Tu es froide

Oeuvre la Mermaid by Nicholas Lloyd

Oeuvre la Mermaid by Nicholas Lloyd

Tu es froide comme l’azote et ton regard de lynx traverse mon regard de guépard et pourtant, je respire tes derniers mots chlorhydriques projetés comme un lance-flamme sur le parvis de notre amour, aux portes d’une gare. Elle n’a pas pris feu, moi non plus et cependant, depuis, je consume. Le banal d’une rupture annoncée, amorcée par nos divergences accentuées par le refus de signer tacitement des compromis pour notre avenir. Avenir ! Il y a des mots qui méritent le purgatoire, ou l’obsolescence. Je n’ai pas d’avenir, seul le destin qui m’est alloué pour cette vie présente me trace le chemin en filigrane. Normal, celui-ci ne va pas effectuer tout le travail ! A chacun de pourvoir à étayer ce destin.  D’ailleurs, je me tiens aux mots d’Edmond JABES : « Tu es celui qui écrit et qui est écrit ». Heureux les hommes et les femmes (ne soyons pas misogyne, j’aime les femmes toute de même) d’écriture qui nous ouvrent des voies, parfois, il faut le reconnaître, obscures. Les paraboles nombreuses ne permettent pas de capter le sens véridique (à défaut de capter les chaînes d’un satellite géostationnaire) et souvent des voies rayonnantes de vérité (faut pas non plus que je plonge la tête la première (non tonsurée) dans la bondieuserie.)  L’un et l’autre nous pouvions être heureux. Nous l’avons été. Ce qui donne des souvenirs impérissables (le contraire de l’alimentaire vous en conviendrez) et sur ce point, effectivement, la douleur est pathologique. Car les souvenirs ne sont pas toujours de bons augures. Apparemment, d’ici quelques années un nouveau médicament sortira des laboratoires pour supprimer les mauvais souvenirs. Testé sur des souris, cela fonctionne à merveille. Il n’y a plus qu’à attendre les expériences sur l’homme. Ce qui m’inquiète est le devenir des poètes et blogs larmoyants sur des vies tristes, dépressives et autres (d’ailleurs moi-même, je ne suis pas le dernier). Nous serons tous heureux ! Quelle tristesse ! Nous serons tous Limbotisés, d’un titre de Bernard Wolfe : Limbo de 1978. Pour l’instant, je franchis la dernière haie (histoire de dire que je suis à bout de souffle, à ne pas confondre avec le film) sous un soleil de plomb. Tu fermes la portière de ton carrosse (une superbe voiture pour une superbe femme, faut l’avouer humblement), tu boucles un chapitre de ta vie. Je gomme le mien à défaut de le brûler. Un moment de compassion ? Non, la lâcheté de ne pas survivre à ton absence, qu’il soit toujours visible en filigrane (souvenir, souvenir). Nous jetons chacun de notre côté nos heures, nos mois, nos années d’amour (n’ayons pas peur de l’écrire) sur un dernier regard (surtout le tien). Le roc que j’étais est devenu sable entre tes mains. Tu as posé tes valises dans ma vie de moins que rien, tu as sorti tes outils de sculpteur, tu as taillé toutes mes perspectives d’avenir qui était le tien et puis je n’ai pas su t’aimer, si ce n’est ton corps (Ah ! La chair). Aujourd’hui, je n’ai qu’un seul vœu à exaucer : ne reviens plus . . .me hanter !

©Max-Louis MARCETTEAU