Brigitte

Margaux Hemingway by Helmut Newton 1975

Margaux Hemingway by Helmut Newton 1975

Des mots, une histoire : récolte 46    (Hors délai)


Il attendait là, dans une antichambre, au cabinet du ministère.

Ce jour-là, il n’y avait pas à tergiverser, cette rencontre devait aboutir. Il avait cette souffrance à la Tantale où tout est là à portée de main mais qui résiste comme un malin plaisir à ce qu’il devienne par abêtissement un simple pion, un exécutant, d’un désir d’une pinailleuse

La garce, elle le tenait dans un emballage de promesses comme d’une possible concorde à jeu égal. Pourtant il soupçonnait une dissonance, une entourloupe de première grandeur comme s’il était la victime consentante par défaut.

Elle ne désirait pas partager, il l’avait lu dans ses yeux de biche, dont l’eau de ses iris à des profondeurs de poison, cette première fois dans les Jardins de Bagatelle.

Il rageait intérieurement avec ce sourire de façade quand il fut introduit par un huissier de belle prestance … Elle se tenait là, à dix pas devant lui, le dos tourné, une main sur le marbre d’une cheminée Empire, et le reflet du miroir offrait son buste comme une porte a son judas …

— Alors, là ! quelle mise en scène !
— Tais-toi ! Que viens-tu faire ici, sur mon lieu de travail ? Tu n’es qu’un rustre !
— Moi ? Moi qui suis convivial, d’agréable compagnie et …
— Et ?
— Je suis amoureux, c’est simple. J’ai une complète envie de toi, là, maintenant !
— Tu es animal !
— Mais tu aimes ça ? non ?
— Tu es indécent. On nous écoute, possiblement … un sniper sur le toit d’en face …
— Qu’importe !
— N’approche pas d’un pas de plus …
— Brigitte …
— Emmanuel …

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Du laisser flotter l’indifférence

Battements_du_Temps_Iotop_2020

Battements_du_Temps_Iotop_2020

 

Nouveau challenge – édition 2020 – Février 2020 – Le marathon de la nouvelle


Il était là dans un tiroir d’un vieux meuble du vieux garage de la vieille maison à dormir comme une vieille âme abandonnée. Il était ce qu’il était, et était devenu ce qu’il n’espérait pas. On ne choisit pas, surtout lui. Il n’avait qu’à se laisser faire et laissez faire… laissé-pour-compte par un laisser-aller d’un laissé voir laxiste qui était tranquillement installé dans sa définition…

Enfermé, oui, mais pas à double tour… il le savait… il attendait, avait laissé la liberté s’égarer dans les toiles d’araignées laissée le champ libre pour se déguiser en courant d’air qui s’était laissé prendre à revers par une dictature qui l’a laissée pendre pour s’habiller de ses vêtements un laisser-passer sur mesure…

Il était devenu de cette immobilité poussiéreuse qui fait rêver les découvreurs de trésor… à se laisser oublier au laisser suivre son cours sans rien laisser tenter ou laisser désirer à laisser vieillir pour laisser loin derrière comme laisser en rade pour accoster sur le laisser tranquille…

Il ne savait pas combien de temps il était là. Il avait un voisin et une voisine. Tous deux silencieux. Il s’était proposé à converser voire à dialoguer pour défiler le temps si ce n’était pour le défier le temps qui s’en fout et laisse décanter ses heures et ses poussières à qui veut bien laisser vivre… mais ses voisins laissaient dire par convention et les mots se laissaient fléchir dans un vide verrouillé du laisser flotter l’indifférence jusqu’à laisser égoutter le mépris ainsi il avait laissé de la distance et se tournait et retournait dans son enveloppe corporelle…

Il se relisait pour la cent-millionième fois peut-être laissait s’écouler les mots un à un, à la file indienne, comme un goutte-à-goutte qui se laisse mener par le bout de la lettre au ronronnement de l’interminable attente… attente de quoi d’ailleurs ? D’un ailleurs ? D’un jour nouveau ?

Et puis au moment le moins attendu comme un laisser au champ libre un tremblement inexpliqué à laisser dans le pétrin le plus aguerri une lumière aveuglante… une chose étrange comme plastifiée l’enserra ne prenant pas garde de sa petitesse et fragilité… d’un coup il s’émietta… le petit carnet…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

La locomotive à cylindres pifométriques inversés

Horaires_solaire_Iotop_2020

Horaires_solaire_Iotop_2020

Emilie 6.20 Les petits cahiers d’Émilie.


Tous les Horaires sont en réunion extraordinaire suite à une plainte portée à bras le corps par une locomotive à cylindres pifométriques inversés au carré de la constance de Bielle. L’Horaire principale prend la parole à la seconde où les fermetures des montres à gousset s’installent dans un arrêt de circonstance :

— Je ne vais pas passer dix secondes sur ce sujet dont la variation hypertrophique est patente. Aussi…

Un horaire de gare de campagne à la fois Vosgienne et Jurassienne, interpelle l’orateur :

— Hyper… quoi ?

Un remous fait des vagues et l’écume des horaires confirmés font brouhaha à piston polymorphe.

— Hypertrophique… en gros… une augmentation…
— On va être augmenté ? dit plein d’entrain l’horaire de gare de campagne.
— Non, non, ce n’est pas le sujet… mesdames, messieurs… du calme, du calme… dit l’orateur de sa toute haute estrade installée sur le quai prêté par la compagnie des Rails qui appartient à une forte personnalité : Madame Vana Dium.
— Allons, allons, dites-nous vite de quoi il retourne, avant que la lune ne fasse des siennes, intervient un vieil horaire au cadran grisonnant.
— Je ne vois pas le rapport avec la Lune, dit son voisin une soi-disant jeune horaire fraîchement repeinte.
— Oh, vous… rétorque, une vraie jeune recrue au teint clair-voie assise sur le ressort sinusoïdal arrière.
— Il suffit, siffle l’Horaire principale… vous commencez à me chauffer la soupape de sécurité, dit-il enfin à l’assemblée qui commence à s’enflammer comme une poudrière qui n’attend que son maître pour s’attendrir…
— Moi, ce que je dis, une seule oscillation mal interprétée peut charbonner l’ensemble de l’engrenage supérieure, d’où les retards qui se succèdent… raconte, le secrétaire de la réunion extraordinaire confortablement assis sur le rebord du cercle d’emboîtage juste à l’arrière de l’Horaire principale, à son homologue secrétaire bis qui hoche du dynamographe.
— Tu as sûrement raison mais je pense pour ma part au va-et-vient du fuseau horaire du garde-temps qui a…

Les horaires n’avaient plus la glucydur attentive pour l’Horaire principale qui se tenait les ressorts comprimés pour ne pas exploser sur le champ d’un vent de colère déguisé entre mascaret et cyclone solaire magnétique à forte consonance radioactive bien légitime que, de son tout constitué, il eut un trait de génie au trait tout court à l’élan d’un crayonné en 4B qu’il ne s’en laissa pas plus conté qu’il carillonna violemment un seul mot devant cet agrégat d’horaires indisciplinés :

Plaaaaaaaaaage !!!

Et le silence… un grain de sable n’aurait pas soufflé un seul mot de sa présence…

— Bon, alors, je reprends… nous sommes réunis pour comprendre les différents aléas qui assombrissent notre réputation… et cette plainte qui nous fait prendre conscience que nous sommes dans le premier brouillard de l’indicible aveu qu’il faudra sortir par la peau de notre première clepsydre. Et c’est avec un grain… d’inquiétude qu’il vous faudra prendre acte que nos propres structures sont en danger… et pire, nous risquons de rater la fameuse syzygie qui se marre déjà de notre décadence…

— Déca… quoi ?
— C’est…

Quand un ferrailleur de service, ancien pêcheur et chef de gare, fait main basse sur cette masse d’horloges avec un énorme filet à pêche pour les faire fondre dans la première chambre à combustion venue… celle de la locomotive à cylindres pifométriques… qu’elle avait embauché…

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Je pense finir en puzzle

Fleur_printemps_Iotop_2020

Fleur_printemps_Iotop_2020

Agenda Ironique de Février (Hors délai)


Deux paires d’yeux brillent dans une nuit réglisse anthracite :

— T’es où ?
— Là !
— Où là ?
— Face à toi, patate !
— Comment que tu sais que tu es face à moi ?
— A ton halène de chacal.
— Ça c’est d’un goût !
— N’insiste pas…
— Bon alors, tu crois que nous sommes au bon endroit ?
— Question stupide, on y voit comme dans une mine à charbon.
— C’est la bonne date ? Celle du règne d’Henri IV ?
— Mais non… nous devions être sous Henri III, normalement…
—… et pourquoi pas les quatre mousquetaires ?
— Et la « Coupe Davis entre 1927 et 1932 » ? Aucun sens ! Nous sommes présentement là pour comprendre la disparition de ces fameux dix jours à partir du 4 octobre 1582.
— Ah oui ! Je ris, parce que j’étais encore dans ce rêve/lecture avec les quatre filles du docteur March.
— Franchement avec tous ces voyages dans le temps, tu deviens azimuté.
— Je pense finir en puzzle.
— Y aurait pas comme une distorsion dans tes propos ?
— Regarde, on dirait que le jour se lève sur le lac des Quatre Cantons
— Tu as des visions ou tu ne deviendrais pas un peu tétradite ?
— Y a un rapport ? Et pourquoi pas tétrarchat, hein ?
— Possiblement aucun… en fait, nous sommes à l’intérieur de ces dix jours… il n’y a que le néant…
— Belle découverte !
— Non, c’est triste.
— Bon, alors, on rentre ?
— On rentre… avec le même procédé.
— Quand changeront-ILS ce mode de retour ! Clamer un quatrain !!!
— Bon allez, on y va ?
— On y va ! En chœur !!!
Oh retour tétra-demandé par la tétra-envie
De poser nos horloges algorithmiques tapis
Du temps de la certitude du bon vin sur lie
Pain ail beurre salé nous on en veut aussi !

© Max-Louis MARCETTEAU 2020

Votre visage n’est pas régulier

Loco_Iotop_2019

Loco_Iotop_2019

Des mots, une histoire : récolte 28 (participation hors délai)


Je prends mon café … à mon troquet habituel quand une régulière (une combattante de la section A4-B22) m’interpelle :

— Vous avez vos papiers ?
— Vous n’avez pas d’interprétateur ?
— Panne généralisée …
— Et vous pensez qu’il me reste encore ce genre de … cellulose ?
— Mon interprétation visuelle … votre visage n’est pas régulier … je me dis … que vous avez …
— Je confirme … ça existe toujours …
— Ne prenez pas cet air blasé … j’attends …
— Si je vous offre un pélican-peeper ?
— J’ai comme une indicible envie de vous embarquer sur le premier Kar-Mint, direction le Pôle Mâles …
— Que m’importe vos menaces … je bois tranquillement à l’heure définie … à l’emplacement déterminé.
— Vous n’êtes pas à court de méandre pour nous embobiner … nous les régulières …
— Vos propos me blessent et si j’ai souvenir … vous me connaissais…
— Peu probable …
— Vous êtes une duplicante ? … Non ? … C’est la meilleure de la journée … une duplicante … je me marre … une duplicante avec un défaut …
— Je ne suis pas une duplicante … je suis moi, entière et consciente de ma psyché …
— C’est exactement la réponse d’une duplicante.
— Votre aventure terrestre va s’arrêter maintenant … maintenant … maintenant …
— Non, non, non… il y a des lois … vous n’avez aucun droit … à m’embarquer comme un vulgaire bétail mâle …
— Mais mon poulet, tu es entre mes griffes et je vais t’envoyer faire un nouveau projet au Pôle Mâles pour te rééduquer.
— Chapassera pas comme cha, ché chur …
— Dis-moi, tu as aussi comme un défaut à zézayer comme ça … tu dois être … un duplicant mon coco …
— Bon … on ne va pas se chercher les noises … nous sommes du camp adverse … des agents infiltrés programmés … alors …
— Alors … je t’embarque quand même et sans un soupir de regret … pour destruction …
— Garce !!! …
— A ton service !

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

Un délire post-humain ?

Arbre_nantes_Iotop_2018

Arbre_nantes_Iotop_2018

Des mots, une histoire : récolte 27


… et je remonte le boulevard des Invalides. Il est vingt-trois * vingt-deux. Je passe devant le lycée Victor Duruy, nom d’un illustre inconnu mais dont je sais de source autorisée qu’il était un cancre devenu ministre. Comme quoi cette dualité se marie à merveille et de constater la définition de la  » réussite : accession au dernier poste, c’est-à-dire au niveau d’incompétence,” du père Malraux, une pointure, mais bon il ne doit plus chausser l’espoir de revenir si ce n’est à la rencontre avec qui vous savez et je retiens de lui ce discours sur Moulin (pas le commissaire) un jour de décembre avec cette force de voix presque d’outre-tombe que le temps lui-même avait ses moments de tremblements qui ne laissent pas de marbre même pour une mise au Panthéon… quand non loin de là une auréole me fait un signe, parmi d’autres qui circulent en double alignement sur la partie dédiée à l’évocation, un dénommé Roger Jaudoux mort pour la France à 24 ans en l’été 1944 …

Je m’interromps … aussi incroyable que l’impossible existe, je vois traverser sur ce boulevard, devant mes yeux, un kangourou, oui, un kangourou … je note l’heure en mémoire neuronale … est-ce une hallucination transcendantale, une bizarrerie quantique, un éblouissement austral, un délire post-humain ?

Et bien sûr, pas de témoin si ce n’est des étincelles qui crépitent en farandoles à cet instant dans les arbres secoués par d’autres spasmes internes défiants la théorie du chaos quand un autre phénomène inattendu m’étonne par le simple fait qu’il ait disparu depuis quelques décennies : le pique-assiette.

Oui, je sais … que vient faire ce phénomène dans ce contexte ? Eh bien, je vous le demande ? Ces vestiges d’un temps  » … que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître … » détroussaient les auréoles naïves de quelques pétaoctets de mémoire encore vive pour les revendre à des pro-humanoïdes dissociés …

Je me débranche … le défi annoncé par mon employeur ne sera pas … mon voyage inter-connecté pour touristes vers la planète Terre est un échec …

© Max-Louis MARCETTEAU 2019