Jusqu’aux sucs gastriques qui illuminent ses crocs


Œuvre de Chrissy Angliker – titre She Swims- 2017 – peinture acryliques sur toile.

Agenda Ironique de Septembre 2020


« J’ai entendu dire que quand on est perdu le mieux à faire c’est de rester où on est et d’attendre qu’on vienne vous chercher, mais personne ne pensera à venir me chercher ici. »

Cette petite voix qui me parle entre un chêne vert de belle taille athlétique et un tilleul allergique à son pollen, ne me rassure pas. Le mieux est d’avancer, tranquillement et la direction importe peu même sans longue-vue. Enfin, je ne sais pas. D’ailleurs, si je me suis perdu dans cette forêt, c’est que je suis devant l’incertitude de mon existence… sans doute …

Et j’entends une voix d’outre-végétal d’un personnage qui me semble un gnome de la famille des Strompifs

 » … Tout flivoreux vaguaient les borogoves … »

Cela ne me rassure pas … mais pas du tout et j’en suis très chafouin jusqu’au fond de mon abdomen rondouillard. J’ai entendu de vilaines choses sur cette famille : elle aime la chair de notre espèce … ce qui me fait frémir d’ici à là à me gésir …. et pas de chance, je marche à l’instant sur le fameux Bâton du Diable…

— Vous ne pouvez pas faire attention, nom d’une brindille !
— Mille excuses …
— Trop tard pour les excuses … le Strompifs va me dévorer tout cru …
— Je peux, peut-être, vous aider …
— Aider ? Mais notre nature ne nous permet pas cette extravagance … il n’y a que le chacun pour soi … non, mais regardez-moi ça ! … je ne ressemble plus à rien …
— Ne soyez pas pessimiste … moi, par exemple, je me suis perdu … eh bien, j’avance quand même …
— Mais bon sang de bois … vous voyez bien qu’il me manque la moitié du corps …
— Effectivement, c’est embêtant …
— Embêtant ? Vous êtes un inconscient …
— Attention !!! Il arrive … je me sauve …
— C’est ça … bonjour chez …

Ma catalepsie n’est pas loin si je ne reprends pas le fil d’un chemin, n’importe lequel, mais qu’il me transporte hors de la vue de ce gnome outrancier et animal jusqu’aux sucs gastriques qui illuminent sa dentition…

Le pauvre fut croqué sous mes yeux …

Et j’entends la voix d’outre-végétal du personnage, en s’avançant vers moi :

 » Les verchonsfourgusbourniflaient « 

… dans une déglutition bruyante …

Alors, mes petites pattes velues tous terrains me font avancer comme par un automatisme enclenché par l’instinct de survie qui n’attend pas d’avoir de la raison pour sonner la fuite à toutes pattes à son cou …

Et lui, le gnome, de ronfler comme une chaudière à courir à mon train comme s’il avait des bottes sept lieues et j’ai cette envie de crier mon désarroi mais rien ne vient que les pincements de mon angoisse dans mon corps mit au défi de tenir le rythme …

Quand, j’aperçois un trou, sur mon chemin, mon calvaire, le trou idéal qui vient à point nommé dans ma course folle à la survie. Je me surprends moi-même à pénétrer un logement tout à fait incongru …

— Tiens, vous ici Pokie ? Quelle heureuse surprise… entends-je au fond de ce trou.
— Qui êtes-vous ?

Que je n’ai pas le temps d’entendre la réponse, qu’il me gobe tout à vif !

Morale : rien ne sert de courir… même pour servir de repas.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La peur salée de l’abandon

Couverture du livre – The morning song – 1883 – de john watkins pitchford

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 19.20


Quand le soleil se lève … je répète : quand le soleil se lève (lève-toi feignant … j’ouvre la parenthèse) la beauté des bas horizons a belle figure en ce cadeau naturel que les yeux émerveillés du spectateur matinal (lève-toi feignant … le café est prêt) prend plaisir à s’ébaudir jusqu’à atteindre le seuil du nirvana qui n’est pas nommé à haute voix et qui se goûte comme un baba au rhum (lève-toi feignant … au nom du rhum) qu’il n’est pas meilleur chauffage pour le gosier que de développer l’extase devant la rondeur flamboyante d’une céleste vue quand chaque jour est de plus en plus inattendu mine rien dans ce bas monde qui se demande si le mot agréable reprendra le bon sens et consentirait au mot ébaudi comme le premier prix de la jouissance enterrant enfin le mot bonheur dans le haut-fond d’un puits dans sa partie la plus obscure celle de la peur salée de l’abandon qui se rit l’impavide de grossir son sol de la tragédie qui vient de se produire là devant ce balcon ouvert au néant de l’horizon étendu de tout son long comme saigné à blanc …

Nul ne se devait d’ignorer qu’il venait de mourir … dans son sommeil … ce matin …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Je vis tu vis c’est étrange

Kent Miles - Wien - 1990
Kent Miles – Wien – 1990

Premier essai avec le nouveau éditeur fait de blocs et de « briques » 🙂 (je n’ai trouvé à diminuer la lettrine J – code CCS introuvable) Et un lien : https://wordpress.com/fr/support/editeur-wordpress/


Je vis au ciel bleu de ton écriture à la profondeur d’une ancre à quatre mille huit cents quatre brasses et je plume tes mots un à un comme une volaille ébouillantée après l’avoir occis à l’ancienne et je reprends un bol bien rond bien plein de mon whisky préféré et d’une traite je bois tel un boit-sans-soif et dégurgite malproprement sur ma raison d’être…

Tu vis assise sur le promontoire de mon indifférence tu me jettes l’éponge à moi-même t’abandonnes la lutte tu fuis avec la clé des champs qui se change en marguerite géante et plante son avis devant toi et te nargues comme un récif prêt éventré la coquille de ta raison d’être …

Tu vis la vague et son écume à l’âme telle une trame d’une mauvaise ligne de vie que l’exploration te fait vomir au premier pas qui te déboîtes la boîte crânienne sur le devant l’arrière scène aveugle de naissance et qui s’impose comme une ogresse qui charrie les intestins de l’angoisse au carré de l’identité de soi de ta raison d’être …

Je vis entre deux eaux de mon alcoolisme dépositaire de ma non consistance à l’image de toi en blonde un soir à Rocamadour dans cette chambre qui a été témoin d’un craquement aussi inattendu que la livraison de la panoplie papale à dix-sept heures heure sidérale au sous-sol d’une église qui sermonne une messe bien étrange … celui de mon pantalon à la couture de l’entre-jambe … de ma raison d’être …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Agenda Ironique Août 2020 – Résultats

Plage_ile_Reunion_2008_famille_Iotop

Plage_ile_Reunion_2008_famille_Iotop


Nous voici au troisième volet de cet Agenda Ironique Août 2020 avec pour thème : la plage.

Les différents liens : ICI et ICI

1) Gagnant :

 – Il apparaît à la majorité des voix que le gagnant est :  Carnetsparesseux

Cette mouture a apporté des univers  aux horizons divers et variés et tous avec une luminosité différente et attractive.

2) Organisateur(rice)

 – A une forte majorité, le nouvel organisateur de l’Agenda Ironique de Septembre 2020 est une … Organisatrice … (si elle accepte cette mission) :  Véronique que nous ovationnons avec enthousiasme.

Merci à tous : lectrices, lecteurs, auteures, auteurs, et pendant que j’y suis le … monde entier et l’Univers (soyons fous).

iotop 2020

Un éclaboussement à l’oreille des passants

Tout est dans le regard. Dessinateur ?

Tout est dans le regard. Dessinateur ?

Sujet(s) proposé(s) par Nemo Auditur.


« Un jugement trop prompt est souvent sans justice« , dit Voltaire.
— Comme quoi rien n’est parfait, se dit l’homme à haute voix assis sur le banc des déshérités de la société entre son camembert beurre et son saucisson liés entre les barreaux d’une baguette indéfinissablement tendre devant les pigeons trop avides des miettes de bonheurs et trop feignants pour grainer leur pitance.

Et l’homme déchire de ses mauvaises dents l’élément délicat du croustillant de l’habit doré que de légers craquements définissent une douleur et la mie délicatement moelleuse docile et à la fois résistante s’abandonne que le camembert cède aussi avec son aérienne senteur son cru de lait révolutionnaire et que le beurre salé de Guérande fondant aux contacts de ses amants précités n’impressionne pas le saucisson qui a déjà tranché sa position et s’enhardit à s’opposer à se cabrer même à lutter à être mordu sans vergogne par le premier venu … et l’homme de s’arracher une canine plantée dans le sauciflard et de penser que voltaire avait raison … ce sandwich n’est pas aussi malléable que prévu …

Et tout à son affaire … un homme-sandwich s’était attardé devant la scène … de l’homme au sandwich, lui dit :

— « La vérité pure et simple est très rarement pure et jamais simple« , nous dit Wilde.
— Vous lisez dans mes pensées, homme à la botte de la société industrieuse et malfaisante ?
— Mon temps de marche est inversement proportionnel à ma concentration à définir un sens à la pensée extra-nébuleuse de mes contemporains …
— Vous n’êtes pas … un peu fêlé ?
— Qu’importe la fêlure, mon image n’est floue que pour les autres…

Et … de la discussion courtoise à la joute oratoire, un bouillon de phrases pimentées et parfois inintelligibles comme un éclaboussement à l’oreille des passants à dévisager les protagonistes possédés par leur sujet comme un tournesol hypnotisé par leur soleil dévalise leur bon sens commun quand certains s’arrêtent pour jeter quelques pièces pensants à un théâtre de rue …

— … vous convenez, certes, mais la tranche de saucisson si elle avait son mot à dire elle aurait tout autant raison de poser ses conditions …
— Non, non vous égarez … toute forme inerte n’est pas apte à formuler désirs ou griefs …

Voilà pas qu’un agent de la force publique nommé autrefois gardien de la paix à l’écoute des lutteurs oratoires s’infiltre s’interpose se mêle à la mini-mêlé comme un grain de sel de belle envergure pour faire tourner possiblement la chose à l’aigre et il dit :

— « J‘ai personnellement plus de plaisir à comprendre les hommes qu’à les juger » nous dit Zweig.
— Voilà une sage expression, mais que vous mêlez-vous ? dit l’homme-sandwich
— Oui, ce n’est pas dans notre convention d’intégrer une parole non donnée ! dit l’homme au sandwich.
— Aujourd’hui la parole ne se donne pas, elle se prend et l’on se méprend sur le devant de la scène d’un quiproquo à une moquerie et présentement j’aime votre devenir en phrasé qui m’interpelle comme attiré telle une abeille par une fleur de champ en goguette et …
— Monsieur le gardien des lois et autres tenues démocratiques, votre discours est sympathique mais nous causons sandwichs nous vous déplaise …
— J’en suis conscient et je vous comprends mais je dois par devoir faire cesser votre tripotage verbal et en venir à ma présence…
— Qu’est-ce ?
— Je vous embarque pour tapage oratoire en milieu urbain sans autorisation préfectorale au regard de l’article R 2439-10A-1 …

Morale : la loi du plus fort ne tient pas toujours à comprendre l’autre, c’est bien connu.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Agenda Ironique Août 2020 – Voter

Plage_ile_Reunion_2008_famille_Iotop

Plage_ile_Reunion_2008_famille_Iotop


Bon jour à tous,

Merci à vous tous … belle participation … cet Agenda Ironique d’Août en plage aux différents degrés est d’une belle eau …  🙂 La genèse ICI

Votation du 26 au 31 août :

– Pour le meilleur texte (ou les meilleurs) …

– Qui organisera l’Agenda Ironique de Septembre …


(Pour celles et ceux qui ont des soucis pour voter car problème d’affichage, ils peuvent le faire en écrivant un commentaire).


Voici les textes :

1 ) Le 02 août 2020 => texte de Chachashire : Age des gens d’Août onirique.

2 ) Le 06 août 2020 => texte de Iotop : impression de sable mouillé dans le cerveau

3 ) Le 06 août 2020 => texte de Gibulène : Les vacances d’Onésime

4 ) Le 10 août 2020 => texte de Jean-Louis : L’agenda Ironique d’Août 2020  (Haïkus)

5 ) Le 11 août 2020 => texte de Régis : Le sable noir des Marquises (Acrostiches)

6 ) Le 11 août 2020 => texte de Solène : Souvenirs proustiens

7 ) Le 11 août 2020 => texte de Carnetsparesseux : Où est passé la plage ? (1ère partie) (2ème partie)

8 ) Le 14 août 2020 => texte de Rowane : Brise-larmes

9 ) Le 19 août 2020 => texte de Victor Hugotte : Danser sur la plage en temps de pandémie

10 ) Le 23 août 2020 => texte de Sabrina : Plage de rêve

11 ) Le 23 août 2020 => texte de Laurence : Sur la route des vacances

12 ) Le 25 août 2020 => texte de Véronique : Coquillages et coquecigrues

13 )  Le 26 août 2020 => texte de Lyssa : Laisser trace

14 )  Le  26 août 2020 => texte de Gérard : Avoir une vraie vie de chien

15 ) Le 26 août 2020 => texte d’Emmanuel : La page blanche

Résultats des votes : ICI

 

L’arme de l’impatience en main

Photographie de David Yarrow - rhinocéros au Kenya

Photographie de David Yarrow – rhinocéros au Kenya

Sabrina (Blog : entre les lignes) : atelier d’écriture #1

(Voici un nouveau atelier d’écriture mensuel et si votre encre vous titille, je vous invite à participer) 🙂


J’ai entendu un jour dans un jardin des plantes entre deux bancs et retenu comme une vague qui ne devait jamais atteindre un rivage ou un récif : « … les enfants sont d’un totalitarisme … » … le reste s’étant évaporé entre l’oreille droite et le neurone spiralé à clé fractale. Est-ce une assertion ou pas ? Il fallait que cela se confirme ou s’infirme un jour.

Et, aujourd’hui, je vois un enfant dans une allée d’un centre commercial qui hurle comme un canard à qui on vient d’arracher par défaut d’information préalable et à vif sans anesthésie une paire de plumes de son arrière-train.

La maman du garnement par le comportement de son marmot s’est gonflée d’une colère que l’air dédaigneux des clients proches savourent la défaite devant son manque d’autorité ou de conciliation maternelle ou seulement d’amour si ce n’est d’attention tout simplement.

L’alarme vocale du galopin hurleur consterne l’agent de sécurité un ancien d’Indochine qui s’approche franchement l’arme de l’impatience en main et d’un direct vocal tel un mégaphone intégré dans sa gorge profonde et déridée d’alcool, annonce :

— Tu te feras dévorer par les Petites Sirènes !!!

Les yeux du gamin se sont posés terrifiés sur le vieux visage de l’homme ancien guerrier et tout jeune employé de ce grand magasin déformé par ses marchandises possédées de E additifs, vomissant en filigrane les futures maladies …

— Comment osez-vous gueuler comme ça sur mon fils ?
— Vous êtes l’impudente distance entre vous-même et vous-même.
— Vous délirez !
— Vous êtes cette enfant insupportable et poussiéreuse de vos souvenirs comme d’une lie qui vous gangrène …
— Arrêtez ce délire !

Et le gamin de mordre avec toute l’ardeur d’un jeune loup … le mollet de l’agent de sécurité.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La sonnette tinte un air de glacier

Ellen Greene – Film La Petite boutique des horreurs de Frank Oz - 1986

Ellen Greene – Film La Petite boutique des horreurs de Frank Oz – 1986

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 18.20


Le temps d’ouvrir une boîte d’haricots verts, de rincer, de verser dans un bain-marie, que la sonnette tinte un air de glacier qui se détache d’un pôle arctique qui de nue terre va bientôt se retrouver.

Est-ce que l’on vient m’annoncer une nouvelle à enflammer mon cœur ou à le détruire … moi qui n’attends rien ?

Je n’ose m’aventurer dans le vestibule, ouvrir la porte et regarder en face les propos grandeur nature … que je grossisse l’importance comme une montagne … possiblement.

Trêve de radotage ! je m’élance ! le courage en main et les jambes toutes à mon ordre de marche, je déclenche la poignée de la porte, le grand jour m’éclaire … il n’y a personne … c’est un lapin, une farce de garnements … sans doute …

Je reviens à ma chère cuisine quand une nouvelle fois la sonnette reprend sa formule glaciaire. Est-ce l’effet de mon troisième whisky de la matinée, consommation quotidienne, qui me joue ce tour de cochon ? Est-ce la chaleur ambiante de mon fourneau et les émanations de mes plats en préparation ? Est-ce le moite de mon rhume qui m’embrume et fait bourdonnement à l’oreille droite ?

D’un questionnement à un autre, ma main tourne la poignée … elle me reste dans la main. Quel est ce mauvais tour que l’on me joue ? Et une voix forte se fait entendre … derrière ma porte :

— Ouvrez-moi ! Ouvrez-moi !
— Mais … mais c’est moi qui suis enfermé chez moi !
— Prenez un marteau, une masse … n’importe quoi mais ouvrez cette porte !
— Vous êtes un dingue, un dérangé du ciboulot… j’appelle la police !
— Il n’y aura personne à arrêter !
— …
— Ouvrez-moi !
— Comment personne ? Je vous entends, moi, donc vous êtes bien présent !
— Oui et … non.
— Comment : oui et non ?
— Cela va être difficile à croire.
— Je craque maintenant, ou j’attends ?
— Attendez.
— J’écoute.
— Je suis vous…
— …
— Je sais c’est difficile à croire.
— J’ai un don d’ubiquité ?
— Non.
— Alors !
— Vous devez m’ouvrir absolument la porte !
— Et pourquoi ?
— Eh bien, pour effectuer …
— Effectuer ?
— Effectuer le transfert ! Dépêchez-vous !
— Le transfert de qui ?
— De vous … de toi …
— De moi ? Mais … vous me tutoyez, là !
— Oui, et si tu tardes, nous allons errer pendant un certain temps !
— Je peux me réveiller, là ? Ou je rêve ?
— Non, hélas !
— Et pourquoi ?
— Tu es … mort !

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

L’équinoxe de ses angoisses

Bruit_porte_photographie_Iotop_2020

Bruit_porte photographie_Iotop_2020

Des mots, une histoire : récolte 49   (Hors délai)


Qui dit fricot, dit se bâfrer. Évidence qui fait fuir l’anorexique et l’ivrogne à devenir abstème (s’abstenir de vin). Seul le meunier du village sait de quoi l’on cause et à cela il n’y a rien à négocier. Il est jeudi soir, et pour rien au monde il ne manquerait ce fricot … du lendemain possédé de ses arômes en confusion mélangés, aux degrés de l’extase presque mystique… préparé par sa rondouillarde épouse : le fricot de la meunière, spécialité qui s’est imposée sur plusieurs territoires de la région dont son mari n’est pas peu fier, se permettant d’augmenter ainsi le tarif de sa farine… l’inconvenant.

En retard, le meunier n’est pas homme que l’on roule dans la farine ni à enfariner par jacasserie entre la meule et la poulie ou entre la bière trappiste et un blablateur vendeur de bœufs quand le fameux ragoût dans sa marmite congestionnée le supplie de l’enfourner en bouche jusqu’à l’envahir dans les profondeurs de son être obsessionnel…

Et le vent fort n’en dit pas moins et creuse l’agacement de la meunière qui s’impatiente du retard de son homme qui est aussi ponctuel que l’horloge biologique du papillon de nuit.

Maître Lapoulith est en retard, c’est un fait. Son habitude est dérangée, son heure s’inquiète, son assiette attend et la porte du logis reste close, tout à son mutisme, elle aussi languit et se repose sur son triple gond.

Alors, qu’attend-il pour franchir le seuil, cette porte journalière et commune avec cette tendance obligée, aussi, des bonnes et mauvaises nouvelles … la meunière ne compte pas les tic-tac, ni l’équinoxe de ses angoisses qui monte en mayonnaise ses battements de cœur à la moindre perception d’un bruit, même connu, quand le vent se tait …

Et un grondement inhabituel … derrière la porte …

Un chien ? Un loup ? Un renard ? … un monstre ?

Le silence armé … et la meunière de dire la voix enfermée dans la gorge … sort.

— C’est toi ?

La porte s’ouvre de sa serrure à loquet, les gonds miaulent, et le cœur de la meunière s’arrête… devant la bougie suif témoin.

Le meunier est là … un fort gâteau à la main.

— Bon anniversaire, Marie !

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Impression de sable mouillé dans le cerveau

Couple_photographe_inconnu

Couple – photographe_inconnu

Agenda Ironique Août 2020


Un couple naturiste sur la plage au mois d’août … parmi d’autres…

14h03

— Tu es bien, là ?
— Je suis bien, sur cette plage de sable fin et chaud.
— Ton corps est de plus en plus beau.
— Il en fait qu’à sa tête… pourtant …
— Tu es programmée pour bien vieillir, à pas mesurés.
— Vieillir ou pas, quelle importance.
— La vie ne demande pas ton avis.
— Et si mon suicide était un acte libérateur, un pied de nez à la vie, hein ?
— Alors, ce suicide serait injuste.
— Pourquoi ?
— Y a tant de vies qui veulent se vivre.
— Que m’importent les autres.
— Et moi, je suis les autres ?
— Tu es ce blablabla qui me tient à flot… possiblement.

15h23

— J’ai une impression de sable mouillé dans le cerveau…
— Cerveau ensablé ?
— Hein ?
— Et les oreilles aussi ?
— Non … dimension de tes mots en argile qui se déforment et s’envolent tels des parasols décolorés …
— L’ouïe en noir et blanc ?
— Avalanche de mots sur une onde outragée… je nadir …

16h31

— Je veux entendre ce monde respirer…
— Respirer autrement ?
— Non, respirer avant qu’il meure !
— Ou avant que tu meures ?
— Non, le monde ! même le vulgaire des poissons comme la perche
— Et tu n’es pas de ce monde ?
— Si …
— Alors ?
— Je veux entendre ce monde respirer.
— Et moi ?
— Et toi ?
— Oui, moi !
— Rien …
— Comment rien ?
— Tu ne respires pas.

17h53

— Si j’étais ton horloge ?
— Tu es toujours en retard, alors …
— Si j’étais ton Monoï ?
— Je ne suis pas une pièce mécanique qu’on trempe dans l’huile … tu le sais, ça ?
— Si j’étais ton eau ?
— Tu es déjà tari, mon pauvre …
— Si j’étais une page de ton livre ?
— Tout juste un sixième de ligne…

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Agenda Ironique d’Août de l’An 2020

Plage_ile_Reunion_2008_famille_Iotop

Plage_ile_Reunion_2008_famille_Iotop


Bon alors, je m’y colle pour la troisième fois mais par défaut cette fois-ci et donc moins fébrile en me basant sur le même format. Quoi qu’il en soit je suis heureux d’apporter ma pierre à l’édifice de cet Agenda Ironique qui dure depuis plusieurs années.

Je ne suis pas très prolixe sur ce genre de domaine et pour informations voici des liens (la genèse) : ICI ou ICI
Et celui du mois de Juillet chez : Emmanuel Glais

Le thème : plage

J’explique : je n’aime pas le contenant plage (bord de mer) en général mais j’apprécie son contenu. Cependant, il est intéressant d’élargir le champ : plage, comme par exemple : plage horaire, plage de mots, plage d’un navire, plage de bouteilles, plage de livres, plage de naturistes, plage arrière d’un véhicule … etc etc

Je vous propose de composer un texte (prose ou poésie – long ou court) avec la plage de votre choix (réelle ou imaginaire) et dans le genre qu’il vous plaira (fantastique, utopique, commun, amoureux, journalier, carnet de bord, romantique, animalier, érotique …) le tout … Ironique.

Et pour « faire » bonne mesure, quatre mots imposés :
– Flot
– Argile
– Perche
– Monoï
(vous pouvez les placer dans le désordre ou l’ordre et même en faire des anagrammes ou les triturer selon votre bon vouloir).

Vous avez jusqu’au :
– Du 1er au 26 août 2020
– Vote du 27 au 31 août de la même année.

Faites savoir par un commentaire et un lien quand votre œuvre est en ligne sur votre blog.

Et je fais un récap juste en dessous …

À vos ancres … euh vos encres bien trempées … 🙂

Iotop 2020


1 ) Le 02 août 2020 => texte de Chachashire : Age des gens d’Août onirique.

2 ) Le 06 août 2020 => texte de Iotop : impression de sable mouillé dans le cerveau

3 ) Le 06 août 2020 => texte de Gibulène : Les vacances d’Onésime

4 ) Le 10 août 2020 => texte de Jean-Louis : L’agenda Ironique d’Août 2020  (Haïkus)

5 ) Le 11 août 2020 => texte de Régis : Le sable noir des Marquises (Acrostiches)

6 ) Le 11 août 2020 => texte de Solène : Souvenirs proustiens

7 ) Le 11 août 2020 => texte de Carnetsparesseux : Où est passé la plage ? (1ère partie)

8 ) Le 14 août 2020 => texte de Rowane : Brise-larmes

9 ) Le 19 août 2020 => texte de Victor Hugotte : Danser sur la plage en temps de pandémie

10 ) Le 23 août 2020 => texte de Sabrina : Plage de rêve

11 ) Le 23 août 2020 => texte de Laurence : Sur la route des vacances

12 ) Le 25 août 2020 => texte de Véronique : Coquillages et coquecigrues

13 )  Le 26 août 2020 => texte de Lyssa : Laisser trace

14 )  Le  26 août 2020 => texte de Gérard : Avoir une vraie vie de chien

15 ) Le 26 août 2020 => texte d’Emmanuel : La page blanche

 

Pour voir les votes => ICI

Elle voit l’horizon s’empiffrer d’un soleil matinal

Oeuvre de John Everett Millais - Clarissa - 1887

Oeuvre de John Everett Millais – Clarissa – 1887

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 17.20


Toute haute debout, pieds nus, elle voit l’horizon s’empiffrer d’un soleil matinal où ses yeux s’accrochent en ce lointain quand la mort si proche, peut-être incertaine, est une interrogation, une provocation et ses mains crispées sur les barreaux de sa geôle à la paille humide possédée de la respiration d’une terre battue, de sueurs, de secrets, d’humeurs de condamnés à jamais disparus dans une autre entrailles terrestre …

La circonlocution de la narration n’arrêtera pas le sort de la jeune femme dont les cheveux longs ont été taillés réduit jusqu’au cou gracile défiant encore sa position …

Les larmes sur le bord du volcan de l’émotion, elle se rappelle ce baratineur débordant de ce charme mâle comme un appât désirable de belles phrases, d’aphorismes … et puis sa sentence avait été tracée sur la ligne invisible du hasard, de sa part de fin …

Elle s’étonnait d’avoir été prise dans ce tourbillon de mots dont le celui de téléphone mot saugrenu … ce beau parleur l’avait embobiné dans un complot à mille lieues de ses préoccupations quotidiennes celles de discuter d’un bon bagou sur le prix des œufs, de la viande fumée, d’un légumeux de saison … mais lors de sa comparution devant ses juges aucun plaidoyer pour la défendre …

Sa parole contre celles de bedonnants bourgeois aigres et vicieux comme … des hommes …

Elle n’avait pas joué une pirouette pour s’en sortir, elle avait débordé de sincérité … avait été la girouette d’une affaire …

Là voilà par un soleil radieux… pendue …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Parloir sourd au format miroir à soi

Max Ernst - Santa conversazione - 1921 - Dédicacé à Benjamin Péret

Max Ernst – Santa conversazione – 1921 – Dédicacé à Benjamin Péret

Agenda Ironique Juillet.

(Choix ici du lipogramme (sans e))


 

Il part. L’horizon noir pour salut, sa main sur son front brûlant … pas à pas, il sort … d’ici pour la …

… prison… sa prison… son rasoir… murs du parloir, sourds au format miroir à soi, par la voix sans nuit, sans goût, fait son habit… la claustration sur lui, position du fautif au chagrin garrot, banni parmi tous bannis, un cachot lui sourit …

… aux visions poisons, d’abandon a sa raison … lui pantin corrompu a son ragoût d’alcool du mal construction amplification aux poumons d’un vaudou d’un air au bruit à subir l’attraction du …

La nuit, l’imagination au carcan à vif à vouloir fuir fait noircir son sang … aux matins toujours trop durs … poings au mur … croupir à l’infini dans son hôpital …

Tous, rugissants dans son ciboulot … tous fous …

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Il est mort, seul

Oeuvre de Ramon Masats - Barcelone 1953 - Blanca Berlin Galeria

Oeuvre de Ramon Masats – Barcelone 1953 – Blanca Berlin Galeria

Des mots, une histoire : récolte 50


 

« Pour vivre heureux, vivons cachés » disait-il.

 

Il est mort, seul,

Sa liste de bonheurs entre les dents,

Et les palabres de la messe à promettre un Paradis … un lac desséché.

 

La misère est en nous … et le mur du désir hurle dessalé de son envergure sur le grain de sa peau …

Et l’oniromancie rit, la dupe.

 

Avec la danse d’un seul temps, il s’était égaré dans le monde d’une Incertitude aux dents acérées d’une Inhumanité, devant l’ogresse de la réalité, à cette envie de la goûter … cette souffrance n’était pas chimérique

 

Il est mort … seul.

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La Boîte à Temps

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Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 16.20


La Précipitation du Temps dans le gouffre de l’insondable Tic-Tac de l’engrenage qui prend son pied … s’arrête d’un éclair

La Boîte à Temps informe le Courrier du Temps, tout à courir, de la glaciation inattendue de la Précipitation. Toute l’armée de Seconde, aux Têtes des troupes les unes à Vélo les autres à la pointe de l’innovation de leur aiguille quand d’autres à la Diligence, s’apprêtent à envahir le Territoire à la Minute jusqu’à Risquer la Disparition par un effet Sablier …

Si le Tout s’arrête, le Silence l’ennemi du Temps serait vainqueur sur la Totalité de l’Univers Visible et le Ralentir est la première victoire mais pas le Remède.

Le Néant sur le bord de la Route, lui, attend son Heure…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Rho-Man Tout en Gala-Tik – Chapitre 5

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Créature_Tout_en_Gala-Tik Iotop_2020

Enfin le fameux Chapitre 5 du roman Rho-Man Tout en Gala-Tik sort aujourd’hui – Sur une idée commune avec Carnetsparesseux. Chaque semaine, tous les mercredis, un nouveau chapitre sera présenté, chacun sur son blog.


Tout en s’accrochant à rester lucide

Il ne comprend pas Qi Peuh Leu P+ à la hauteur de sa logique positionnée telle la chauve-souris (et pas à celle que l’on pense) qui s’interroge sur la consistance de son état sur le tableau ancien de Karnaugh et d’une algèbre dissociée sur un code duodécimal à deux voies réfléchies appris lors de son stage de réadaptation dans la circonscription des Allumés Des Pipants Mots (ADPM) suite à une mission improbable qui s’est avérée tout à fait impossible dans une configuration inconcevable avec une hiérarchie déficiente par excès de confiance comme le lait de brebis dans l’éprouvette de la science qui s’est égaré…

Il ne comprend pas l’échelle de la valeur qui s’impose à ses beaux yeux opales de feu à ce retournement de situation dont il est l’objet et comme tout objet sa valeur est proportionnelle à l’envie de le garder en vie inversement à la distance des questions qui lui seront imposées comme tentations à le piéger dans une toile d’araignée sans nom qui aura tôt fait de lui aspirer toute envie de vie jusqu’à la sécheresse de ses os dans le bouillon d’une réincarnation improbable car non inscrite dans l’un des chapitres de l’éducation intemporelle qui structure toute ethnie.

La pièce qui l’accueille est aussi minimaliste que la tête chauve du premier tétratonaute venu aux yeux partiellement artificiels défiant les spectres les plus osés des ondes qui parcourent les Quatre Univers Parallèles et Adjacents ce qui donne un aperçu non pas définitif et ou exhaustif de l’endroit… fermé à toute interprétation farfelue et ou exagérée qui n’aurait pour objectif que de perdre le fil de la pensée de Qi Peuh si ce n’est à se convaincre de l’absurdité de sa positon inconfortable voire désagréable suspendu par les pieds à une hauteur tenue par une architecture de barres ferrailleuses et audacieuses de formes qui l’interroge.

La question est à la question ce qu’est la réponse est à la réponse, se dit-il la tête en bas, les bras ballants, le bout des doigts à quelques timètrecents du sol boiteux tout à présent totalement réveillé telle la plante créant sa photosynthèse à la lumière d’une obscurité éteinte… qu’aussitôt il s’aperçoit que ses pensées se diffusent dans le non-sens comme le colimaçon rejoint l’apothéose du palier à la relation d’une jonction qui s’étend vers les seuils inconnus de la connaissance… qu’il retombe dans le fracas d’une déraison tout en s’accrochant à rester lucide quand il est interpellé :

— D’où vnies-tu cohse ainmée ?
— Qu’est-ce que c’est ? dit-il en essayant d’onduler comme une anguille.
— Ce n’est pas le pielbmor, je vuos ruasrse ! dit la créature.
— Je ne comprends rien à votre charabia ! Et détachez-moi !
— Deocemunt lellluibe.
— Margoulin ! Escorporte ! Exterminateur ! Oppresseur ! Distipulateur ! Envahiss…

Et comme une extinction inattendue d’un élément moteur vivant, il s’éteint subitement le Qi Peuh par une action indéterminée de la créature filiforme qui appelle sa doublure presque sans ombre qui d’un trait à un autre considère l’élément Qi Peuh Leu P+ dans un état moins conforme qu’il n’y paraissait quelques Eurhes avant et constate amèrement qu’il ne sera pas l’interlocuteur privilégié des négociations futures sur la métamorphose de leur société vers une autre structure à l’architecture aux contreforts harmonieux à l’équilibre des gravités et l’élasticité des formules de conceptions.

Les créatures s’interrogent de la disjonction de l’élément bipédique suspendu et inerte quand un soubresaut à peine perceptible traverse la pièce fédérant un questionnement d’inquiétude qui leur plie les revers structurels.

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Le souffle lui-même va prendre l’air

Concours des œufs de pâques - published in Vu magazine numero 158 - 25 March 1931

Concours des œufs de pâques – published in Vu magazine numero 158 – 25 March 1931

Blog entreleslignes Sabrina

(Cette semaine pas de 5ème chapitre (encore) du roman Rho-Man Tout en Gala-Tik, toujours en chantier (peu de temps pour m’y consacrer et me concentrer) et Carnetsparesseux  ? ou au moins ICI)


L’interphone, ou le parlophone, est une oreille toujours attentive dans tous les immeubles. Qui peut dire le contraire ? Ce n’est pas une mauvaise langue … du rez-de-chaussée… à la fenêtre entre-ouverte, à la croisée coupable telle l’indiscrétion à la sève vivante de son pillage verbal quotidien et voit d’un bon œil une récolte d’infos de l’anodin à l’intime …

Zoé Rey ne nie pas. Elle assume.

Drissa Keita, locataire de cet immeuble, au deuxième étage du couloir tout à gauche d’une porte droite, amant de Zoé, lui, ne supporte plus son intrusion maladive dans la vie des autres.

Médium de formation intuitive, collaborateur du Dr U Meyer, psychanalyste animalier, spécialiste du primate stultus sapien, en dehors de ses heures de canapé et Maître Gadin, avocat des fruitiers qui bordent, entourent, contournent, débordent, s’épanchent de l’immeuble territoire partagé départagé aux paliers couloirs étages escaliers des habitants tels que Marc Louis Alice Cloé Martin et Pierre Clerc Chris Fleurs et la Gardienne forte de caractère telle une herse … tout ce monde joue l’envers du décor … mine de rien … le sourire en porte-à-faux à la mode de tous les jours … tous, ce jour, sont devant la porte de Zoé, chaque oreille tendue à l’extrême de l’ouïe … ils attendent … car c’est aujourd’hui …

Et puis, un pétale porté au souffle de l’effondrement punaisé de l’humanité s’affranchit de la gravité des choses et de la formule et s’enhardit à se déposer sur le bord de la fenêtre coupable par excès de présence en son mur porteur …

Tel le détonateur, il est cet instant déclencheur, cette seconde où tout bascule, le souffle lui-même va prendre l’air … et à l’échelle d’un tremblement aortique du genre d’une surcharge volumique diastolique, aux spasmes des dividendes du ras-le-bol, ce peuple épié par l’indécente Zoé … celle-ci entend mille respirations qui transpirent de sa porte d’entrée …

L’effet de courbe de Wöhler s’amplifie à la vitesse d’élan chassé à l’hiver aux appeaux et le coup fatal vient de l’interphone qui se réveille à l’oreille de Zoé :

— Alors, on m’espionne ?
— Qui est là ? s’étonne la préposée possédée de sa raison … encore.
— Je suis dans ta tête, chantonne l’interphone.
— …
— Alors, on se pétrifie sur sa place ?
— C’est une blague ? dit-elle possiblement piégée, le regard égaré entre la porte d’entrée pour une fuite possible et la fenêtre qui d’un claquement entrecroisé inexplicable s’est refermée.
— Est-ce blague que d’être à l’affût de l’intimité des gens ?
— Je je je … ne … comprends pas …
— Je vais t’emmurer dans des voix multiples et bariolées.
— Expliquez-vous ?
— M’expliquer ? Je n’explique rien, comme vous d’ailleurs. Ce trop d’années de pillage emmagasiné va s’effondrer comme un barrage dont les soutènements sont rongés.
— Je n’ai pas peur de vous !
— Non ? Alors, dégorgeons à plein toutes les conversations pêle-mêle de ces quelques décades…

Aux bruissements de la pensée, l’interphone cellulaire étend ses mailles, tisse une schizophrénie brutale dans le cerveau déplié à la démence et à l’acouphène tel un barotraumatisme, Zoé frappe durement sa porte d’entrée que toutes les oreilles en même temps se décollent aux hurlements des locataires et d’un élan d’une possédée elle disparaît dans les méandres du bois de sa porte qui soudainement régurgite de la moelle de cervelle …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Et le silence tourne en rond

 Jean_Paul_Gaultier_automne_hiver_2007_2008_Paris_27_02_07_photo_Alain_Aubert

Jean_Paul_Gaultier_automne hiver_2007_2008_Paris 27_02_07 photo_Alain_Aubert

Agenda Ironique Juin
(Cette semaine -encore – pas de 5ème chapitre du roman Rho-Man Tout en Gala-Tik, qui est en chantier mais Carnetsparesseux est bien présent ICI)


« L’été, la nuit les bruits sont en fête … » lit-il à l’instant devant une assistance médusée à l’éclairage diffus entre l’expression d’un spot et les neurones printaniers qui avalent quelques synapses spectateurs d’astreinte ..

Cet instant précis et déterminé par le mot : fête … un déclenchement s’arme de son effet par une action d’éclat … le prosateur debout, tête en arrière, bras tendus en équerres, paumes des mains dépliées vers le ciel de la machinerie de la toile de fond … il attend … bouche ouverte … comme un crucifié attend une réponse à sa mise à mort par l’injuste qui tient le glaive par pouvoir de commander à la Mort au tranchant de son humeur …

Quand, une oie blanche, en robe légère, d’un pas de deux, l’ingénue au premier degré, traverse de part en part la scène. Le comédien comprend qu’il se passe quelque chose hors de son champ scénique préparé de longue date et mûrit à l’alcool de la patience et de l’effort …

Et le silence tourne en rond, se présente devant les yeux de tous au carré du territoire de l’histoire et l’impossible vient de naître et entre en scène comme un anti-héros inattendu …

Les souffles se retiennent … l’oie blanche déploie son art telle une robe en tulle prise par les hanches entre un vent du midi et un Zéphyr … tout est là devant des yeux qui s’écarquillent comme le tournesol illuminé par un soleil …

L’impossible se signe et s’évapore… le comédien soupçonne quelque chose d’important mais emprisonné par son rôle … sa douzaine de larmes le défi …

Et l’oie blanche disparaît …

Le comédien ferme sa bouche, redresse sa tête, ses bras le long du corps, les yeux fixés vers l’infini, il dit :

« Finalement, j’ai rencontré une brouette, et j’ai pensé qu’elle me prêterait une oreille attentive. »

 

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Ton bonjour sous le bras

Fei Fei Sun pour Vogue Italia juin 2015 par Mert Alas & Marcus Piggott

Fei Fei Sun pour Vogue Italia juin 2015 par Mert Alas & Marcus Piggott

Les petits cahiers d’Émilie. Émilie 13.20    (Hors délai)
(Cette semaine pas de 5ème chapitre du roman Rho-Man Tout en Gala-Tik, toujours en chantier (peu de temps pour m’y consacrer et me concentrer) mais Carnetsparesseux est bien présent ICI)


Il est sept heures dans le salon ; la baie vitrée baille haut ; le soleil fait sa rentrée en petite tenue thermonucléaire. Et toi, ton bonjour sous le bras sans effort, ton semblant de patience pénélopéenne en grande tenue et ton sourire béat comme un piège, m’aborde pour me saborder :

— Tiens, t’es toujours là !
— J’ai encore ce courage du cocu…
— Si ce n’est une faiblesse … te voilà humilié et pourtant tu frétilles, ici, devant moi.
— Non, je ne frétille pas, ce n’est pas dans mon caractère … tu le sais de ta mauvaise foi…
— … et à poil ! T’as honte de rien !
— Honte ? Tu sais très bien que je dors ainsi et puis l’homme nu ne vaut-il pas l’homme habillé ?
— « L’habit ne fait pas le moine » c’est sûr … allez, tu sais que je ne veux pas de couple à trois… ne reste pas ici.
— Je paye la moitié du loyer … ce n’est pas un vecteur négligeable.
— Et alors ? Ton droit ne vaut pas obligation de ta présence ici !
— Je souhaite peut-être aussi réparer mon erreur…
— Tu es déjà une erreur à toi tout seul …
— Ta dureté est de diamant … je pense sérieusement à étreindre ton joli cou présentement …
— Il te faudrait ce brillant courage, ce rien du meurtrier pour exceller dans cet acte … ce qui est peu probable …
— Ne joue pas à ce jeu …
— Ne m’approche pas !!!
— A t’énerver brusquement ainsi … ta peur me fait bander …
— Arrête !!!
— Trop tard …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020