Tout est une question de … légumes

Aux différences, naissent le blé des discussions, les coquelicots de l’amour, les roses de la déraison, les choux des jours de diète, les haricots de fin de régime, les navets des heures perdues, les patates germées des souvenirs… et c’est l’orge que l’on aperçoit parfois devant une vie de pissenlit, que les carottes sont cuites.

©Max-Louis MARCETTEAU

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Manifeste en point‐virgule

Par ce manifeste il est temps de faire le point … et de prendre position ; il n’est pas dit que nous les points-­virgules épouserons l’errance de la marge plus longtemps ; ignorés de la masse des lignes, dédaignés des têtes d’encre, balayés, écartés, méconnus, rejetés, négligés, en un mot : délaissés … dans l’indifférence générale et dépointés par les virgules, les nu­-tête.

Il est le devoir de chacune et chacun d’entre nous de poser le socle de notre survie de point­virgule ; nous en appelons à tous les points-­virgules d’ici et d’ailleurs ; mais aussi et surtout à la virgule toute fière de nous porter trop souvent l’estocade en snobant ce grain de beauté tout en nuance en leur profil ; au point qui de final est une brute épaisse et s’impose en dictateur.

En tout état de cause, nous n’oublions pas la genèse de notre histoire, celle d’une virgule et d’un point dont l’amour nous a formés en cette alliance. Le divorce de ces deux entités a eu pour effet de nous abandonner à notre triste sort.

Nos sept résolutions
1) Opposable à tous le point­-virgule est à la demi­ pause comme la demi-­heure est à l’heure et le demi à la bière ;
2) Tout point­-virgule a droit de cité même dans la campagne des lettrés ;
3) Le point­-virgule est le fer de lance de toute construction (voyez une maison sans faîtage,
l’arrogance de l’indécence à son plus haut faîte);
4) Il n’y aura pas de point­-virgule en faire­ valoir ;
5) Le point-­virgule doit grossir les rangs de toutes phrases dignes de le transcrire et pas en cache­
misère ; (ni en cache-­sexe non plus)
7) Toute phrase se doit d’apporter soutien, réconfort mais surtout le boire, le manger et le toit à tout point­-virgule errant.

Voici les signatures
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A ce sursaut de conscience collective pour la défense du point­-virgule ; à son devenir pérenne, nous vous invitons et souhaitons ardemment une réconciliation entre virgule et point ; à vos stylos, crayons, plumes, ordinateurs et autres moyens pour ainsi retrouver de nos couleurs et de notre place (qui valent bien celles des autres).

Note : et quand la fiction rejoint la réalité : ICI

©Max-Louis MARCETTEAU

Apparence

Il était une fois,

Une Fée des Bois, amoureuse d’un poète écuyer.

Le commun mortel ne se doutait de rien, au loyer

D’un chevalier despote, affairé le jour à nettoyer

L’équipement et la nuit à versifier au poulailler !

 

Cependant, aux jours dominicaux, au chant du coq,

Il s’installait à l’auberge de la Grenouille en Toc,

Pour se rafraîchir le gosier tout en entonnoir ad hoc,

Et se plaisait à se poivrer jusqu’à devenir une loque.

 

La Fée, en tenue de marchande de fleurs, s’attablait,

Chaque fois, près de son futur sauveur, avec le souhait,

Que ce bel écuyer lui déclame un sonnet en malice,

Afin de la débarasser d’un bizarre et outrageant maléfice !

 

Ce jour-là, il n’avait pas la tête à vinasser son existence.

Il commandait un jus de concombre, comme par pénitence.

La Fée à ce tableau s’enhardit et, à l’approcher sans nuance,

Avouait son tourment qui l’accablait jusqu’à la défaillance.

 

L’écuyer écoutait de ses oreilles, le cœur dans une bulle,

La raison parfumée de liberté, il arrêtait d’un geste le calcul

De la Fée et lui ôtait son voile blanc d’où jaillirent des tarentules,

Qui se brisèrent comme du cristal. Il était mage sans majuscule !

 

©Max-Louis MARCETTEAU

La formule mV

Blog de Carnets Paresseux contrainte d’écriture. Et voici le texte 🙂

Je reproduis, ici, le fragment vendu par un voyageur de passage au notaire de Coupiac, grand chambellan des collectionneurs de fragments fragmentés fragilisés français, (le GCC4F pour les puristes) et qui concerne en tout premier lieu cette façade, retrouvée après le chambardement de l’an 2017bis sur le parallèle du temps incertain (voir photo ci-dessus) :

-Messieurs, bien le bon jour !
-Monsieur Verlaine, vous ici ?
-C’est moi, en effet.
-Et quel bon vent vous amène en ce lieu propice à la couleur locale ?
-Une Gentiane !
-Une Gentiane ? Et en quel honneur ?
-Servez-moi, cafetier et écoutez-vous autres.
-On vous écoute !
-Je viens d’inventer une nouvelle teinte ?
-Non ?
-Si !
-Et de quelle nature est cette nouvelle teinte ?
-Je l’ai nommée : la teinte poétique !
-Poétique ? Vous êtes un jean-foutre, Verlaine !
-Votre langage est insupportable, cafetier !
-Possible mais il n’est pas verbeux !
-J’entends, j’entends, cependant vous fîtes défaut à la bienséance envers un consommateur de renommée cantonale.
-Vous parlez de vous en version libre.
-En version libre, certes, ma seule ma teinte comme la teinte poétique…
-La pureté de cette teinte nouvelle, me laisse de marbre.
-Vous avez le carafon de la même consistance…
-Vous insinuez que j’aie mal verni votre personne ?
-Non, vous verrouillez verticalement la discussion, c’est quand même fort !
-Sans doute, sans doute, n’empêche que vous êtes qu’un jean-foutre
-Et vous un paltoquet !
-Pignouf !
-Ne jouons pas à ce jeu ou je vais vous poudrer quelque chose sur votre face de vermisseau.
-Je jette l’éponge, mais je vois en votre annonce un mensonge de teinturier !
-“Homme d’une foi incertaine” version Matthieu Verlaine, vous êtes un benêt et ouvrez vos oreilles, car voici ce que j’énonce en cette nouvelle teinture poétique :
Le temps presse les feuilles
Couleurs des sangs de l’automnal
La Vie se crie, se jouit, se scie,
Mille morts suspendus en goutte à goutte
Pile le grain de l’humeur
Jauni le vomi de la Terre mâle
Remue les viscères de l’angoisse
Avec un couteau de cuisinier anorexique
Tousse la mort par les narines
Mélange le tout à la toux graveleuse
-Dis-moi Verlaine, faut arrêter la Gentiane ou la consommer directement au pied.
-C’est la recette en poésie, ignare, inculte, analphabète…
-Le ver est dans ta caboche, mon pauvre. D’ailleurs, à qui tu vas vendre cette nouvelle teinture ?
-A la foire de Brousse-le-Château…
-Y a que des vachers, tête de mule…
-Et le cuir on le teinte, tête d’urinoir…
-Tu vas tâter de mon nerf de bœuf…

Il va sans dire que ce fragment trône en bonne place dans le musée café-tabac de Brousse-le-Château, seul vestige et témoignage que ce Matthieu Verlaine a bien existé.

©Max-Louis MARCETTEAU 2017

Une vie d’apnée

Oeuvre de Nani Serrano

Oeuvre de Nani Serrano

Une vie d’apnée, sans palier, la profondeur du silence,

L’archet d’un violon qui tranche les mots de pénitence,

Le Temps qui s’oublie à compter les jours sous la potence

De ton regard comme un hameçon, ton indécence.

©Max-Louis MARCETTEAU

 

Aujourd’hui, je meuble

Les meubles sont des cercueils. Debout contre le mur, condamnés à être exécutés après jugement sans appel : démodé.

A double tour, portes et tiroirs, fermés, clés jetées dans le caniveau de l’indifférence, ils tiennent la position. Le bois de merisier résistera jusqu’au bout. Celui d’acajou aussi. Seuls les pins et sapins seront les premiers à tomber. Les mites en armées, par orifice, s’engouffrent à l’intérieur, à ronger les membres, puis le corps, un rayon de lumière et tas de cendre froide. La cendre, ce sang qui ne tache pas. Pas de sépulture, de prière, de fleuve pour se réincarner, de Paradis, pour les meubles. Une deuxième mort pour l’arbre. Difficile à vivre.

Les rescapés ne sont pas sans frissons : grincement, bruissement, crissement, gémissement, un orchestre, le ré-majeur est en option, la baguette timide donne le ton, la blanche note pleure et la noire se dièse en contrepoint fleuri. Le chat sauvage propriétaire de ce territoire n’ose s’aventurer dans ce lieu étrange et la chouette de service hulule, unique choriste, fait des cauchemars diurnes.

Parfois, le meuble est accompagné.

Morte d’inanition la vaisselle emmurée ne crie plus sa faim, se nourrit de souvenirs et cauchemarde qu’elle est Limoges et se réveille, oh pâle, à la sueur d’une poussière épaisse, gluante, son sarcophage. Elle embrasse, parfois, le sol brutalement, les couverts comme assaillants, quand le meuble perd de sa consistance.

Rien ne crâne, ici. C’est un hospice … de meubles.

©Max-Louis MARCETTEAU