Chère toi

Été 1916 - Panneau de signalisation près de Verdun

Été 1916 – Panneau de signalisation près de Verdun

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A toi ma lettre nommée Armistice,

Je reviens d’entre les morts. Mes pleurs enterrés, mon arme invalide entre mes mains, mon cauchemar s’écrit sur un autre chapitre.

Aujourd’hui, il pleut. Je ramasse ma carcasse dans la tranchée nommée “ La Belle” ; en une niche je suis chien mouillé qui obéit encore à la voix d’un maître …

Je respire comme une cheminée au mauvais tirage et tousse mon restant de vie par les alvéoles de mon avenir rétrécit.

Demain est un poing fermé et des pointillés comme des balles qui sifflent les mots de la mort à vous atteindre de chair par trépas ou à rigoler d’un appel erroné et vous voilà gueules cassées ou estropiées et la gangrène fait des repas gargantuesques …

Je souris comme un môme qui a peur de pleurer sur un refrain d’un frère estampillé d’un obus ou d’un autre frère vidé de son sang que la terre n’a pas le temps de boire ou qu’elle n’en peut plus de ce breuvage indécent.

Je suis sur ce brancard, et mon papier est froissé de ne pouvoir t’en écrire davantage que mon encre souffre de la noirceur de ce temps qui va voir naître il parait la fin d’une guerre, la paix des peuples et des âmes et pourtant combien de nos mères, de nos femmes, de nos filles ne pourront que s’agenouiller sur des dépouilles, il y a si peu de temps, chéries d’être de sourires et d’avenirs … et devenues abandonnées et solidaires après avoir soutenu les efforts de guerres et engendrer aussi le pire …

Je suis anéanti, vivant et ma main tremble de nouveau et cette balle logée dans mon crâne et mes yeux dont le trouble fait chavirer mon écriture zébrée …

Ma mémoire va se refermer à jamais après ces derniers mots, à toi ma lettre.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Dernier instant… lumineux.

Photo Carole Lombard

Photo Carole Lombard

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Transcendance ! est le seul mot qui me vient à l’esprit quand je lis cette revue unique : « Apulée ».

Tu n’as pas cet effet. Tu n’es pas en papier. Seule ta parole pourrait me porter dans une sphère d’élégance intellectuelle si ce n’est ton cynisme feutré affûté…

Et pourtant, je séisme en toi, graphisme ta convoitise, attise et fertilise dans tes yeux, et le ressens ainsi.

Je vaporise sur pupille miroir le prisme de ta gourmandise et dépose ta rébellion dans mes bras, entre lit et jardin des plantes.

Aujourd’hui… tu es partie… un autre homme… banal… Je suis entre balcon et vide. Le soleil comme témoin, le ciel comme futur linceul et la terre comme arme.

Je souhaite ta bienveillance d’un acte passager et définitif, d’un acte déjà écrit dont il manque la signature, d’un acte qui s’impose à moi, d’un acte coloré au sang de mon univers… ma punition de vivre encore une heure de trop… la Mort n’est pas sourcilleuse loin s’en faut, je touche déjà ses osselets de compagnie et sa tunique bien épaisse de mots farcies de pardons que cela dégouline salement maintenant sur mes yeux…

Enfin, la clarté d’un autre univers tant et tant attendu au-delà de la souffrance de l’être démocratique, aimé, et récité en louange entre ce ciel et terre tout autant différent et pourtant indissociable à notre vie et pourtant incompatible à se déverser d’un trop plein et de l’autre de bouillonner de trop de vie…

Avant l’écrasement, je palpe l’air ambiant de l’amour qui se pose en moi enfin et le calme…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

L’enfant dépossédé de ses rêves. Chapitre 4/5

Je suis prostré, debout. Muet. Comment traverser ce marécage ? Et qui trouverais-je après l’avoir traversé ? Et si j’abandonnais, là ? Le retour est impossible. Mourir sur pieds. J’attends. J’attends. Les yeux fermés et le cœur ouvert à l’espoir. Mais il n’a pas ce nom. Je ne connais pas ce nom, je le ressens. Il est là, au fond de mon âme d’enfant.

Mes pieds trempés et mes larmes d’un œil à un autre me brûlent. Et je crie. Ce cri qui sort d’ici, ce cri d’enfant cruellement abandonné dans ce marécage et qui n’a aucune direction prendre. Dis maman, tu es où ?
Et ce bâton qui ne me sert à rien.

J’ouvre les yeux. Une troisième nuit. J’ai l’impression de ne rien ressentir. Ma peau est une herbe séchée. Ma bouche n’a plus sa source. Je suis statue. Je suis cette nuit à moi tout seul. Cette nuit muette et qui me broie le cœur. Cette nuit qui n’a rien de moi. Cette nuit des douleurs sourdes. Je n’attends pas ce quatrième jour. Je vais mourir. Je n’ai plus de force. Elles sont parties avec mon désespoir.

Ce jour arrive. Il n’est pas aussi beau que les précédents. La liberté d’un enfant n’est pas d’être seul. Je respire encore. Debout, mes pieds sont partiellement gelés. Mes yeux sont des lanternes presque éteintes, à peine ce souffle de vie et puis, j’aperçois dans un quart de ciel orangé défiguré, des ailes d’oiseau. Est-ce pour moi ? Ce premier voyage vers un ailleurs inconnu et que l’on espère fortement.

Cet oiseau de belle envergure se rapproche de moi, tournoie, s’exprime étrangement et se rapproche. Et j’aperçois, enserré dans ses pattes, un objet qu’il laisse tomber à mes pieds. Je me penche difficilement avec l’aide de mon bâton qui se courbe en même temps que moi. Je ramasse la chose, tout en bois et le bâton m’aide – enfin – à me redresser.

C’est une flûte galoubet. Elle est gravée de symboles. À son contact, ma main se réchauffe. Suis-je à l’orée d’un rêve ? J’ose porter à mes lèvres, sans faim de trois jours, le bec de l’instrument. Mon léger souffle et mes quelques doigts, par magie, interprètent un air, inconnu, à mes oreilles. Quand, je vois apparaître à quelques toises, à l’entrée de la clairière, face à moi, une ombre filiforme. Un homme de toge violette et d’une toque noire s’approche, rapidement, trop rapidement que déjà son regard est accroché au mien à quelques centimètres.

— Que me veux-tu gamin ? Grogne-t-il.
— J’ai… froid et… faim.
— Et c’est pour cela que tu me déranges, garnement ?
— C’est que… je suis bien en peine de me déplacer. J’ai les pieds… souder au sol…
— Qu’est-ce que tu me chantes ?
— Veux-tu m’aider ?
— Je suis un magicien. Le magicien des Quatre Houx sur ce territoire. Et que m’importe tes pieds soudés au sol. Je rentre d’où je viens, et ne m’interpelle pas une nouvelle fois, je n’ai que faire de toi.
— Mais…
— Indélicat crapoussin…
— Dis-moi l’enchanteur, si tu ne frayais pas avec l’alcool de prunes tu aurais la convivialité printanière et non hivernal.
— Qu’est-ce qui pousse entre tes oreilles le marmot ? Tu te crois où ? Au salon des jouets enfarinés d’oribus ?
— Ton aura se pourrit par chaque lettre que tu viens de prononcer. Bientôt, je devrais te prêter mon bâton pour que tu puisses rentrer dans ton logis
— Qui… es-tu… marmouset ?
— Vois tes mots, tu deviens viande carnée…

Le magicien, peau tannée, bouche édentée, devient comme un arbre foudroyé, planté dans la boue gelée.

( à suivre …)

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

Mante religieuse

Oeuvre de Hubert Malfait - Le curé du village

Oeuvre de Hubert Malfait – Le curé du village

Tes regards ne viendront pas attenter

À ma pudeur de jeune novice patenté,

De platoniques amours idolâtriques cotées,

De courbes avantageuses de beauté !

Ma belle, je reste sur le front douteux

De ton amour, à la fatuité de ton je jeu.

Je ne serai pas la botte de paille de ton feu,

Et impose, à tes assauts, mon couvre-feu !

A l’avis ainsi tenu, tu forceras les éléments

De mes convictions et tes armes en avant,

Tu frapperas les portes de mes désirs d’amant

En devenir, au seul but de jouir à mes dépens !

N’est-il pas vrai, que mes remparts glorieux,

A cet instant, ne seront plus que ruines à tes yeux,

Au moment de ce corps à corps attendu voluptueux,

Et violent, tout à la fois, je deviendrai amoureux ?

Je n’ose penser à ta possession, à la haute grille

De passion qui me tiendra prisonnier en ta bastille,

Et tu suceras mon cœur ouvert, offert et la cédille

De ton sexe se frottera sur mes pensées faucilles !

Non, non ! Passe ton chemin ! Au plus-que-parfait

J’avais dormi et le rêve de tes échecs, aux essais

Audacieux m’avaient réveillé à l’érection d’intérêt

Et je redoutais l’empoisonnement… à ton reflet !

Tu me tenais par le harnais ! Fallait-il se draper

De prières jusqu’à la nef de ta poudrière trempée

Du désir de me chevaucher pour d’un coup te stopper ?

Je luttais, le chapelet usé, les incantations étripées !

Tu devenais de jour en jour plus ardente à souffler

Tous les cierges protecteurs de mon auréole aveuglée,

J’embrassais la croix descellée de mon supplice moulé

De Foi qui s’ébranlait aux rafales de ton aura gonflée !

Je me trahissais moi-même, de mes vœux à la valeur

Devenue obsolète, fléchissais tel le saule pleureur,

Et m’abreuvais de toi comme un esclave jouisseur.

J’allais abdiquer par tes desseins séducteurs !

Ainsi, je cédais à la mante religieuse jusqu’à vendre

Mes frusques au marché des regrets puis prendre

Le nouvel habit de la déraison sans attendre,

Même si j’avais en tête, d’ici peu, de me pendre !

 

©Max-Louis MARCETTEAU

Trancher

Hitchcock Alfred

Hitchcock Alfred

– Franchement, vous croyez cela bien utile ?
– Tout à fait ! Donc, vous clignez les yeux, deux fois.
– Vous en avez de bonne vous.
– Allons, il vous suffit de peu.
– Vous pensez que j’ai la tête à ça ?
– Il faut vous concentrer que diable !
– Facile à dire. Je ne vous promets rien …
– Allons messieurs, il n’est que trop temps.
– Deux fois les yeux, deux fois …

Et la tête fut tranchée … en un clin d’œil !

©Max-Louis MARCETTEAU

Dis-mois

Oeuvre Rene Magritte Three Nudes in A İnterior 1923

Oeuvre Rene Magritte Three Nudes in A İnterior 1923

Dis-moi lycéenne au parfum de printemps
Que rien n’échappe, lorgne les arrondis
De ton amie parfaite à croquer des ans
Découvre les tentations de son circuit !

Dis-moi jeune femme, tu goûtes les joies
De tenir la main d’une femme à la jupe
Trop courte, au décolleté tout en émoi,
De ses attentes, non, tu n’es pas dupe !

Dis-moi femme, tu t’es mariée un jour,
Incertaine, à l’alliance devenue chaîne.
De ton sillon en labour est né l’amour
De tes enfants et tu cherches ta reine !

Dis-moi femme d’âge mûr, tu prends
Un tournant de ta vie, affamée de vie,
De source féminine, éternel tourment,
Tu soumets ton désir brûlant à l’envie !

Dis-moi vieille femme, tu as cousu
Tes larmes de regrets sur tes seins
Abandonnés à tes caresses déçues,
Et tu fermes les yeux sur un jour sans teint !

©Max-Louis MARCETTEAU