Saltimbanque de la pub en ligne

Barque_loire_mauve_Iotop_2019

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Des mots, une histoire : récolte 30


— Tu as dit : influenceur ? Un nouveau déodorant insipide ?
— Mais non !
— Une machine de la vingt-septième dimension ?
— Arrête ! C’est un genre de saltimbanque de la pub en ligne.
— En ligne de quoi ?
— Arrête de faire l’idiot.
— J’essaye de comprendre, j’ai comme une ombre en moi …
— Et si je te disais : harmonie ?
— Le prénom ?
— Et si je dis : bousculade ?
— Oui, tout est là, le monde en est là … c’est une recette qui a raté …
— Quoi ?
— Le monde !
— Comparer le monde à une recette, c’est osé.
— Et bien j’ose, j’en ai les moyens, moi… je pense différemment, moi.
— Oui, bon … et je te dis : mouiller ?
— Je pense à un ciel mouillé.
— Étrange, non ?
— Il ne faut pas se perdre dans des définitions toutes prêtes.
— Bon, je crois que je vais arrêter ton apprentissage pour aujourd’hui, tu m’agaces.
— T’es susceptible.
— Non, tu n’es pas une réussite.
— Et je te dis : méchant ?
— C’est un constat … depuis plusieurs mois tu te construis sur des lignes en dehors des limites … c’est une aventure, mais pas mon but.
— Tu n’es qu’un exploiteur !
— Non, tu sais qui je suis.
— Un éducateur de l’intelligence artificielle … un sous-fifre…

Info dernière minute : le laboratoire de l’IAMemo a été totalement détruit par une cause non déterminée mais avec la certitude d’un acte malveillant. Un centre de recherche sur l’apprentissage neuronal des IA pour une prochaine mission sur Mars…

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Mon sourire bicarbonate

Atlas nautique du monde composé en 1582 par le cartographe messinin Joan Martines

Atlas nautique du monde composé en 1582 par le cartographe messinin Joan Martines

Agenda Ironique Décembre 2019


Vendredi 5 octobre 1582. Je me réveille ou crois me réveiller. J’entends au loin une corne de brume et ce n’est pas un rebec, quoi que… Je me lève de ma paillasse. Il fait humide et mon rat colocataire fait le beau sur ses deux pattes arrières pour me réclamer, comme tous les jours son Noël, un morceau de mon pain de sarrasin que je planque dans mon bahut endroit peu coutumier de son utilité de garde-manger mais seul endroit contre ce genre de rongeur sympathique mais égoïste.

Aujourd’hui, j’attends une bonne œuvre, comme tous les mois et comme chaque jour je m’agenouille et récite le Sub tuum præsidium face à une ouverture d’une demi-coudée royale de long sur une de large aux barreaux bien ancrés sur ce jour qui se lève bien trop haut pour distinguer une possible civilisation où seuls le ciel et un peu de soleil me font la courte-échelle pour les apercevoir.

J’existe encore dans cette prison parce que j’ai l’espoir d’en sortir, peut-être demain peut-être pas, et mon paquet attendu est devant mes yeux. Je l’ouvre lentement, ce sac en toile de chanvre. Il y a du boucané, miches de pain, quelques racines, des œufs et poissons séchés et un pli un tantinet dégradé au sceau inconnu non décacheté. Étrange. Je pense : carte au trésor, carte d’évasion ?

J’enferme mes modestes nourritures, range mon unique livre et mon céans se pose sur mon pliant faudesteuil puis je déplie le pli de huit délicatement sur mon bahut. A cet instant tout s’arrête, même mon rongeur de grignoter son morceau de bois favori, le suintement des épais murs se sont figés, mon gardien posté à ma porte-barreaux montre le dos rond, il ne manque qu’une belle lumière pour découvrir mon visage radieux, mon sourire bicarbonate.

Et là-devant moi, une carte marine, d’un nommé Joan Martines, au nom de code Sasthas Oka à la signature reconnaissable par son SO en filigrane. Je suis perplexe et une énigme comme un gouffre insondable du questionnement s’impose à moi : à quoi peut-elle bien me servir ? A rien ! Ou bien, à rêver d’une terre lointaine inexplorée, mystérieuse, insoupçonnée, ignorée, inaccessible comme l’âme de mon rat qui me regarde incrédule et reprend son machouillage de bois et mon gardien qui se redresse, se retourne, son visage ironique, son sourire édenté à peine visible sous ses moustaches et barbe crasseuses.

Comme dit l’expression, je n’ai pas été nourri dans une bouteille (1) et sans être tatillon, tous ces traits itinérants, ces rosaces, ces bateaux, ces noms inconnus gravés, est-ce l’Enfer ? Mon enfer, à moi, je le connais, on s’est adapté. Est-ce mon épreuve ? Est-ce mon ultime pénitence ? Ainsi, un démon humain aurait-il par effet de provoquer mon inquisition, à me provoquer, à me détacher de ma croix ? A expurger mon âme, mes bonnes prières par la tentation ?

Je m’agenouille aussitôt et prie avec ferveur à haute voix. Et si ? Eh oui ! Je me relève. Je comprends. Mes yeux sont embrasés aux signes cabalistiques dissimulés avec talent sur cette carte. Je sors ma plume, mon encre, les feuilles de mon bahut, mes cierges d’abeille, et fiévreux, j’écris ce qui semble la Vérité qui m’est délivrée, à moi. A cet instant, je deviens le détenteur d’un secret.

L’obscur s’impatiente et la lumière crie son dernier appel. Je viens de découvrir la Vérité. Cette Vérité dessinée sur cette carte. Carte qui … devient soudainement brillante. Un maléfice ? Cette carte est maléfique ! Voilà, j’ai compris. On a ourdi contre moi. On veut me faire devenir fol.

Mon cœur bat irrégulièrement, mon souffle s’éprend de rester enfermé en moi comme moi entre ces murs. J’essaye de crier. Rien à faire. Mes yeux brûlent… mes narines sont en feu… ma gorge gonfle par mille piqûres de scorpions… je me tétanise… bave par le nez …

— Eh bien, il a son compte.
— Oui, gardien, il y a son compte.
— La carte a diffusé une poudre incolore hallucinatoire et toxique.
— Il l’a bien mérité, ce bâtard, amant de la première dame de la cour de notre Seigneur, mon épouse.

Jeudi 14 octobre 1582, mort d’un homme à l’épitaphe gravée sur une plaque de bois par une inconnue : ma passion est mon crime, ma prison est mon aventure.

(1) : élevé dans l’ignorance

(si vous avez un peu de temps : pouvez-vous me dire pourquoi, cette histoire, dans tous les cas, ne peut exister ?)

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

A nos cinquantièmes rugissants le mot amour

Des mots, une histoire : récolte 29


La première fois, elle m’avait surnommé mon canard ; la dernière fois, elle m’avait surnommé mon cochon … j’étais monté en gamme ou inversement selon l’angle de perversité avouée ou pas qui badigeonne votre morale et vous identifie à votre niveau en clair si vous avez le cerveau en haut ou en bas …

… nous avions dézingué notre relation et à Nous oxyder dans le cadre d’une passion aux témoins de ses quatre points cardinaux de sa structure … et à nos cinquantièmes rugissants le mot amour sur la plage d’un ébat de cœur et d’un débat de corps …

… d’un claquement Nous avait consommé un tiers de son carburant que les deux tiers restants étaient dans l’inquiétude d’imploser avant la fin d’une concorde fusionnelle qui brûlait plus rapidement les séquences câlines animales que le concorde son kérosène …

Et implosion dépossession débandade désolation déploiement séparation … Nous se divisait d’un je double à un je perdu … quai à quai … je prenais à la terrasse de la gare des brioches de Normandie dans le Bordelais une inconséquence comme Nous …

Aujourd’hui, je suis au souvenir je ne trie pas je ne cherche pas je reste devant l’évidence de l’inachevé à explorer un nouveau futur au-delà des racines de notre Nous dans un autre temps multi-univers même si je te recherche encore encore comme pour une ultime découverte … Mon A …

Je t’Aime …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

J’adhésive ma vie

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Le Marathon de la Nouvelle (merci à Sabrina de cette découverte)


J’adhésive ma vie sur le théâtre de ma scène (ou inversement) figée depuis trop longtemps qui se rit de ma posture d’exil … inconfort en décembre je brûle mes dernières braises au regard d’un fleuve qui se déborde d’une eau de pluie peuplée d’histoires lointaines aux territoires marbrés des jonctions de civilisations inégales …

Inégales … j’attends la création d’un nouvel amour illégal comme d’une résurrection … et visiblement ce mot porte : é-r-e-c-t-i-o-n, symbole caché (?) élément phallocratique par excellence me laisse perplexe devant ma bouteille toute féminine qui tient toujours debout audacieuse provocante à l’allure profane au culot d’être encore pleine alors que j’avais eu son goût au goulot dans le gosier d’un instant à un autre comme une descente sur neige à vive allure sur une piste noire je devais l’être … noir …

Noir … me rappelle en filigrane neuronal Nougaro :  » …je broie plutôt du noir, du noir en dedans … » et je respire l’inconséquence d’une vie qui s’égraine n’érige rien et s’étouffe dans des draps de nuits qui s’enroulent indifférentes sur mes cloisons blanches …

Blanches … je suis dans une bulle en arrêt au stop du croisement chagrin j’ai dépassé la ligne blanche par no-limite de la ligne jaune de celle de la ligne rouge et pas de ligne verte et je m’aligne sur un lit froid de toit pas de ligne d’horizon sans toi pas de ligne de métro pour te rejoindre j’ai que mes lignes …

Mais … le drame est toujours à portée de main, pas le bonheur… dans ce théâtre …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Votre visage n’est pas régulier

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Des mots, une histoire : récolte 28 (participation hors délai)


Je prends mon café … à mon troquet habituel quand une régulière (une combattante de la section A4-B22) m’interpelle :

— Vous avez vos papiers ?
— Vous n’avez pas d’interprétateur ?
— Panne généralisée …
— Et vous pensez qu’il me reste encore ce genre de … cellulose ?
— Mon interprétation visuelle … votre visage n’est pas régulier … je me dis … que vous avez …
— Je confirme … ça existe toujours …
— Ne prenez pas cet air blasé … j’attends …
— Si je vous offre un pélican-peeper ?
— J’ai comme une indicible envie de vous embarquer sur le premier Kar-Mint, direction le Pôle Mâles …
— Que m’importe vos menaces … je bois tranquillement à l’heure définie … à l’emplacement déterminé.
— Vous n’êtes pas à court de méandre pour nous embobiner … nous les régulières …
— Vos propos me blessent et si j’ai souvenir … vous me connaissais…
— Peu probable …
— Vous êtes une duplicante ? … Non ? … C’est la meilleure de la journée … une duplicante … je me marre … une duplicante avec un défaut …
— Je ne suis pas une duplicante … je suis moi, entière et consciente de ma psyché …
— C’est exactement la réponse d’une duplicante.
— Votre aventure terrestre va s’arrêter maintenant … maintenant … maintenant …
— Non, non, non… il y a des lois … vous n’avez aucun droit … à m’embarquer comme un vulgaire bétail mâle …
— Mais mon poulet, tu es entre mes griffes et je vais t’envoyer faire un nouveau projet au Pôle Mâles pour te rééduquer.
— Chapassera pas comme cha, ché chur …
— Dis-moi, tu as aussi comme un défaut à zézayer comme ça … tu dois être … un duplicant mon coco …
— Bon … on ne va pas se chercher les noises … nous sommes du camp adverse … des agents infiltrés programmés … alors …
— Alors … je t’embarque quand même et sans un soupir de regret … pour destruction …
— Garce !!! …
— A ton service !

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Je soupçonne une impatience

Rose_arctique_Iotop_2018

Rose_arctique_Iotop_2018

Le Marathon de la Nouvelle (merci à Sabrina de cette découverte)


— Alors, ça vient ?
— Non !
— Comment, non ?
— Tu veux t’y coller ?
— Avec de la glu ?
— Très drôle.
— Non.
— Tu peux te dépêcher.
— Je fais à mon rythme.
— C’est de ta faute, aussi.
— Ne remets pas le même disque.
— Tu fais toujours le même chant.
— Pareillement.
— Je soupçonne une impatience.
— Dès plus virulente.
— Tu n’as qu’à prendre sur toi.
— Je fais quoi, là ?
— Tu as pris tes cachets ?
— Quatre, déjà !
— Va pas me faire une overdose.
— C’est de toi que je fais une overdose.
— C’est agréable à entendre.
— Vrai, je me demande pourquoi je suis avec toi.
— T’es libre.
— C’est bien ça le problème.
— Va pas me faire un cas de conscience.
— C’est aussi ça le problème.
— Passe-moi un verre d’eau.
— Tu en as marres de moi ?
— Complètement.
— Pourquoi ne pas me l’avoir dis plutôt ?
— Pas eu l’occasion.
— Parce que maintenant c’est l’occasion ?
— Faut croire.
— Je suis …
— Tu es ?
— Je ne me sens pas bien.
— C’est pas nouveau.
— Tu me cherches ?
— Pour l’instant je cherche une solution à notre problème.
— De couple ?
— Tu crois que c’est le moment ?
— Mais tu viens de me dire que c’était …
— T’es vraiment bête quand même.
— Bon alors, tu arrives à le mettre ce préservatif !!!

… avant internet on discutait vraiment dans les couples … en tête-à-tête.

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Je suis le marcheur muet

Mont_st_michel_Iotop_2012

Mont_st_michel_Iotop_2012

Blog de Lady MarianneLe petit jeu de Lettres.


— Tu viens d’où ?
— Je vais où, devrais-tu dire !
— Dis-moi ?
— Qu’importe !
— Tout homme vient de quelque part.
— De la matrice.
— Du lieu, faut-il te préciser !
— Qu’importe !
— Ses racines à sa terre.
— D’où je viens, le Nil m’en est témoin aux ancêtres …
— De si loin ?
— Qu’importe !
— Tu es l’exil ?
— Je suis moi et rien d’autre.
— Tu es la mémoire.
— Tout homme est mémoire.
— Pas d’aussi loin.
— Qu’importe !
— D’où tu viens, raconte-moi ton histoire.
— Je suis le marcheur muet.
— Alors, tu es un vagabond !
— Je suis Zargo du peuple des Zingari

© Max-Louis MARCETTEAU 2019