Bon jour au… cadavre

Photographie de Guy Le Baube - 1971

Photographie de Guy Le Baube – 1971

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Au cadavre exposé tout chaud à… l’auscultation…

—… Vous avez dit mandibules, comme c’est étrange* et… vous êtes de mandibules ?
— Non, je suis pas très loin, à l’ouïe.
— A l’ouïe ?
— Oui.
— Comme c’est étrange.
— Qu’est-ce qui est étrange ?
— A l’ouïe, j’ai connu une femme : Louise.
— Ah ?
— Oui.
— Et ?
— Une belle femme au seuil de ma vie, mais elle n’entendait rien à la poésie et restait sourde à la prose… Elle avait dit avoir eu l’idée de pulluler des connecteurs vestibulaires… extérieur… mais…
—… elle était… imperméable ?
— Toute nue…
— Comment ?
— Sous l’imperméable
— Ah…
— Elle avait ce don de planer entre le fragile de l’air du matin et le contact dur de ses élytres… qu’elle souhaitait se tisser chaque matin avec de la peau de chagrin…
— Une belle personne en somme…
— Elle dormait sur ses deux oreilles… en tout cas, pourtant aux jours de Lune de Miel elle avait la métamorphose facile…
— En démone ailée à la sorgue bien anthracite ?
— Non, non… elle distillait de la poésie en dactyle, spondées, réfutant la scansion…
— Effectivement, mais j’avais cru comprendre que la poésie n’était pas…
— J’avais les yeux offerts aux virgules larmées… sa Beauté me manque et ce froid purulent est tout à fait inconvenant
— Sûr…
— Je voudrais ramper entre les fibres et déchaîner son âme du filet ondal gladiateur et piques de formol qui nous envahissent… très cher
— Il est vrai… je me sens toute moite…
— Je…

Au cadavre tout chaud exposé à… l’auscultation… le corps apparemment se cause à lui-même contre toute attente.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Ai perdu

Modele Raschelle Osbourne- photo de William Lords - 2010

Modele Raschelle Osbourne- photo de William Lords – 2010

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Je viens une fois de plus me faire cuire un œuf. C’est la barbe ! Ma tendre future fiancée a refusée une Perle des Mers du Sud et me suis endetté à tel point que je vis dans mon étable avec trente-trois vaches et loué mon corps de logis.

Si j’avais eu de l’audace je m’aurais mis en fermage de corps et à défaut signé un pacte avec le diable qui m’aurait remis au moins un wagon d’or. Mais l’or ne fait pas l’amour et moi je suis animé par l’amour, non par le mercantile des choses.

Voilà que j’ai le hoquet… Je range mon beau costume dans l’armoire aux poules que j’aie virées depuis un bon mois. Je les ai déménagées dans l’autre aile du bâtiment de l’étable… avec tout le confort, je crois.

Je reste prostré, assis sur un tabouret trois pieds et c’est moi qui perds pied. Je me lève comme un ressort délogé de son… logement. Je suis un passionné refoulé. Et je crie comme une bête (parmi mes vaches qui meuglent avec ce regard interrogateur d’une seule pièce) nu qu’il me faudrait m’empailler sur le champ…

Je m’agite, déraisonne… je vais me mettre un ruban à cet endroit… de nœud à nœud ça tient… Je me cause, mets en cause, m’étire, et rage, déglutis des mots, sors dents de carnassier à qui me retiendrais et cours en virevoltant, je veux que le monde voit ma détresse si ce n’est le village moqueur et de son cafetier greffé de la belle blonde de la ferme Les Bleuets.

— V’là t’y pas que le Paul est devenu fou à c’trimbaler le nœud tout en mât au vent, la chair sans fringue… et à danser comme un coq qui a perdu sa cote…
— Sers-moi un canon… et laissons le divaguer. Y a une mare pas loin, il va reprendre ses esprits.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Suis heureux…

Oeuvre de Servando Cabrera Moreno

Oeuvre de Servando Cabrera Moreno

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Mon surnom est le « mouton de Panurge ». Les gens disent : « Tiens, voilà le mouton de Panurge ». Je n’en prends pas cas. J’aime les moutons, normal, je viens de la bergerie des Trois Moutons au Col des Frisés. Et depuis que je suis dans ce village, ils m’appellent ainsi et je réponds bien volontiers.

N’empêche que mon vrai nom est : Poliquet. Et j’aime bien. Mes parents d’adoption sont dans les bovidés, c’est mon grand-père qui est dans le mouton et j’y suis resté bien longtemps, mais il est mort. Alors, comme personne ne voulait reprendre la bergerie et que moi je voulais, on m’a dit non. Il fallait que je sois é-man-ci-pé, émancipé (c’est dur à dire). Et j’ai posé question sur ce mot. On m’a répondu que j’étais à présent un affranchi et comme je comprenais pas le mot on m’a expliqué que j’étais libre. Libre ? Mais je l’ai toujours été. Ils sont un peu tarabiscotés dans le village.

On m’a trouvé une place de commis dans l’auberge du Poil Mordant. Suis bien heureux, surtout qu’il paraît que suis pas vilain gars et que la Becoteuse blonde lavandière a bien voulu de moi. C’est là que le curé m’a dit une drôle de phrase : « Alors, tu as connu le coït, garnement. Attention de n’y prendre trop goût ». Je pense que le curé n’a pas bien compris que la Bécoteuse et moi nous étions bien ensemble et qu’à la prochaine ouverture de foire nous allons faire fiançailles.

Suis bien heureux. Et le monde ici, aussi. Quoi de plus avoir quand tout est joliment mis même si parfois la Bécoteuse veut son “face-sitting” du dimanche après la messe. Je vous jure que c’est bien pour lui faire plaisir, surtout sous ses jupes j’étouffe à moitié à lui brouter le foin.

Quoi qu’il en soit, nos futurs voisins et les alentours, va nous offrir un petit lopin de terre et avec pierres, mortier, bois et ardoises pour notre nid d’amour. Suis heureux comme diable… pourvue que la prochaine peste ne vienne pas m’emporter à mon bonheur.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Phare alors…

Oeuvre de Gustave Doré

Oeuvre de Gustave Doré

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Je vais me prendre une bonne bière genre une Cantillon Soleil de Minuit. Je suis tranquillement assis dans un fauteuil osier genre Emmanuelle sur mon balcon du quatrième étage en cette douce fin de soirée d’été. Je me sens bien, presque heureux comme un viking qui vient d’arriver à bon port sur une terre inconnue après une mer de forte densité à la houle bien prise.

Au loin, je perçois le filet feu tournoyant du Phare. Il me fascine comme souvent quand je m’installe à cet endroit. Et précisément aujourd’hui il y a une singularité, un appel dans le temps comme si un moment de vie s’était inscrit à la verticale de ce lieu et dont j’en ressens les événements de… braises.

De gorgée en gorgée ce soir ma bière a un goût différent. Étrange. Et plus étrange encore ce phénomène d’images qui défilent dans ma tête en même temps que le Phare hypnotise mon semblant de conscience.

Suis-je à la porte de la folie ? Moi, l’homme de raison, cartésien pure souche. Vais-je à cet instant déposer ma plénitude entre balcon et bière ? Devrais-je m’imposer l’évidence que je suis devant un phénomène… paranormal ?

Devant moi… un fiacre… suspendu dans les airs, là, comme ça et un… gentilhomme en descend et… vient vers moi… comme s’il me connaissait… À ce moment précis j’ai le viscéral qui ne fait qu’un tour et je vomis mon restant du dîner du soir et bière, un mélange détonnant…

— Et bien mon jeune ami, vous ne vous sentez pas bien, me dit le gentilhomme très courtoisement.
— Je ne suis pas vraiment dans mon assiette, voyez-vous.
— Je comprends, je suis passé par là, aussi.
— Vous pouvez me dire ce qui m’arrive.
— Mais vous venez de… mourir !

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Retour à l’origine

Photographie Sophia Loren

Photographie Sophia Loren

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Je vais vendre le Tableau. Le seul que j’ai hérité de ma grand-mère. Ce n’est pas rien… car je n’ai plus rien d’autre de vendable, je suis fauché. Bientôt à la rue. Le mot rue me fait frissonner depuis quelque temps. J’ai des pavés dans la tête et du goudron uriné sous mon nez.

Je vais prendre le train. Ce train du matin à nuit affichée… salle d’attente étriquée même avec une centaine de places assises, ce lundi matin, cette longue attente avec des inconnus sur le quai, un rocher perdu dans la nature de la ville, de ma ville, de la ville de tout le monde et je ressens toute l’amertume qui monte en moi comme une odeur nauséabonde de souvenirs de ville bourgeoise…

Dans ma valise, le fameux Tableau. Enveloppé. Il n’est pas bien grand. Il représente le portrait d’une femme. Ce n’est pas ma grand-mère, c’est sa sœur. Une belle femme à la Sofia Loren dans les années 60.

Ce matin il fait froid par ce vent bronchitique qui tousse par rafales. Je me suis couvert des pieds à la tête avec mon écharpe fétiche reçu des mains de ma troisième amantes (je n’aime pas le mot maîtresse dans ce cas présent)… non cinquième… en fait qu’importe, j’y tiens.

La lampe incandescente au-dessus de moi accouche d’ombres difformes sorties de l’abdomen de ce quai. J’ai hâte d’un nouveau ciel, le vrai celui qui traîne des nuages, draine des formes en des scènes parfois fantasques…

Enfin le train arrive. Je monte dans le wagon, il y a foule, cherche ma place, je suis dans le sens de la marche côté couloir. Je préfère, sinon j’ai tendance à vomir ce qui dérange les autres passagers. Ce voyage ne m’inspire pas. Depuis le début j’ai un mauvais pressentiment. Mais comment faire autrement. Je n’ai qu’un seul acheteur. J’ai à ma droite une femme d’un certain âge. Elle me sourit tout le temps… C’est presque inquiétant…

Je n’ose plus la regarder et pourtant son sourire s’imprime sur ma nuque. Je ressens une légère électrisation, une vilenie à la limite du supportable.

— Vous ne pouvez pas vendre ce tableau…

J’entends cette voix de femme, tout prêt de moi, j’en suis certain. Je me détourne. Elle me sourit.

— Je vous demande pardon ?
— Vous ne pouvez pas vendre ce tableau.
— Et… pourquoi ?
— Il est hanté.
— Hanté ?
— Hanté depuis que votre grand-mère soit décédée d’une manière… étrange.
— Enfin… vous êtes qui ?
— La demi-sœur de votre grand-mère…
— Germaine ?
— Oui.
— Mais, il paraît que vous êtes morte depuis… dix ans…
— Vrai…
—…

Je respire profondément et je commence à suer comme si j’étais dans une lessiveuse.

— De toute façon, reprend cette femme, le tableau est revenu à sa place…
— Je… ne vous crois pas…

Je me lève brusquement et me dirige vers l’emplacement aux bagages, j’ouvre ma valise, je défais l’emballage du Tableau. Il n’est plus là, c’est une toile blanche devant mes yeux.

Tout en moi est ralenti… je m’entends respirer sourdement… je tombe dans un infini à l’intérieur du… Tableau.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Bois vivant …

Oeuvre de Ludek Alois Marold

Oeuvre de Ludek Alois Marold

Blog de girlkissedbyfire Défi 52 semaines N°13  le mot : bois


Bois vivant, bois et brûle-moi
Grave ton nom sur mon ventre
Ombilic moi en toi, nourris-moi
Sur ta ligne de vie soi mon antre

Bois mort, bois en toi de moi
Ouvres toi les veines au seuil
De ma vie de sable j’ai froid
De moi viens et tu m’accueilles

Bois croix, bois tu broies la loi
De toi pour moi t’aimes outrance
Violence poses tes mains de voies
Nous deux emboîte ma souffrance.

© Max-Louis MARCETTEAU 2018

Liberté d’être soi

Oeuvre de Philip Dawe

Oeuvre de Philip Dawe

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Le repassage est un cérémonial. J’avoue. J’aime. Je reste nue, en général. La baie vitrée impartiale, le voisinage au travail et le retraité du coin parfois guetteur. Qu’importe, s’il se fait du bien. Je suis encore bien faite. Les seins bien mis, les hanches bien proportionnées sans outrage, les cuisses et jambes fermes et les fesses toujours rondes avec un léger relâchement sous fessier. Heureusement, le sport m’aide un peu à tenir ce tout de corps en bonne et pol position devant mon mari. Je suis épouse au foyer. Et j’en suis fière. Et oui, j’ai travaillé pendant vingt-cinq ans et maintenant je profite d’être à la maison entre le ménage, le dîner… les enfants sont partis, autonomes, travaillent, bref quoi qu’on dise je suis une femme épanouie.

Alors, je vois déjà les réprobations, les critiques, les reproches, avec au-dessus de moi l’anathème. Je dis non, et re non. Enfin, suis-je une femme libre ou pas ? D’ailleurs ma définition de liberté m’appartient. Elle n’est pas de l’ordre du collectif. Non, non. Ma liberté est une et indivisible.

Si j’ai envie d’un amant sur canapé ou dans mon lit suis-je une salope ou une femme libre ? Je suis une femme libre et mon mari n’a pas la prétention de m’interdire de fleurir, quels que soient mes printemps et c’est ça le merveilleux de ma vie.

Après cet intermède, j’ai fini entre temps mon repassage. Je vais reprendre une petite douche. Coquine ou pas coquine ? Non pas coquine.

Un nouveau maquillage très soft, mon plus beau sourire avec une tenue d’été comme je les aime et me voilà partie pour mon nouveau challenge… le fleuriste…

© Max-Louis MARCETTEAU 2018