Cette vérité est toute nue au moins trois fois par semaine – Chapitre 2/4

Nantes_Iotop_2016

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(Sur une idée de Carnetsparesseux … une suite de l’Agenda Ironique Décembre 2019Chapitre 1/4)


Mercredi 20 octobre 1582 et les jours suivants la dame de compagnie déploie entre son deuil de prières et de piété des élans de commentaires insidieux aux oreilles de la Dame du Seigneur qui n’est pas sans savoir qu’il faut « séparer le bon grain de l’ivraie » et délayer le ragot pour en retenir l’once essentiel.

Et elle comprend que sa dame de compagnie essaye de l’influence peut-être de la compromettre par effet de ricochet auprès de son Seigneur de mari pour mettre aux fers et condamner le gardien de prison et son époux. Mais les dires sont trop grossiers comme « cousu de fil blanc » ; la Dame du Seigneur, l’interroge après complies :

— Vous êtes perdue.
— Non point, ma Dame, je suis en souffrance.
— Vous me prenez pour une grue.
— Que nenni, mes propos sont honnêtes et …
— Honnêtes ? Vous divaguez. Accuser sans l’avouer un gardien certes, mais votre conjoint, vous risquez tout autant, si ce n’est le déshonneur ainsi que celui de vos enfants.
— J’ai conscience de mes mots et des dangers, mais que m’importe, je suis décidée à rendre gorge à ces deux prédateurs.
— Vous prononcez avec désinvolture votre conscience que vous m’exposez indécente à mon regard. Vous êtes infidèle au contrat de votre mariage.
— Je ne suis pas dupe, ma Dame, il me cocufie avec là … je n’ose le dire, ma Dame, par respect pour vous.
— Dites toujours, si cela me concerne.
— Au premier chef, ma Dame.
— Alors ?
— Alors, mon mari est l’amant … de la maîtresse … de votre mari.
— Que dites vous là , gourgandine… comment oses-tu ainsi me narguez dans ma demeure au coeur de mon intimité.
— Hélas, ma Dame, cette vérité est toute nue au moins trois fois par semaine …
— Arrête ! Je te l’ordonne.
— …
— Veux-tu brûler vive sur la place ? N’oublie jamais que ton amant était un alchimiste et peut-être de cette … magie noire.
— …
— Pardonnez mon outrecuidance, ma Dame.
— Votre arrogance est punitive et mon coeur est résignation. Tout cela je le sais. Triste sort, à nous autres femmes quand l’une à la chair plus tendre nous passons sur l’autre rive de la désolation …
— Et l’homme s’éprend à nous répudier … du lit …
— Si ce n’est pour nous placer au couvent, à la possession parfois d’autres … possessions …
— …
— Reprenons. Votre mari est compromis dans l’affaire des Sacs. C’est ennuyeux, très fâcheux. Et les preuves ?
— Je sais comment les obtenir.
— Nous jouons possiblement nos têtes.
— Qu’importe notre tête, ma Dame, quand le cœur a ses raisons …
— Mais j’y pense … votre amant était le mari de la Princesse de Ploucat ?
— Si fait, si fait.
— Mais alors …
— Mais alors ?

(… à suivre)

© Max-Louis MARCETTEAU 2019

4 réflexions sur “Cette vérité est toute nue au moins trois fois par semaine – Chapitre 2/4

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