Parcourir des arpents de prairie sur le dos d’une chèvre

Homme de pierre – peinture de Xue Jiye

Blog oulimots contrainte écriture


— Alors ? Aujourd’hui ?
— Pareil !
— Qu’hier ?
— Que tous les aujourd’hui !
— D’un aujourd’hui à un autre c’est le même, c’est çà ?
— Le même !
— Y a pas d’hier ?
— D’hier ? faut croire que non.
— Non, c’est vite dit ! Non ?
— Non, ce n’est pas vite dit !
— Tout de même, c’est fort !
— Laisse-moi Anna !
— Ce n’est pas grave.
— Oui !
— …
— …
— Dit
— Oui ?
— Je pensais : anaphores, là !
— Anna … fort ?
— Non ! Notre discussion ressemble à des a-na-pho-res.
— Ah ? En tout cas, rien à voir avec des alexandrins.
— C’est ça !
— Et si tu changeais de jour ?
— De jour ?
— Par exemple, si tu disais qu’un jour est un autre ?
— Comme par exemple ?
— Eh bien, si tu te dis : lundi est différent de mardi, mardi de mercredi … tu vois ?
— Je ne vois pas l’intérêt.
— Tu refuses d’avancer ? Tu rejettes ma requête ?
— C’est ça !
— Tu veux rester dans un aujourd’hui identique ?
— Dans mes pénates bien au chaud !
— Pourquoi ? franchement ?
— J’ai une prothèse de cerveau.
— Je sais ! Et ?
— Et ? J’essaye d’éviter les incohérences … je dois maîtriser…
— Comme par exemple … ?
— Devenir aphone.
— Ne faut-il pas « lâcher la bride« ?
— Je ne comprends pas la question.
— Dépossède-toi de tes connexions néfastes.
— Tu penses que je dois faire intervenir un vaudou ?
— Ne soit pas incohérent, là !
— Tu crois ?
— Comment te sens-tu à cet instant ?
— En apnée
— Normal.
— … et de parcourir des arpents de prairie sur le dos d’une chèvre dans un seul souffle ?
— Étrange !
— Tu sais …
— Oui ?
— C’est à en perdre la tête …
— Prise de tête, non ?
— Aussi … je me demande …
— Oui ?
— Aussi … je me demande …
— Euh … oui ?
— Aussi … je me demande …


— Professeur, professeur, votre énième condamné n’a plus sa tête … professeur Guillotin ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Consommez votre solitude toute seule

Feu_cheminée_le_divatte_Iotop_2018

Feu_cheminée_la_divatte_Iotop_2018

Le Marathon de la Nouvelle (merci à Sabrina de cette découverte)


— … et faites pas cette demi-tête.
— Ça ne veut rien dire : demi-tête … c’est la tête entière, et dites : ne faites pas la tête.
— Vous êtes vraiment à fleur de chose.
— On dit : à fleur de peau.
— Oh là là là là … quel mauvais coucheur !
— Vous pouvez dire : quel mauvais caractère.
— Je ne dis plus rien.
— C’est ça … consommez votre solitude toute seule.
— C’est bien pompeux.
— Non. Je vous dis d’une manière élégante ma pensée.
— Passez moi plutôt votre veste.
— Non.
— J’ai froid.
— Vous avez qu’à regarder dans les caisses environnantes.
— Franchement, vous n’êtes pas aimable.
— Normal, non ?
— Non !
— Comment, non ? On vient de tout perdre !
— Nous sommes vivants.
— Et après ?
— La survie n’est pas qu’une question de volonté, il faut un minimum.
— Eh bien, je n’ai pas de besoin de vous.
— Que vous dites.
— Comment ça, que je dis ?
— Nous sommes perdus à jamais …
— Impossible !
— Une camionnette de vêtements, au fond d’un ravin ?
— Si vous ne m’aviez pas allumé, nous n’en serions pas là !
— Vous n’avez jamais vu une femme en robe d’été ?
— Si, mais pratiquer de l’auto-stoppe en tenue aussi courte …
— Et si j’avais été en maillot de bain, deux pièces, hein ?
— Pas pareil !
— Comment ! pas pareil ?
— Bon, écoutez … j’ai mal aux os et au dos … je ne vais pas traîner, là …
— Avec la nuit qui arrive …
— Vous faites ce que vous voulez, je me casse …
— Vous avez le sens de l’humour.
— Non, je tiens à survivre et même sans vous.
— Chacun pour soi.
— C’est ça
— Mais dites moi avant de partir … vous n’avez pas oublié un détail ?
— Quoi ?
— Je suis déjà morte.
— Morte ?
— Eh oui.
— Moi aussi … alors ?
— Irrémédiablement …
— Mais alors, cette conversation ? …
— Nous sommes devenus des errants … des ectoplasmes …
— La tuile … nous sommes liés à jamais … pour l’éternité …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Mon joint qui me sourit comme un requiem

couverture_editions_fleuve_noir_titre_marie_meutre_auteur_jean-pierre_ferriere

couverture_editions_fleuve noir_titre_marie_meutre auteur_jean-pierre_ferriere

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


J’écoute la sonate pour piano n° 6 en ré-majeur par Amadeus. Il fait nuit chaude et le cœur qui refroidit, je suis allongé sur le sable. L’océan s’ouvre et se ferme aux notes des voûtes célestes et de mon joint qui me sourit comme un requiem… mauvais présage ?

Je joue mon concerto devant l’écume blanche et mon allegro me souffle dans les branchies crescendo la noyade de mon état est à prévoir et je tourne en rond entre ce rocher de vie et le sablier du temps suspendu au-dessus de mes yeux … mauvais présage ?

— Tu fais quoi, Paulo à poil sur cette plage ?
— Je fais mon carnaval … et toi Abeline ?
— Je fais une fugue.
— Une fugue ?
— Je suis partie de ma communauté …
— Tes parents ?
— Oui.
— Tu devrais retourner de suite
— A quoi bon …
— Pour éviter une ouverture d’angoisse pour eux …
— De toute manière que m’importe, je viens de les … assassiner …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018/2019

Comment, nu ?

Tom_cartoon

Tom_cartoon

Blog popinsetcris contrainte écriture.


C’est décidé, aujourd’hui, je cours. Je vais faire un footing… nu ! Oui, oui, tout nu… mais avec des chausses. Je suis à la campagne et donc pas de sous-entendu en sous-bois ou même entendu de : atteinte aux bonnes sœurs… mœurs (excusez).

Enfin, quoi ? Il faut manger sain, naturellement et bien… je cours… nature et même si l’on dit que la nature “se pare de ses plus beaux atours”, je dis toute même qu’il y une certaine gâterie à m’apercevoir… si le cas se présente.

J’entrevois des haussements d’épaules et ceux qui pensent : un caleçon, au moins pour minimum et bien, non… n’insistez pas. Et ne pensez pas que j’ai la cuisse légère parce qu’il me prend idée de courir ainsi dans les bois entre les regards d’une rivière qui pourrait sortir de son lit, des feuillages prêts à m’ignorer par pudeur sur vent siffleur et oiseaux persifleurs et de celui qui glande la haut, le Très Haut.

Donc avant de poser mon premier pas de foulée sur le vénérable sol de ma contrée bien aimée, je prends quelques forces et me tartine de mon fromage adoré le Sainte Maure de Touraine.

Allez, je m’échauffe les muscles et hop, dehors. Il est matin, il fait un tantinet frais. Je prends une petite route qui mène directement sur un chemin viticole. Je n’ai pas vraiment le temps de m’apercevoir que la voiture de la factrice arrive, qu’elle freine brusquement. Aucun temps de réagir, je me fracasse comme sur mur, la tête sur sa portière et tombe comme une marionnette, à terre.

La factrice prend peur ; appel les pompiers, la police, les journalistes et je suis embarqué à l’hôpital le plus proche et j’intègre quelques jours plus tard l’hôpital psychiatrique.

— Non, monsieur, courir nu n’est pas synonyme de premier homme sur la terre. Non, monsieur vous avez arrêté votre traitement et vous devez être soigné.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Apparence

Il était une fois,

Une Fée des Bois, amoureuse d’un poète écuyer.

Le commun mortel ne se doutait de rien, au loyer

D’un chevalier despote, affairé le jour à nettoyer

L’équipement et la nuit à versifier au poulailler !

 

Cependant, aux jours dominicaux, au chant du coq,

Il s’installait à l’auberge de la Grenouille en Toc,

Pour se rafraîchir le gosier tout en entonnoir ad hoc,

Et se plaisait à se poivrer jusqu’à devenir une loque.

 

La Fée, en tenue de marchande de fleurs, s’attablait,

Chaque fois, près de son futur sauveur, avec le souhait,

Que ce bel écuyer lui déclame un sonnet en malice,

Afin de la débarasser d’un bizarre et outrageant maléfice !

 

Ce jour-là, il n’avait pas la tête à vinasser son existence.

Il commandait un jus de concombre, comme par pénitence.

La Fée à ce tableau s’enhardit et, à l’approcher sans nuance,

Avouait son tourment qui l’accablait jusqu’à la défaillance.

 

L’écuyer écoutait de ses oreilles, le cœur dans une bulle,

La raison parfumée de liberté, il arrêtait d’un geste le calcul

De la Fée et lui ôtait son voile blanc d’où jaillirent des tarentules,

Qui se brisèrent comme du cristal. Il était mage sans majuscule !

 

©Max-Louis MARCETTEAU

Trancher

Hitchcock Alfred

Hitchcock Alfred

– Franchement, vous croyez cela bien utile ?
– Tout à fait ! Donc, vous clignez les yeux, deux fois.
– Vous en avez de bonne vous.
– Allons, il vous suffit de peu.
– Vous pensez que j’ai la tête à ça ?
– Il faut vous concentrer que diable !
– Facile à dire. Je ne vous promets rien …
– Allons messieurs, il n’est que trop temps.
– Deux fois les yeux, deux fois …

Et la tête fut tranchée … en un clin d’œil !

©Max-Louis MARCETTEAU

9ème mois avec Toi

Septième Ciel est le premier sommet de l’Amour,
Et le franchir dans un état sincère sans détour,
Promet d’ouvrir d’autres chemins avec bravoure
Tête haute, cœur vrai, âme déshabillée du discours
Et découvrir des cimes que le mortel de sa petite cour
Modeste doit apprécier en chaque parcelle du jour
Bénie de vivre ces moments toujours trop courts
Renouvelés jusqu’au questionnement du doute vautour
Et revenir les pieds sur terre défait ou fortifié de cet Amour !

©Max-Louis MARCETTEAU 2017