
— Non, je m’exprime en tant que minorité.
— Minorité ? Tu divagues, Charles…
— Non, Paulette…
— Comment, non ?
— Y a toi : une fille et une chèvre : une fille, donc tu fais le calcul : je suis le seul garçon !
— Dis-moi, tu as le chaudron du haut qui chiffonne sec de la pensée délirante.
— C’est un constat. De toute manière quand ce n’est pas toi qui a le bon discours, les autres sont des autruches.
— Tu fais une crise d’infériorité, là ?
— Non, j’assume ma minorité et je m’exprime au nom de toutes les minorités !
— C’est bien ce que je dis, tu travailles du chapeau. Bon alors, on avance ou on fait une conférence sur les minorités délirantes dans l’organisation de la colonisation des majoritaires ?
— Ah ! ça, c’est bien un titre d’intellectuelle dans ton genre.
— Je ne suis pas une intellectuelle, moi, je suis une fille de bonne famille qui apprend comment on doit éduquer les prochaines générations de garçons.
— Tu ne me fais pas la féministe avant la lettre ?
— Quelle lettre ? Tu déraisonnes ! Le soleil est bien haut et il atteint tes honorables neurones.
— Je dis que tu es en train de porter les premiers chapitres des suffragettes.
— Je ne connais pas les mots que tu emploies… tu es avant-gardiste ou hasard de néologismes primaires ?
— On s’égare, on s’égare…
— Pour le moment on est toujours en place… pas de gare à l’horizon, de toute façon le train n’est pas encore inventé, ici…
— Très drôle… franchement
— Dites-moi les deux drôles dans ma charrette, on va pas s’éterniser sur vos palabres ?
— On t’a pas sonné… la chèvre.
— Eh, le mouflet, tu peux changer de braquet et j’ai pas une cloche au cou, moi !
— C’est de moi que tu parles la chèvre dévergondée ?
— Oui, c’est ça et je peux te dire que tu as à faire à un drôle de pingouin de compagnie.
— Suis pas un pingouin.
— C’est une expression qui me vient d’un aïeul qui avait eu maille avec une pieuvre à la tentacule historique d’avoir été goûtée par inadvertance…
— On ne te demande pas ton arbre généalogique, la chèvre.
— Mais…
— Y a pas de mais ! Bon alors le gars, on s’enracine ou tu prends les rênes de l’affaire ?
— Hue ! la chèvre !
— Suis pas un cheval ! Va pas commencer à me prendre le pi en 3,14, le bougre !
— Silence la chèvre et avance, sinon je fais appel à un dénommé Seguin.
— Ça va, ça va… suis pas sourde…
— Allez la chèvre, je vois que tu comprends la bonne résolution et mène-nous au lieu convenu.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018