Une pie pied-bot sur une branche d’automne

Banc Montsoreau – Iotop 2020

Blog oulimots contrainte écriture


Il était une fois un banc public en marbre esseulé sur une hauteur. Hauteur indéfinie et palpable par le regard trop étroit pour ne pas ressentir l’effet entonnoir d’un horizon possédé de sa toute puissance d’animer un lointain qui n’a pas de nom et dont la destination se cherche comme égarée par la perte irréversible de la boussole son amie …

Quoi qu’il en soit, ce banc que déstructure l’œil d’une pie pied-bot sur une branche d’automne est d’une allure lugubre. Le malaise a sa signature aux quatre pieds herbeux de tous les âges et devine que la pie pied-bot semble sensible à la déchéance de son ami le banc hanté par une angoisse ancienne …

— J’ai froid ! dit le banc.
— Je n’ai pas le beau plumage d’un canard mandarin pour te couvrir, répond la pie pied-bot.
— Amie, tu es belle par tes paroles…
— Je te revois recevoir tous les jours de l’été les égarés de la vie sentimentale par ton envoûtement… prêts à se jeter …
— Je me sens … envahir d’un effondrement inexorable…
— … et si d’un trait de plume j’effaçais le gris de ton domaine intérieur ?
— Laisse … laisse-moi souffrir de ses brisures du temps qui me piquent à mille endroits à la fois … et cependant me font vivre …
— Ne soit pas orgueilleux !
— Si tu pouvais me faire évader de ce lieu…
— Je serais triste de ne plus te voir, moi.
— Ne soit pas égoïste…
— Notre complicité indissoluble ne devrait pas s’envenimer d’adjectifs irritants.
— Mon automne me saisit les veines perméables à la pluie de millions de voix aiguës transperçant les méandres de mon incertitude.
— Tiens, voilà une femme … une autre égarée … il est bien tard …
— Mes quelques mots ont atteint l’essentiel de son âme maussade…
— Je veux bien te croire.
— Voilà mon réchauffement …
— Va-t-elle aussi plonger ?
— Faut-il l’espérer.
— Elle est brillante …
— Babioles ou pas, tu vas pouvoir te faire plaisir.
— Elle s’assoit … elle pleure…
— Enfin une bonne nouvelle.
— Le précipice est à deux pas …

Les deux compères, dont l’un se nourrit du désespoir et l’autre de bijoux, comptent leur énième victime sur leur boulier commun de leur souffrance …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Entre sourires tristes

Photographie - Anna_Nahowski

Photographie – Anna_Nahowski

Blog popinsetcris contrainte écriture (mots définitions)


Il est midi cinquante-six depuis dix minutes déjà… étrange. Je prends mon sceau après avoir soigneusement plié ma lettre de… démission et j’estampille… et je remets à la directrice du personnel toute triste de me voir partir avec ce sourire que nous échangeons…

Oui, je pars, je pars, je pars… cela fait du bien de le dire.

Tout me devient indifférent, si ce n’est une assuétude. Je n’ai plus d’envie et l’assaut d’un nouveau projet me laisse froid, comme un rond-point planté dans son sens giratoire. Je tourne en rond-moi.

J’ai pourtant ce sursaut d’instinct de survie, un canot de sauvetage à la Bombard, une phrase du genre « qui n’attend rien, peut tout se permettre »… tout cela dans le même seau de pensées, bien agité, un cocktail, et même si la vie est un cerceau, voire plus justement un carcan… j’ose me bouger pour le partir…

Je pars… définitivement de ma vie d’aujourd’hui, pour une vie de demain, et vais m’inscrire à une asso nommée : « bien rire, bien vivre ». J’ai fait le saut. J’en ai le cafard, mais je souris à l’inscription et m’engage à faire des efforts.

J’ai les zygomatiques frileux, et mon réchauffement climatique perso va être difficile. Je m’arc-boute, et tiens l’arceau de mes efforts comme un haltérophile…

Mais, à l’évidence de quelques semaines, je rends mon tablier-visage-sourires pour celui de tristesse engagée. Suis-je un sot ? Suis-je incurablement triste de vivre que je continue de porter ma carcasse… Si j’étais un triste heureux. Mais non, je suis un triste triste… Alors, je reviens d’où je suis parti et reprends ma vie d’avant qui a toujours été ce monde à moi… en attente du sourire triste de joie de mon retour de la directrice du personnel…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

A coeur

Femme au balcon ( je n'ai pas trouvé l'auteur de cette oeuvre)

Femme au balcon ( je n’ai pas trouvé l’auteur de cette oeuvre)

Exister en silence, aux barreaux du quotidien,

Enchaînée aux brisures des souvenirs en flots,

Griffures gravées aux parois de tristes liens,

Le cristal du cœur survit, sa braise en écho,

Attend le magicien pour l’enflammer à nouveau !

© Max-Louis MARCETTEAU

 

A la vôtre …

Photographie de Patrizia Burra

Photographie de Patrizia Burra

Ce soir, je me sens triste comme une patate ébouillantée. Je tourne en rond entre deux neurones qui jouent au badminton. Les feux sont éteints en moi.

Les feux de quoi, d’ailleurs ? Les feux de l’amour ? Non. Les feux de vie. Ils sont éparpillés sur des plages. Les vagues n’ont rien effacé et le sable en à garder les empreintes. Étrange de vivre comme un marbre qui se désagrège.

Écriture de l’ennui. Écriture de nuit. Écriture polie. Écriture qui ne sait pas quoi faire de son encre et au lieu de sécher, elle teint des lignes qui ne demandent rien. Ou, si, de naître. Une ligne vierge est une ligne en devenir. Un embryon en gestation, congelé.

Étrange comme le sens de ses phrases n’avouent pas le sens de ma pensée. Ma pensée n’a pas de sens. Ma vie est une savonnette, elle me glisse entre les doigts, fait des bulles et qu’est-ce qui reste ? Un homme propre ? Non. Quelques ramettes de papier. Des bulles d’encre, séchées.

On n’est jamais au fond du trou tant que la dernière pelletée n’a pas recouvert la dernière rainure de bois.

©Max-Louis MARCETTEAU