L’âge se regarde dans la glace

Photographie de Stanislav Istratov

Blog oulimots contrainte écriture


L’âge se regarde dans la glace

Tout est perdu, se dit-il, le soleil dans le dos et la musique au bord des larmes.

Les yeux de l’homme, sombres, s’éclairent.

Il ressent dans sa poitrine des coups comme celui d’un martinet en manque d’action.

L’homme s’assied sur la lunette rabattue d’un wc.

Il tient à jouer à la roulette russe : un revolver, une balle.

De son autre main, une photo.

Un dernier baiser factice.

Position du soumis à sa volonté qui tient boutique jusqu’au dernier instant.

La détonation n’aura pas lieu.

Il n’a pas entendu.

De toute façon… il est mort…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

L’herbe n’est pas folle

Photographie de Ilia Ratiani

Blog oulimots contrainte écriture


Le dégorgement du Temps sur le plateau de l’indifférence… La poule rêveuse pond son œuf au plat sur la paille… L’herbe n’est pas folle devant la lame kamikaze de la tondeuse…

Et la parataxe s’enroule dans son hamac quand la synecdoque se réveille sur l’arête de la ligne au voyeur point compétiteur d’être un jour point final…

Le stylo à bille malaxant de bas en haut et de haut vers le bas trop bas son cylindre qu’intervient la pensée d’un luthérien ancrée dans sa profondeur stylistique :  » Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. » *

La page encaisse toutes les billevesées, incertitudes, rêveries,fautes et autres mots des dictionnaires et ceux qui n’existent pas comme une damnation…

Page offerte a la ritournelle d’un musicien a la dictature d’une note à l’administration à la baguette à la politique d’un instrument à la voix d’aimer à claire-voie…

Page qui n’a aucun répit à la fois possédée et dépossédée figurée et défigurée elle n’échappe pas à sa condition enclavée entre le déchirement et le froissement…

Page mille morceaux la plus belle est déposée dans un carafon céladon et distillée par l’amertume d’une oraison un soir de pleine Lune sur le rebord d’une marge à la verticale de sa carotide prête au sacrifice…

Page… tu acceptes tout… même le déchirement… comme nous…

*: Martin Luther

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Les fleurs s’évadent


Photographie © Iotop2021

Agenda Ironique Novembre 2021


« Y a de la joie par-dessus les toits, du soleil dans les ruelles et novembre… » qui reste planté, là, comme un autocar qui attend les derniers ramassages de feuilles moribondes qui se traînent encore sur les trottoirs trop étroits, les rues goudronneuses d’ignorance à s’user d’immobilité, aux gouttières suffoquées des présences dévergondées de couleurs…

Novembre au 1er les fleurs s’évadent sérieusement en tête de cortège le Chrysanthème qui paye un lourd tribut ne sombre pas à la clé de voûte d’un Notre Père dont les cieux sont propices ce jour-là à jouer les descendants pluvieux sur une terre absorbée par le passage des souvenirs qui ne rongent plus les os…

Novembre au 11 les fleurs font gerbes à la commémoration et se taire est tranché par avance s’il ne manque pas le drap sur la peau des anciens qui rassemblés en une seule urne pour le souvenir que seules les femmes ont payé un lourd tribut de leurs enfants mari amant père engagés à mourir…

Novembre au 25 à Sainte Catherine rien ne prouve son existence que le folklore et l’exégète un puits sans fond à tenir son profit d’étudier les légendes déguisées en vérités sur des écritures apocryphes qui fleurissent comme les reliques pour le martyr qui paye un lourd tribut à se vendre à border une croyance de plus…

Novembre jamais en fête, jamais ne se mettra sur son… 31…  

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Il faut accrocher les wagons des sourires…

Pingouins Madagascar Kowalski

Blog Émilie : récolte 21.10


Rien ne sert d’être gentil, il faut accrocher les wagons des sourires…

L’apparence de cette affirmation n’est pas un leurre ni de la poésie en catalogue et je ne veux pas me comporter comme un cachalot à la couleur outremer et passer outre à déclarer à la douane de l’outre mesure mon désarroi sous les yeux du tout outre vide, le f perdu, dépossédé de son précieux bien de survie au désert de l’incompréhension…

Bref, quand l’insolite prend sous le bras le frisson, rien ne sert de prier devant le Grand Tout mais prendre ses jambes à son cou (même pour un yogiste averti) et courir très très très loin de toute appréhension malsaine et se cacher sous le regard du ridicule sous le radar des faits divers des podiums des m’as-tu-vu que le premier pingouin (tenu à ne pas être manchot), qu’aucun froid du ridicule ne peut atteindre, demanderait un autographe à chaque vainqueur…

De fait, je ne veux pas citer ici le mot youpi au détriment d’une incongruité mal fagotée qui pourtant aurait la meilleure place, et se rendre compte que la démone de la bi-za-rrrrrre-rie, elle, ne rit pas, même sous les bras, même en danger

Aussi, je ne souhaite pas être détecté dans ce couloir des phrases égarées et rentre directement après le point final … moi qui rassemble la part d’ombre des non-dits de la page… moi, la tache d’encre… blanche…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Sabotée d’un bois de misère

Photographie de Patricio Dell Orto

Blog oulimots contrainte écriture


… la Géorgienne, a la poitrine généreuse qui ballotte à l’onde d’un trouble sous le corset à l’étoffe bleue, court, jupe troussée à pleines mains d’angoisse et sabotée d’un bois de misère…

Son souffle éreinté, la rue raide, le froid saillant, le Paris 16ème de ce temps-là n’existe pas…

La pleine Lune couronnée de son halo de martyre s’étiole au regard d’une pluie fine d’épines griffent tous les tissus de la Terre par la chorale de ses chants à la contrapuntique indéracinable qui se confond avec le corps entier blessé de l’intérieur de cette femme bliaut manches trop longues et ceinturée à sa belle taille d’objets hétéroclites…

Le sort en avait été jeté par une voix du fond de caveau qui n’avait pas froid aux orbites pour briser de quelques mots le delta du destin de sa servante quelques heures auparavant à l’intérieur du calvaire des Trois Pendus à l’ombre frileuse d’un candélabre à trois branches posé sur un guéridon trois pieds de bois torturés imperméables au temps…

Elle court au plus loin en contrebas du village…

Un dégorgement d’une eau pure brille singulièrement lugubrement au clair-obscur d’une Lune impassible défiant les tourments proférés à son encontre et les flip flop cric clac splash des sabots sont des petits cris sur ce fleuve que le fond parfois dégorge de corps innocents assassinés et font silhouettes que la peur elle-même en fait des sueurs froides …

Quand une princesse des ténèbres émerge sur un Olo…

Resplendissante par l’immortalité de son aura son apparition coupe net la course éperdue de la fugitive.

— Alors, coquine, on voulait vendre une relique de Lono ? annonce la princesse souriante.
— Comment nier l’évidence… je voulais échapper à mon esclavage…
— Tu es de cette lignée à qui rien ne sera épargné.
— Il est tard, épargnez moi vos sarcasmes… je suis fatiguée de lutter.
— Tu vas rejoindre mes eaux vives pour la peine.
— Votre jeu de menace ne m’atteint pas… je ne veux plus souffrir… plus jamais…

La servante perd pied et se noie sans résistance dans l’eau du fleuve millénaire aux cent mille naufrages et contes… et se réveille dans un fracassant instinct de survie …dans son bain…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

La reproduction est un acte de sauvetage

Photographie de Jean-Claude Armici

Une presque suite à I.A. d’octobre ICI


Elle frappe à la porte du dernier homme sur cette Terre.

— Qu’est-ce que c’est ? dit-il.
— Je suis la dernière femme ! dit-elle.
— C’est vous ?
— C’est moi, oui.
— On se connaît ?
— Tout est possible.
— Tout possible est consécutif à une démesure du temps…
— ???
— … au déterminant pivot (et pas Bernard) qui se tient en équilibre entre…
— Stop ! si c’est vous le dernier homme sur Terre, je suis mal barrée…
— Quand le froid saisit le feu …
— Arrêtez !
— J’essaye de communiquer… tout simplement…
— C’est déjà trop ! Taisez-vous !
— Le silence est porteur aussi de réponse…
— Quelle poisse !
— Le destin trace son incidence comme deux perpendiculaires qui doivent se rencontrer inéluctablement sur…
— Taisez-vous ! vous entendez ?
— J’entends votre voix qui s’évade par le filet des reproches qui porte une amertume…
— Dites-moi, on n’est pas obligé de se reproduire, là ?
— La reproduction est un acte de sauvetage.
— A notre niveau, c’est sûr !
— Il y a des niveaux comme des passages … obligés !
— Vous faites aussi office de comique ?
— Le comique fait office de détendeur au gaz hilarant et …
— Vous en avez des tonnes comme ça ?
— Détendez-vous …
— Il suffit ! vous entendez ? Il suffit !
— Calmez-vous bonne dame, nous sommes tous les deux à jamais…
— Jamais ! vous entendez ? Jamais !

Et elle le tue ! … Le philosophe évadé…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Une pensée suspendue sur le point d’interrogation

Photographie iotop2021

J’ai fait un petit tour sur Scribay. Il y a des défis d’écriture pour s’amuser.


Le regard au-dessus du vide, le dessous des yeux s’effilochent. L’expression anéantie, la crispation vidée, les joues défigées, les lèvres enracinées, le nez épinglé… il ne reste qu’une pensée suspendue sur le point d’interrogation… du spectateur unique dégrisé d’émotion…

….

…plouf l’œil…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Mouillée au titre de naître encore

Photographie Iotop_2021

J’ai fait un petit tour sur Scribay. Il y a des défis d’écriture pour s’amuser.


Il perdit la tête au tranchant du sourire de la guillotine habillée du noir sang séché d’un coup au lever du jour déjà en deuil par des jets vermillon que baillaient des nuages vaisseaux filandreux jusqu’à la terre frileuse de douceur et mouillée au titre de naître encore et encore que l’œil du supplicié papillonnait en morse quelques secondes comme un dernier message à la révélation d’un secret mis à jour par le mot fin de son existence qui pouvait enfin souffler sur son solde de tout compte et se retirer sur un autre quai en attente d’une autre existence… l’humour noir en moins…

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Le blanc de l’œil de l’horizon

Balade_imaginaire_du_jour_Iotop_2021

Agenda Ironique d’Octobre 2021 (et une presque suite ICI)


Si « la porte était lourde »*, la clé pour l’ouvrir l’était d’autant et il fallait autre chose qu’une paire de pinces d’écrevisse, même bien costaude, pour la porter à la serrure, mais on entendait… :

— … alors, tu réponds ?
— …
— Qu’est-il arrivé à ce premier jour ?
— Il n’y a jamais eu de premier jour !
— A d’autres !
— Le premier jour est un leurre, une escroquerie, une couillonnade…
— Une manipulation ?
— Une équation verbale… tout simplement…
— Je ne comprends pas !
— Le premier jour rassure. Il est la première marche de toutes choses, comme le premier mot, la première lettre…
— Comme la première fois ?
— Non, c’est différent. La nuance est là !
— Je ne comprends pas !
— La première fois est une action qui a déjà une histoire, alors que le premier mot, la première lettre… c’est comme un instinct de survie, un surgissement …
— Une fulgurance, quoi ?
— Oui, c’est ça.
— Vous êtes en train de m’embobiner, c’est ça ?
— Vous êtes possiblement sourd à mes arguments.
— Ma patience s’épuise comme un geyser après un forage raté.
— Le premier jour tient son secret à sa non-existence… c’est cela vérité !
— C’est impossible !
— Et pourtant, le premier jour peut-être n’importe lequel des jours passés, présents ou à venir.
— Très fort !
— Mais non !
— Toutes les pistes mènent à vous. Arrêtez de tourner autour de la réponse qui vous demande de la divulguer séance tenante !
— Je vous l’ai déjà dite, la réponse…
— Elle est fausse…
— Pourquoi nier l’évidence ? Vous attendez tout simplement votre réponse à vous… et non la mienne…
— Vous divaguez…
— Et si je vous dis : le premier jour est un fin trait noir sur le blanc de l’œil de l’horizon, rien de plus.
— Toute vie est sans titre. Pourquoi avez vous celui de philosophe ?

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

*Norge, poète.

Le Paresseux – Chapitre XIII et fin

Photographie de Younn Hazo

(Les chapitres… ICI)


Une goutte d’eau, grosse comme le fruit d’un grenadier, de l’arbre à Ôssho, atteint le profil d’Apathu, étendu au milieu d’un nid géant de feuillage.

Se réveille en sursaut, lui indique clairement qu’il est encore vivant. Ce qui l’étonne d’autant, qu’il est dans une posture dès plus délicate devant le sourire béat… d’Ouatie.

Morale : rien ne sert de courir, il faut arriver à temps pour retrouver sa belle.

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre XII

Oeuvre de Wolfgang Mesmer

(Les chapitres précédents… ICI)


Un immense Ongulaty – cousin très éloigné de la famille de Ouatie – qui passe ce jour-là dans les environs à la recherche de fruits exoplasmes, avait vu la scène tragique se dérouler en quelques secondes sous ses yeux : un paresseux pris au piège d’une feuille d’Atrométal. Aussi, d’un élan souple et dépliant (et pas touristique), l’Ougulaty a la charge de tirer de cet embarras un congénère d’une lointaine lignée, certes, mais plus encore par devoir si ce n’est par cette chance de gagner une autre médaille pour son clan et ainsi, peut-être gagner le cœur d’une promise à la griffe redoutable pour les prétendants, tout du moins, prétentieux.

Il soulève prestement la feuille d’Atrométal et d’un geste élastique la plie en huit pour la déposer sur le contrefort d’un bambou de belle taille. Il saisit l’inconscient et dans ses bras robustes d’un poil douillet des avant-bras, le transporte comme un présent qu’il devait remettre en bon état à la collectivité par un rayonnement de joie et d’allégresse.

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre XI

Photographie de Pablo Jaramillo Vega

(Les chapitres précédents… ICI)


Apathu se réveille brusquement au ralenti et prend conscience qu’il devient malgré lui un aventurier, un découvre de terres inconnues, un audacieux (il ne craint pas la vanité pour la bonne cause), et d’arbre en arbre, chemin faisant (à ne pas confondre avec son homonyme volatil qui est loin de l’être), il hume les essences (peu chers dans ces contrées, car bon sang bois, le végétal est source d’énergie), il vagabonde aux effluves de la liberté. Il est heureux. Quand, une feuille aussi imposante et lourde qu’une tôle d’un abri de récréation (que les moins de vingt ans n’ont pas souvenir, surtout dans nos zones citadines) se détache, le bouscule violemment de ses accroches arboricoles et le plaque lourdement au sol. Il est un tantinet dans les étoiles par ce choc, et quoi qu’il fasse nuit subitement, il voit que sa situation s’est assombrie brutalement comme si le soleil avait éteint sa chaudière d’un coup de disjoncteur en surchauffe d’antimoine.

Le nez dans l’humus révélateur de décennies de purgatoire, il lui vient entre la panse et l’œsophage une envie de vomir qui n’est pas habituelle. De son immobilité forcée, il croit mourir d’étouffement entre manque d’oxygène et retour inopiné d’un repas, quand une lueur de jour s’étale en un rayon fin et perçant. Ce qu’on appelle lueur d’espoir, n’est pas un vain mot. Il perçoit cet instant comme une révélation. Une joie intérieure inconnue jusqu’alors lui fait frissonner le poil et de l’épiderme au derme en passant par les fibres du tissu aqueux. En un mot, sa jouissance, de revoir le jour, grandeur nature, est à son comble. Elle n’est que de courte durée. La nuit revient aussitôt. Et sa déception lui signe (sans duplicata) une profonde angoisse. Allait-il périr de ce coup du sort ? Reverrait-il Ouatie, son amour de toujours ?

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre X

Photographie de Fabienne Trubert

(Les chapitres précédents… ICI)


Apathu a la peur qui fait des ailes. En deux temps trois mouvements, il accroche une branche de quebracho et laisse la maman PapBu les yeux tendrement maternels sur ses œufs-bulles, rassurée de toujours les avoir à portée en cas d’intrusion indésirable et heureuse jusqu’à présent d’avoir pu intervenir à temps.

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre IX

Oeuvre de Artbj

— Oooooooh ! Qu’est-ce que c’est que cela ? Qu’est-ce que c’est que ce moustique sur mes beaux œufs-bulles ? Dit-elle outrée, saupoudrée de fines fleurs à têtes de tulipe.
— Je ne suis pas un moustique, je suis un paresseux. Réponds Apathu s’asseyant sur l’un des volumineux œufs.
— Pour moi, tu n’as pas d’autre nom que moustique. Insista maman PapBu, les yeux violets pourpres de colère contenu.
— Et pourquoi moustique ?
— Parce que seuls les moustiques osent piquer mes œufs pour se soigner et transmettre une maladie qui donne deux couleurs à mes petits : noir et blanc. Et pour moi, tu es un moustique ! Peut-être d’un nouveau genre, mais qui oserait ainsi s’installer sur mes beaux œufs-bulles, à part un moustique ?
— Je suis un paresseux et je cherche ma compagne Ouatie.
— Ouatie ? Ouatie ? Ouatie ? Non, je ne connais pas.
— Elle a été enlevée et je me suis perdu. Je cherche un indice, un signe, une marque, une trace, pour la retrouver.
— Tu n’es pas sur le meilleur chemin ! Et descends de mes beaux œufs-bulles !
— Je descends, je descends.
— Si tu veux avoir des renseignements, demandes au Maître des Ailes, au perchoir des Quatre Signes, non loin du Lac des Vertiges.

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre VIII

Photographie de Max Barattini

Le soleil luit au zénith telle une tumeur, le ciel est bleu de douleur. Dessous le feuillage, tenu par les lianes de la fièvre, tel l’égaré urbain en forêt (un comble pour un animal des forêts), Apathu se replie sur lui-même dans une sorte de hamac naturel et réfléchit quant à la meilleure direction à suivre. Il cueille quelques feuilles à portée de griffes, mâche tranquillement. Se balance et s’endort.

Le rêve le prend dans ses bras et l’emporte dans la forêt des Gloupes, habitat des papillons géants bulles nommés PapBu et garde-manger des grenouilles bicéphales nommé Grouilles Alës.

Il se sent léger, léger, comme une plume d’oiseau de Paradis. Il se pose sur un nid gigantesque de PapBu. La maman attentive à quelques branches de là, en surplomb, dévisage ce nouvel arrivant aussi curieux qu’inhabituel et d’un coup d’aile majestueux se fixe sur le perron de son nid.

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre VII

Photographie de Magali Landry

À l’énième clair de Lune, Apathu s’enhardit et progresse comme la tige de bambou qui est sûre d’atteindre le sommet de son rêve, là-bas, le ciel à portée de feuilles. Toute son énergie à lutter contre le sommeil naturel, a entamé ses forces. Il est devenu un gisant sur une branche, un fruit en aquarelle accrochée par dessein de calquer une nature morte, une ombre spoliée de sa lumière, un vivant statufié par effet de la sculptrice mère nature intraitable.

Il en est là de ses pensées paraboliques spiralées à la sauce philo-anthropo-décadente, qu’il est cueilli par une vision dès plus inattendue. Une feuille Erythroxylum coca danse majestueusement au-dessus de lui une chorégraphie hélicoïdale à double vrille crantée. Il est médusé à ce spectacle hors du commun comme si une fièvre de cheval avait ouvert un espace cortexal à cet instant précis pour l’embarquer sur la pirogue de la folie ballottée par un fleuve de sueur aux reflets aurifères.

Il tendit une patte vers cet objet volant à l’identification reconnue dans sa base de données dont l’origine remontait à ses ancêtres et entre deux griffes, il pince la feuille, délicatement. Il n’en croit pas la réalité. Il se demande s’il ne rêve pas. Il dévisage ce membre végétal avec respect et d’un geste sacré, le pose sur sa langue, mâche tranquillement toutes les vertus, qui se combinent dans son organisme en peu de temps.

Il se sent renaître ou naître différemment. Comment était parvenu jusqu’à lui ce divin réconfort ? Il n’en sait rien. Le destin a peut-être son mot à dire, si ce n’est la providence devant tous ses efforts à rejoindre Ouatie, l’aide à sa manière et dans la mesure de ses moyens.

Il s’agrippe à chaque branche avec aisance, voire avec une rapidité soutenue qui ne lui est pas coutumière. Il est heureux. Enfin, il allait retrouver Ouatie, sa noble et fière femelle. Et d’arbre en arbre, comme de territoire en territoire, il avance sans qu’aucune résistance ne lui fasse front, tant et si bien, qu’il se demande si le chemin qu’il emprunte est bien le bon.

Il a comme un doute. Une fissure dans son itinéraire s’élargit au fur et à mesure comme la faille de San Andreas. Il y a comme qui dirait, une erreur de trajectoire à défaut d’objectif.

Il s’arrête net. Position incongrue, tête en bas, écartelé en deux branches, de deux arbres différents, ses pensées tourbillonnent, de bas en haut et inversement, comme un yo-yo. Il doit se recentrer sur son parcours, le plus juste et le plus court.

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre VI

Photographie de Geraldine Revillard

Apathu comprend que son heure n’est pas venue. Il déplie ses membres comme si l’apesanteur avait un coefficient de dix sur son corps. Son périple a de quoi faire peur, lui le sédentaire, le parfait paresseux de son espèce, le gondolier amoureux d’Ouatie, il vient de « se brancher » l’un des pires ennemis familiaux. Quelle joie ! Quelle peur, aussi. Diantre ! Maintenant, il sait qu’il a l’étoffe pour secourir sa bien-aimée, qui, il en est persuadé, vit un danger.

© Max-Louis MARCETTEAU

J’ai le bibelot du carafon qui tinte

Photographie de Karen M

Agenda Ironique Septembre 2021


J’ai le bibelot du carafon qui tinte au premier degré de ma conscience qui s’entête à me tenir pour responsable. Je dis : non !

Comment ? L’amphibole est dans ma poche droite ?

Docteur, venez à mon secours …

Il est deux heures du matin moins le tiers des minutes en retard qui s’attendaient à ce que je me réveille plus tôt dans un canapé qui, lui, ne s’attendait pas à supporter ma présence tout en long … et mon cauchemar qui se marre sans phare en dehors du plumard … j’ai soif …

L’aquarium est encore allumé ? Et le poisson-lune qui m’interroge.

Je me lève.

Que diable fais-je ici ? Dans cette tenue d’Adam… ai-je croqué une pomme hallucinogène ? Une femme aurait-elle eu l’audace de … car ici il y a parfum de femme !!!

Je suis sans voix. D’ailleurs, mes mots restent sourds dans ma gorge. Sensation de comprendre que … je ne comprends rien à ma situation. Je regarde une nouvelle fois ma montre : deux heures trois minutes. Je ne suis pas tout à fait nu. J’ai ma montre et … mes chaussettes. Il est important de garder ses chaussettes en toute occasion. Elles sont les garantes d’une bonne santé. Bien choisir ses chaussettes c’est prendre la première précaution de ne pas plonger dans le premier rhume venu.

Qu’importe, ma condition m’alerte de partir de ce lieu étrangement inconnu et retrouver un esprit cohérent et frais.

Est-ce qu’une dévergondée aurait mutiné ma raison et butiné le … consentement ? Je n’y crois pas et en attendant, je me couvre d’une nappe en dentelle d’une table basse en bois bien verni à ne pas succomber aux alcools et abus des gens d’ici.

Les ombres de la pièce se soulèvent à ma vue. Je me mets en mon séant de peur de tenir tête, à ces ombres anciennes et menaçantes. Mon cœur se soulève comme une herse et pointe à ma gauche comme pointe d’épée, transperce la chair vive…

— Alors ?… Il va s’en sortir ? Dit une femme.

— Son délire s’estompe, susurre une pompière.

— Quelle idée aussi d’aller sauver de la noyade une femme … lui qui nage comme une enclume … !

© Max-Louis MARCETTEAU 2021

Le Paresseux – Chapitre V

Un quokka farceur – photographe inconnu

Le fauve fait un bond sur le côté, se déséquilibre telle une marionnette dont un fil s’est coupé et ses griffes accrochent une branche, puis une autre. Il ondule sous son poids et craque. De toute famille digne de ce sang, acrobate selon les circonstances périlleuses, équilibriste hors pair, il se rétablit sur une autre branche robuste à sa portée, genre de hasard d’être au bon endroit, bon moment, quelques mètres plus bas, évite une chute fatale. Il grimace de rage, sa gorge émet un son dès plus strident, son repas lui échappe. Il ne va pas en faire une jaunisse, si ce n’est un fromage, il boit sa défaite comme un signe du destin pour le paresseux.

Celui-ci est-il protégé par un de ces dieux de la forêt ? Un talisman porté sur sa proie, offert par l’un de ces gourous maqués ? Une onde rhizomique nourrit à la sève d’amour ? Bref, il ne demande pas d’obtenir une réponse à ses questions aussi curieuses et incongrues, qu’il s’aperçoit étrangement… qu’il pense ! Ce paresseux est bien bizarre. Il faut filer à l’anglaise, que rester dans les parages, éviter ainsi une influence négative.

© Max-Louis MARCETTEAU

Le Paresseux – Chapitre IV

Photographie de Silvia Carvalho

Ce qui arrive doit arriver. Une ombre du genre quadrupède à poil courts, un Cunaguaro, renifle la chair de l’endormi, qui rêve à ce moment précis du récit de sa Ouatie entourée de fruits aussi pulpeux que savoureux, au clair de Lune imposant comme un spot. Le félin, tout prêt à bondir craque une branchette comme une erreur de pas, ébruite sa stratégie et donne un handicap à son futur repas. Apathu est à ce moment de son rêve où Ouatie s’est mordu la langue dans un cri du genre aïïïïïïïïïe singulier et croquant, ce qui le réveille d’autant que le Cunaguaro débranche sa position. L’un l’autre, poil contre poil, un courant électrique, fait sursauter leur propre peur au point qu’ils ne savent plus qui doit être surpris.

© Max-Louis MARCETTEAU