Attente pliée
Temps à vif
Centre veiné
Couleur de la pluie
En demi-rue
Élément non premier
Une fleur passiflore éponge ses larmes
A l’orée d’un crépuscule d’une déesse
L’ombre s’étiole au degré de l’ivresse
Une fleur passiflore éponge ses larmes
Par tous les maux son visage se parme
Quand une prière d’un dieu inattendu
En goguette frime pour elle sans retenue
Qu’elle pose son regard troublé glycine
Et son désarroi sur sa robuste… poitrine…
© Max-Louis MARCETTEAU 2025
Le dentifrice s’encanaille…
― La question s’écaille…
― Et le dentifrice s’encanaille…
― Très drôle.
― Pour le dentifrice ? Non, pas toujours.
― La question se pose rarement, comme le balancement des bras à la marche.
― Eh oui, ça réduit selon une étude de 3 à 5% l’énergie dépensée.
― Ou ça réduit la dépense énergétique ?
― C’est mieux ou c’est pareil ?
― Comme quoi le sens de la réponse a tout son sens.
― Boileau nous dit : «Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement…»
― La référence est de taille…
― Ce n’est pas Versailles…
― Bon, là, ça déraille…
― Je vais finir par avoir une dent contre toi…
― Comme quoi… tout s’écaille…
© Max-Louis MARCETTEAU 2025
Je souris à mille dents
Ouvrir la porte… le froid… la partition de la mort… et l’automne en concert… le visage maquillé déjà de l’au-delà… il suffirait d’un pas… et le seuil crie… le silence s’emploie à tenir tête à la voix d’outre-tombe… et la fleur vient de faner dans ma main trop froide et crispée sur sa frêle tige à la sève d’aimer qui a gelé de l’indifférence à la sentir et la ressentir…
Je n’ai plus de sang… étrange sensation de pourrir à froid… franchir l’ultime pas… franchir, s’affranchir, se défraîchir, blanchir… et ressortir en ossement à la pleine Lune… ce soleil froid cendré me regarde et j’ai mal aux dents par les claquements ininterrompus de faillir devant l’irrévocable de ma condition qui s’accroche à sa définition d’être à disparaître….
Je souris à mille dents… je frôle le seuil… je retiens mon souffle framboisé et j’extirpe mon dernier battement, moi le chef d’orchestre de ma vie, je le parfume d’un élan d’aimer encore la fraîcheur d’une aube et le drap d’un feuillage mortellement exquis se présente à ma nudité de cadavre enfin et me déguise à sa mode… et me voilà enseveli…
© Max-Louis MARCETTEAU 2025
Sa curiosité est sa meilleure jeunesse
― L’humain est une particule composée de vides… quand il se croit de plein…
― C’est sidérant !
― Mieux, il est partie prenante d’un ensemble possiblement cohérent dont le chaos est une anomalie.
― Ça laisse rêveur.
― Et encore, sa réalité, dont il perçoit des éléments perceptibles, n’est que des formations nuageuses…
― Comme quoi.
― Et si sa curiosité est sa meilleure jeunesse, il est son météorologue comme la diseuse de bonne aventure, il croit connaître quand la vérité est aussi une anomalie.
― Étonnant, tout de même !
― Je vieillis à tour de bras et de médicaments… je me demande bien pourquoi résister au mot fin…
― En attendant, dis-moi si dans la marmite les carottes… sont cuites…
© Max-Louis MARCETTEAU 2025
Les S.O.S. non déclarés…
― Il y a des mots écrits qui disparaissent…
― Et ceux qui s’entassent, s’épuisent, s’envolent, s’étiolent, s’encagent…
― Se lisent aussi…
― Et se retiennent…
― Un tout qui bourdonne en espace-temps inconditionnel des lignes de vie…
― Comme les élégants entre la lingerie d’une virgule et le trait-d’union…
― Quand les indécents évangélisent les interdits et la curiosité d’une jouissance…
― Les paumés et frileux se causent entre l’habitude de la timidité et l’audace d’une première fois…
― Et les amoureux en arcs-en-ciel à la douceur violente de se retenir et d’avouer entre les lignes…
― Et puis les S.O.S. non déclarés…
© Max-Louis MARCETTEAU 2025
Lucide n’est pas un prénom courant
― La lucidité fait-elle prendre les bonnes décisions ?
― Les bonnes décisions sont-elles à prendre par la lucidité ?
― Prendre les bonnes décisions avec la lucidité… est-elle lucide ?
― Lucide n’est pas un prénom courant.
― Lucidité non plus.
― Nous échappons à la convenance de notre discours.
― L’égarement est aussi une aubaine.
― D’ailleurs pourquoi s’approprier la lucidité pour décider ?
― Pourquoi pas ?
― Et pourquoi décider ?
― C’est juste.
― D’autres sont à la manœuvre.
― C’est décidé !
― Telle est notre décision…
© Max-Louis MARCETTEAU 2025
Demi-assise aux galbes précieux
Mon âme a eu une vision au matin gris-blanc, déshabillé d’un brouillard… le feutré du visible s’est rendu à mon désert, trempé du salé des années domestiquées des «miroirs aux alouettes» d’un esthétisme prétentieux et vaniteux, et à son seuil la Beauté accouplée au Beau déposèrent leur création nommée Apparition qui s’est éveillée, à mon regard, telle la Vérité à son rang de Lumière, demi-assise aux galbes précieux, à s’ex-poser, que je me suis damné pour cette sculpture éphémère… humaine…
© Max-Louis MARCETTEAU 2025
Gardes précieusement ces larmes
«Rien ne sert de courir, il faut partir à point» dit l’unijambiste
― «Rien ne sert de courir, il faut partir à point» dit l’unijambiste.
― Le tout est de savoir sur quel pied.
― Le pied gauche.
― Le survivant.
― Mine de rien… il n’est pas gauche.
― Et l’œil aguerri.
― Oui, l’œil a guéri, aussi.
― ???
― Bref, j’ai «bon pied, bon œil».
― Tu ne lâches pas d’un pouce.
― Euh, je suis à deux doigts de t’en coller une.
― Une main-mise sur mon auguste personne ?
― Une mise à jour, certainement…
― Bon, alors, on la fait, cette course… en sac ?
© Max-Louis MARCETTEAU 2025
J’attends que ton érotisme revienne…
― J’ai le spleen de l’automne, la nonchalance en bandoulière.
― Et ta nudité au clair de lune…
― Quelle nudité ? Celle que tu perçois comme indécente ?
― Eh bien…
― Branle-toi les yeux, tout simplement.
― Ce n’est pas le propos !
― Le réel s’impose et la morale s’expose.
― Ne suis-je pas en droit d’être ébranlé ?
― Ah ! Nous y voilà ! Eh bien bande-toi les yeux et on n’en parle plus !
― Facile !
― Tu polémiques !
― Je m’exprime !
― Allez ! Viens au lit mon bichon…
― J’attends que ton érotisme revienne…
© Max-Louis MARCETTEAU 2025
La file sur le fil de l’attente
Le décor : la file sur le fil de l’attente. La vieillesse, levée tôt à la fraîcheur des os, sans compromis, fait la scène, en leurs yeux l’insomnie à la malversation de rêves avortés ne sourit plus. Le vendeur d’huîtres ne sait plus s’il perle son avenir ou s’il parle à la douzaine de fantômes nacrés; il attend sa vague déferlante. La boulangerie, aimée, recommandée, débordée, est dépouillée… lentement comme un écorché vif…
Le temps en lignes. Ils sont là ! Les gens, fidèles parmi les fidèles et anonymes parmi la parole au fond du gosier, écrasée du trac du contact de l’autre, l’inconnu que l’on voit tous les dimanches, même heure, même costume.
Ils ont peur de vivre ou de vivre encore. Ce ralenti comme s’il devait s’arrêter définitivement à la lecture d’une sentence inattendue, et ne pas être pris au dépourvu et se préparer, possiblement à l’irrévocable. Ils devraient s’activer, pourtant, prestement, s’empaler, s’enquiller, s’étancher, s’amouracher, s’agiter, s’enthousiasmer… respirer l’herbe violentée et inondée de pleurs à la fragrance tant reconnue, ce sang incolore qui nourrit les souvenirs quand le présent les ressuscite…
Ils sont là pour l’achat d’une baguette, d’une pâtisserie, d’un regard de la boulangère… d’un soleil…
© Max-Louis MARCETTEAU 2025
Cucurbitacée
Le propos du propre… s’en lave les mains
― Les gens qui sentent le propre : elle est où leur odeur ?
― Elle est cellophanée par ce propre.
― Seulement, le mot propre n’a pas d’odeur.
― C’est un nom… propre.
― Quel humour !
― Le propos du propre… s’en lave les mains… par essence…
― Tu vas brûler ma patience, mais revenons à l’odeur… propre à chaque individu…
― Tu joues à l’insolite, c’est cocasse.
― Bon, on arrête là ?
― Tu veux toucher mon amour… propre ?
― Dans mon intérêt… propre, non !
― Ah ! Voilà qui me rassure, quand tu reviens à la raison… à la distance propre à nous rabibocher.
― Donc, laissons l’individu et revenons à la valeur propre de l’odeur du propre configurée par une odeur… artificielle par effet.
― Exemple ?
― Monsieur Propre !
― Un tantinet ammoniaque…
― … et citronné en vieillissant !
― N’empêche qu’il est une référence du propre, qui appartient à certaine hygiène impeccable.
― … mais en configuration avec l’habitat, et non avec le corporel !
― Vrai.
― Donc, le corporel propre a une odeur qui disparaît par effet de dissimuler l’authenticité de l’individu pour s’aligner à une référence du propre, et non pas individuel, mais collectif comme l’habitat qui doit être tenu par la propreté.
― Aussi l’odeur du propre séduit les narines et le confort dans les deux cas de figure.
― Oui, cependant le propre a cette sale manie de maquiller le réel.
― Tu sous-entends que le propre est un mensonge ?
― Par excès, oui.
― Bon, allez, va m’acheter le gel douche à la vanille au lieu de discourir… propre à rien..
― Le monde ainsi est plongé à corps perdu dans l’escroquerie quotidienne… il est toujours difficile d’aborder le propre… sans être sali…
― Les mots de Musset nous disent : «Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse »
© Max-Louis MARCETTEAU 2025



















