Nuisible ?

Photographie de Osamu Obi

Photographie de Osamu Obi

Agenda Ironique de Mai 2018 La Jument Verte


Nue-propriété ainsi je te désigne. Tu es la femme de ma vie mais tu appartiens à tous… sauf à ma possession.

Je rage depuis ce premier jour nuptial, au détour d’une pièce, une chambrette à ta nu-dit-thé, c’est moi qui te buvais comme un damné, tu me refusais par cet outrage de te posséder de chair…

J’étais le numéro de ta chance, je suis le numerus clausus. De fait, de ma vie j’ai pioché le mauvais numéro et tu me joues depuis trop longtemps ton propre… non, mauvais… cirque. Cela doit, cesser !

Alors, j’ai décidé de nuancer… ma décision suite à ton refus de divorcer et à ma demande de t’acoquiner avec un seul amant et pas tout le… village. Village qui va de mal en pis depuis déjà un temps certain et surtout au moment où l’horloger de la place de l’église s’est accroché à sa seconde femme à la première heure de leur alliance… En fait, ce qui me chagrine ce n’est pas le nombre d’amants qui se donnent du mal à satisfaire ta libido surdimensionnée mais bien d’un immonde individu : le maire du village.

Immonde ? Non, immoral ! Il se promène trop souvent nu sur la rue Principale et je suis tout à fait opposé à une telle pratique qui est de l’ordre de l’exhibitionnisme mal placé. D’un naturisme urbain de mauvais aloi. D’un déferlement de chair ambulante… unijambiste, car il est estropié de la guibole. En vérité, il n’a pas toute sa tête et je ne permets pas que ce va-nu-pied pose la… main, sur ma femme. Femme nullement qualitative, hélas…

De fait, par ces mots, femme, je te répudie de la manière la plus solennelle, ici présentement dans ce lieu public et ô combien estimable par les bonnes gens…

— Qu’est-ce qu’il a le Émile ?
— Il boit trop…
— Trop ?
— Il parle d’une femme qu’il n’a pas…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Le Pendu a Trois Pieds

Oeuvre de Albert Besnard

Oeuvre de Albert Besnard

Agenda ironique février 2018 : ledessousdesmots au thème : le conte


Il était une fois un Manoir dans la campagne du lieu dit Le Pendu a Trois Pieds. Ce Manoir avait une bien triste réputation… aujourd’hui disparu…

En effet, il a quelques décennies, lors de la quadragésime, tout le monde avait son petit panier de…provisions : poissons et bières. Une belle coutume de ce territoire du maître des lieux et maire : le comte de Le Jeune-La-Meule, partisan de la libéralisation des régisseurs et capitalisation des terres par les paysans. Bref, l’investissement du travail par la récompense de parcelles après quarante ans de labourage… à qui était encore en vie…

Mais voilà qu’en ce jour, une belle rousse apparue comme un incendie sans pyromane, aux atours avantageux et d’un bagou bien fait, défia la bonne compagnie aux yeux de campagnards vampires de possession et d’épouses à la brûlure d’une pensée de bûcher, entre le parvis de l’église et le café du village, après la fameuse messe.

On se demanda qu’elle était cette apparition étrange qui narguait ainsi le rustique villageois et la rustre villageoise, tous deux du teint du labourage et de la besogne toujours à gratter une terre difficile par des temps aussi discourtois que cette rousse présentement aguicheuse, provocante comme possédée par un sortilège.

Et voilà que le bedeau du village cria le mot : sorcière, et comme une traînée… de poudre le mot s’enflamma dans les esprits et s’échauffa pour certains d’un alcool de derrière les fagots.

A ce moment précis on n’aurait pas donné un seul tringueld de restant de vie dans l’heure qui suivit à la belle rousse, tant les villageois et villageoises s’étaient montés le bourrichon jusqu’au trognon, qui se réfugia dans les bras de Le Jeune-La-Meule…

Tout ce monde fondateur d’une terre humaine, allait poser la première main sacrilège sur une femme, certes différente, mais une femme autrement femme…quand ce bon le comte de Le Jeune-La-Meule pour calmer les esprits et surtout celui du curé qui avait brandit son crucifix de service pour la bonne cause, prit la parole à la cantonade :

— Allons, allons, du calme mes chers administrés. Cette personne est inoffensive. Vous devez la laisser aller, elle va repartir du village…
— D’où sort-elle cette catin ? cria la femme du bourrelier, bien faite et bien posée sur ses hanches.
— Je n’en sais pas plus que vous, mais vous devez rester calme. Sinon, j’ordonne aux gendarmes d’intervenir, sur cette hystérie collective…
— C’est elle l’hystérique, hurla une paysanne tenant sa chèvre à la corde.
— Personne ne ressortira gagnant s’il arrive malheur à cette femme, clama le maire.
— Qu’importe, elle est la servante de Simon, c’est grand malheur déjà qu’elle s’accroche ainsi à vous, cria le curé qui brandissait son crucifix comme une arme.

Le comte de Le Jeune-La-Meule et maire de ce beau village, tout en s’exprimant et tenu par la belle rousse avançait vers la porte de l’église, les villageois en rangs serrés contre-avançaient avec les aulx et l’huile de la sainte du village jalousement gardée en cas de péril… éminent…

— Réfugiez-vous dans le haut du clocher… toute de suite… ne perdez pas de temps, dit-il à la belle rousse.

La suite on la connaît. Les villageois assiégèrent l’église, le curé en… tête, de toute sa truculence. Les gendarmes n’avaient pas eu leur mot à dire, tous fils du territoire. La pauvre belle rousse ne résista que trois jours et se décida à sauter du clocher et s’écrasa sur le parvis. Les villageois trop peureux demandèrent au bedeau de ramasser le corps et fit acte de prévenance, mais le pire est qu’il abusa post mortem de cette femme dans sa masure. Une villageoise le surpris, alerta ses congénères qui par le fait peu coutumier ligotèrent le bedeau comme un saucisson retroussé jusqu’à cul nu et le pendirent pas bien haut à un châtaignier. Le fait de la strangulation l’érection se fit présente, d’où depuis le lieu dit Le Pendu a Trois Pieds… par extension.

Mais l’épreuve que ne devait pas surmonter le comte de Le Jeune-La-Meule, c’est que l’on apprit quelques semaines plus tard que cette belle rousse était sa fille illégitime. Ses gens et ses administrés lui sabotèrent au fil de l’année tous ses projets, une partie de ses récoltes, l’empoisonnement de ses bêtes…aussi, vaincu par cette révolte larvée, il dépérit dans la solitude la plus complète et mourut dans son siège face à la fenêtre qui donnait sur la tombe de son unique fille à une centaine de toises sur les hauteurs de l’un de ses champs.

Morale : ne laissez pas un enfant illégitime dans l’ombre car celle-ci tôt ou tard vous dévorera.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Vagues nuageuses

Oeuvre de Harold Jones

Oeuvre de Harold Jones

Vagues nuageuses aux traînes noires, grisées

D’enfanter la tempête accrochée au ciel fondu,

Otage de toutes les variations atmosphériques,

Roulent le tambour du mauvais présage, attisées

De commettre son œuvre sur un bel été rendu

Des couleurs fleuries ingénues, à son tragique !

 

La pluie, exhibitionniste tapageuse, frappe le tempo

De sa venue, impose sa mélodie, dévergonde

Le ru, cause la crue, multiplie les litres d’eau

En mètres cubes en quelques minutes, inonde !

 

Le village, spectateur vitrifié, aux fondations

Centenaires, protégé de son armure végétale,

Compte les grains du sablier sur sa position

Inconfortable, prie et espère le moindre mal !

©Max-Louis MARCETTEAU