Entre le néant de soi et le terrestre de la chose

Oeuvre de Peter Kemp

Oeuvre de Peter Kemp

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Le Vocable, aujourd’hui, a pris sa valise et décide d’aller en vacances dans les montagnes. Reposer sa voix avant que le gouffre de la déchéance ne vienne le saisir par le gosier et l’étouffer dans le tumulte d’un air qui demanderait la parole … Il est vrai qu’il y a des paraboles difficiles d’accès (à ne confondre avec la parabole du voisin).

Arrivé à bon port, au village des Quatre Cimes, il rencontre par hasard une raideur dans la trachée. Cela l’inquiète. Le changement de climat? Il pense avec angoisse à sa lubie des bonbons acidulés. Une conséquence néfaste qui s’impose ? Non, impossible !

Le Vocable ressent sa frêle existence. Il va déposer son bagage dans sa chambre d’hôtel et commander une soupe bien chaude. Il est vingt heures. Le monde du restaurant s’éponge aux mots quotidiens, une passable ambiance, presque inanimée comme le déteste le Vocable qui n’est pas illuminé par la joie ou même le réconfort de son bouillon qui n’a fait qu’accentuer sa douleur constante et lancinante …

Il monte tranquillement à sa chambre. Une bonne nuit de sommeil va le remettre. Il le pense. Il le croit, même en non croyant. Car, il ne suffit d’être croyant pour croire mais bien d’avoir la foi de croire pour ne pas être croyant … ou inversement.

Il est matin. Petit déjeuner. La voix enrouée. Rien ne va plus, pense-t-il entre deux tartines grillées sur le rebord de braises bien aises et allumées.

Sa décision est prise. Son pèlerinage (il cherchait le mot bien avant d’arriver à ce village) il le fera dans les montagnes, bien en hauteur, le ciel comme voisin et la vision à en perdre la vue. Quand le Vocable, tranche, il tranche.

Et le voilà à mi-hauteur, entre le néant de soi et le terrestre de la chose par le vide et d’un autre côté le plein de soi et de la matière en pierres redoutables et inaccessibles. Il est au bout de son chemin. Sa gorge est une douleur complète. Quand d’un effort, il en sort un sifflement comme une agonie que la montagne entend fait écho et porte par retour aux oreilles de Vocable la transmission de sa fin, la jubilation d’être enfin reconnu par ses pairs comme étant un médiocre … l’achève d’un seul tenant …

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Crique mortel

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J’aime me faire bronzer recto verso au soleil rieur hors des couettes nuageuses et parfois orageuses, entre dix heures et midi, seule et nue de préférence sur le sable d’une crique… privée et proprios absents.

Il est onze vingt et… le nombril me chatouille… en creux. Je surface ma main à son endroit et dévisse un doigt onglé à l’intérieur… je vrille de gauche à droite.

Est-ce un signe ? Quant à ma totale surprise une eau spacieuse s’étale à la verticale de mon allongement. Je me redresse à quarante-cinq degrés, chapeau de paille sautillant sur le sable et lunettes de soleil qui se gardent bien de se déstabiliser en un pareil moment…

Je regarde de droite, de gauche… rien qui m’alerte sur un coquin farceur, un obsédé de l’eau, un nuage pisseux par inadvertance… rien, si ce n’est comme une ombre sur la tranche avec une forme qui n’est pas sans me rappeler… quoi donc ?… euh… un arrosoir géant…

— Alors, ma belle on prend l’aise sur mon sable ?

Et il parle. Je vis un instant … instantané sans filtre… Je tranche avec moi-même qu’il y a une inversion de temps, une erreur des choses entre l’inerte et le vivant. Bien qu’auparavant j’étais sur le dos… inerte et bien vivante.

Je suis abasourdie par ce phénomène et il est vain de contrarier ce moment de… délire… c’est ça, je délire.

Je me lève, cherche une pierre pour chasser cet intrus. Je trouve un… gros squelette coquillage et jette ma colère, ma frousse, mon ignorance… sur un arrosoir, là, à six bras de moi, à ma gauche… et je l’atteins de plein fouet, au flanc et il s’écroule sur le sable chaud comme un duvet qui vient de sortir du lit.

De suite, je cherche un élastique pour le ligoter… pour qu’il ne s’envole pas. Son restant d’eau se répand de plus en plus vite à mes pieds. Par chance, j’aperçois une bêche mis au coin pour avoir fait sa tête de… bêcheuse. Et là, je creuse, creuse, creuse, creuse, creuse…

— Creuse plus profond ! Cette gueuse n’est pas prête de revenir sur mes terres…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Détermination… tranchée

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Il y a du vertige comme de la migraine, tout est question d’oxygénation du cerveau. Il parait. Et selon mon entourage j’ai un petit cerveau et la nitescence de mon intelligence n’est jamais venue me prouver le contraire. Qu’importe.

Aujourd’hui, je pars en voyage. Pas d’affaires. En vacances… prolongées. Je suis sur le quai et j’attends que le train vienne se présenter. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais éclore. Non, non ! Et pourtant je suis en germination.

En vérité, je viens de quitter mon mari. Un ignorant. J’ai aimé pendant vingt-trois ans trois mois et maintenant six jours et… quatre heures, aussi un naïf. Et cela me rappelle Paul Guth “Mémoires d’un naïf”. Rien à voir.

En partant ce matin, il ressemblait à un saule-pleureur. J’ai cru ne jamais partir. Je me suis ressaisie, et j’ai fermé la porte et j’ai vu sur le palier poindre la liberté et ce poids à l’estomac se réduire. Je commençais à me remplir de positif. Cela ne s’explique pas, ça se vit.

J’ai marché lentement. Chaque rue est un souvenir. Chaque magasin aussi. C’est pour moi un moment de libération mais aussi d’un mal au cœur indéfinissable. Tout cela se mélange comme une mauvaise absinthe. Je respire lentement. Mes talons claquent et j’ai soif. De l’émotion, oui. Je frissonne un bref instant. Et puis, je souris.

Et la gare qui était devant moi. J’avais pris ma décision de partir depuis trop longtemps pour l’ensorceler de bonne manière et ne pas craquer au denier moment. Notre séparation a été muette comme une évidence, sans un mot, un souffle de regret, un cri d’abandon ou de colère. Non. Comme si nous n’avions jamais existé, les années éprises dans le tourbillon de l’incompréhension. Nous étions des automates du quotidien. Des meubles sans importance, de la vaisselle un peu ébréchée, des vêtements du tweed au tergal usé. Nous étions tout cela à fois, élimés et réduits à des nuits d’ennuis. Deux colocataires.

Le train vient de se positionner et de s’arrêter. Je m’installe à l’étage d’un wagon. Je m’assois. Et j’entends, derrière moi une voix fluette et claire :

— Allons, mon Amour revient !

Et, ni une, ni deux, je me lève, ressors ma valise de son emplacement bagages, dézippe un pan et sors… une serpe à bec…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Pas de solution, sans idée !

Moteur-fusée Rocketdyne RL-10 et Miss NASA 1968

Moteur-fusée Rocketdyne RL-10 et Miss NASA 1968

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point »; ce qui n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît dans ce monde où courir est le premier sport national du travail ; car point au lièvre en ses performances est à blâmer au bout d’un certain temps épuisé (burnout : pour les fêlés des anglicismes) par le rythme imposé par le diktat suprême du rendement, tenu par la cravache du rapport qualité prix à fournir au client ; de fait, la carotte étant ce qu’elle est, il ne faut pas s’étonner qu’une part de la masse travailleuse en a ras le bonnet et voit rouge … ce qui amène à une tendance particulière à s’aviner pour tenir la cadence, telles les bonnes pommes nommées Redlove, toujours prêtes à servir servilement sans pépin, la majeure partie de la production demandée avec force procédures … elles finissent tout de même par se « gâter » la pulpe !

Et même si dans ce monde il y a des freins naturels qui s’opposent aux ordres des : urgence, fait pour hier … ; les nommés Gaston, fers de lance du : « pas trop vite le matin, doucement l’après-midi », qui portent le travail seulement dans le dictionnaire, force est de constater que l’équilibre manque à ce tableau !

On est au cœur de ce paradoxe entre celles et ceux surchargés d’ouvrages et les désœuvrés ; une des clés de ce dysfonctionnement est le Progrès ! Flaubert en son temps le contestait ! Mieux, Lévi-Strauss nous met en garde : « chaque progrès donne un nouvel espoir, suspendu à la solution d’une nouvelle difficulté » ; en effet, à l’exemple de l’automatisation des tâches, le chômage est de cet ordre et comme le disait Georges Pompidou lors d’une interview : « nous en parlerons encore longtemps » ! en effet, on parle encore et encore.

Alors, y a-t-il une solution ? Tranche de travail et rondelle de repos, les parties d’horaires devraient être … tranchées sans plus attendre à la coupe… plus équitablement !

Ainsi nous aurions une certaine liberté de vivre et comme nous le dit si bien La Bruyère : « la liberté n’est pas oisiveté ; c’est un usage libre du temps, c’est un choix du travail et de l’exercice : être libre en un mot n’est pas ne rien faire, c’est être seul arbitre de ce qu’on fait ou de ce qu’on ne fait point » !

©Max-Louis MARCETTEAU